Trimbalé de la Floride à Pittsburgh
Ludovic Waeber vit une saison hors du commun

Le gardien fribourgeois a changé d'adresse le week-end dernier. Depuis ses débuts en Amérique du Nord, il a pas mal bourlingué entre les différents clubs et les différentes ligues. Récit d'un transfert de l'intérieur.
Publié: 13.03.2024 à 12:26 heures
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Dernière mise à jour: 13.03.2024 à 14:08 heures
Ludovic Waeber a transité par l'organisation de Florida avant de partir à Pittsburgh.
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Grégory BeaudJournaliste Blick

L'été dernier, Ludovic Waeber a surpris tout le monde en mettant de côté son contrat avec les Zurich Lions pour s'engager avec les Florida Panthers, formation de NHL. Le gardien fribourgeois savait pertinemment que, s'il tentait sa chance, une place dans la prestigieuse ligue ne lui était pas garantie. Bien au contraire, c'était même clair qu'il allait passer par la AHL avant de, peut-être, obtenir une opportunité de prouver sa valeur.

Après quelques mois dans l'organisation, il a été échangé aux Pittsburgh Penguins. Celui qui n'a jamais eu sa chance en NHL attendait son heure à Charlotte, dans le club ferme des Florida Panthers. Son trade a eu lieu vendredi dernier. Ce jour coïncidait avec la fermeture du marché à 15 heures tapantes. «Ludo» ne s'attendait pas à déménager. Et pourtant, le lendemain, il avait quitté son domicile floridien pour rejoindre Wilkes-Barre en voiture. Neuf heures de route d'un périple de près de 1000 kilomètres qui l'a fait passer de la Caroline du Nord à la Pennsylvanie en passant par la Virginie et le Maryland. «Ce n'était pas la Route 66, rigole-t-il au bout du fil. La dernière heure s'est passée dans un épais brouillard.» Cela a ajouté un petit côté épique à un week-end qui ne manquait pas de rebondissement. Interview à tête reposée.

Comment vas-tu?
Mieux. Je suis en train de me poser dans ma nouvelle ville. Aujourd'hui (ndlr mardi), j'ai pu aller chercher une voiture et je prends mes marques. Lundi, j'ai participé à une séance de dédicaces avec ma nouvelle équipe. C'était particulier.

Raconte-moi ce qui s'est passé ces derniers jours...
Par où commencer? (rires)

Par le début. Comment cela se passe, un transfert en NHL?
C'était sans aucun doute la plus grande surprise de ma carrière. La date limite des transactions était prévue vendredi dernier à 15 heures et je me suis réveillé normalement avec l'entraînement le matin. Deux joueurs étaient déjà sur le départ après avoir été échangés. On leur a dit au revoir. J'ai passé deux heures sur la glace avec le coach des gardiens. Il n'y a eu aucune discussion sur un éventuel échange me concernant. Et puis je suis rentré à la maison.

Un jour normal, en fait.
Absolument normal. Je me suis fait à manger et n'ai pas regardé mon téléphone. Au moment de faire la vaisselle, j'ai vu plusieurs appels manqués et un message qui me demandait de rappeler le directeur de l'équipe. Apparemment le coach voulait me parler. Je l'ai rappelé et il m'a dit que je serais peut-être échangé dans les deux heures à venir. Mais je ne savais pas où et si cela allait vraiment se faire.

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Toi, tu voulais partir de l'organisation des Florida Panthers et de l'équipe de Charlotte où tu étais placé?
C'est assez ironique, car il y a peu de temps, mon agent m'avait demandé si je voulais mettre la pression pour aller dans un autre club. Moi, j'étais sûr de pouvoir gagner ma place, donc j'ai décliné. Et puis finalement c'est le club qui a pris la décision pour moi. C'est justement mon agent, Allain Roy, qui me l'a annoncé.

Il y a peu de temps, mon agent m'avait demandé si je voulais mettre la pression pour aller dans un autre club. Finalement, c'est le club qui a pris la décision pour moi.Ludovic Waeber, gardien transféré de la Floride à Pittsburgh

Il était au courant?
Oui, il m'a dit de l'appeler. En décrochant, il me dit: «Alors, t'es content?» Moi, je ne savais rien et il m'a dit que j'avais été échangé à Pittsburgh avant la fermeture du marché.

Comment sont les heures qui suivent?
Intenses. Très intenses, même! Le coach des gardiens de Charlotte et Roberto Luongo (ndlr gardien légendaire et assistant du directeur sportif des Florida Panthers) m'ont téléphoné pour m'expliquer les raisons de leur décision de m'échanger. Ensuite, c'était l'attente. Il était 16h et j'étais échangé depuis une heure, mais je ne savais pas où et quand je devais rejoindre ma nouvelle équipe de Wilkes-Barre, le club ferme des Pittsburgh Penguins. Alors avec ma femme, on a juste attendu d'en savoir plus en préparant nos affaires. Tout s'est ensuite enchaîné, car tu dois te débrouiller. On a dû rendre mon appartement, le lendemain. Une voiture de location nous avait été réservée et on a emporté ce que l'on pouvait avant de prendre la route pour neuf heures.

Toi et ta femme, comment l'avez-vous vécu?
Pas simple. Il y a l'aspect sportif, bien sûr. Mais il y a aussi l'aspect humain. En 24 heures, tu changes de vie et tu quittes tout ce que tu as connu pendant plusieurs mois. Nous nous étions appropriés l'endroit dans lequel nous vivions. J'allais promener mon chien au parc où je rencontrais souvent des gens. Ils ont dû se demander où je suis passé depuis ce week-end (rires). Ma femme a été assez choquée par cet enchaînement d'événements. Pendant la nuit de vendredi à samedi, elle a encore eu un petit pépin de santé. Nous avons dû passer par l'hôpital, car nous ne voulions pas prendre de risque avant un long trajet en voiture. Pendant qu'elle était prise en charge, j'ai fini de vider l'appart' avant de préparer la voiture. Dès qu'elle a pu quitter les urgences et que nous étions rassurés, c'était le grand départ.

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Elle va mieux?
Oui, tout va bien. Merci.

Parlons un peu de hockey. Le premier réflexe, lorsque l'on pense à Pittsburgh c'est une organisation prestigieuse.
J'avoue que je n'y ai pas vraiment pensé avant dimanche matin lorsque nous avons pu passer une première journée à l'hôtel. Mais oui, c'est logique de rapidement penser à Sidney Crosby, Evegeni Malkin ou à des légendes comme Mario Lemieux. Lorsque je suis allé faire des dédicaces avec les Penguins de Wilkes-Barre, j'ai d'ailleurs vu bien quelques numéros 66 en son honneur.

Mais pour l'heure, tu es en AHL, à plusieurs centaines de kilomètres de Pittsburgh. C'est tout de même plus facile de te projeter après avoir été dans une situation compliquée à Charlotte?
J'ai vraiment l'impression que tout est fait pour que cela se passe bien. La patinoire est chouette, la salle de sport est très moderne, tout comme les vestiaires. Les gens sont très accueillants depuis que je suis arrivé. Au final, j'ai tout de même l'impression que cela tourne bien pour moi et que cela me libère d'un engrenage ou je ne pouvais pas jouer plus. J'ai laissé les Charlotte Checkers derrière moi et je me réjouis de la suite.

À t'écouter, l'état d'esprit a l'air positif?
Oui, car je sais que sportivement, c'est très positif. Mais par contre, au niveau extérieur, c'était tout de même quelque chose de difficile à vivre. Même si je savais où je mettais les pieds, on a notre mentalité d'européen. C'est fou de se dire qu'on était dans un appartement en Caroline du Nord et en un claquement de doigt on se retrouve à 1000 kilomètres de là.

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Sur la glace, tu n'as pas forcément eu de succès à Charlotte si l'on se base uniquement sur les statistiques. Mais as-tu l'impression d'avoir progressé?
Oui. Je pense avoir progressé, notamment au contact de Spencer Knight, un jeune gardien de 22 ans drafté en 13e position il y a quelques années. Lui, c'est le gardien technique par excellence. Il est carré. Presque robotique, dans le bon sens du terme. Il ne fait jamais d'erreur technique. J'ai beaucoup bossé avec lui et j'ai pu apprendre pas mal de choses, moi qui suis davantage un gardien qui joue beaucoup avec le feeling. Je pense avoir acquis un joli bagage supplémentaire pour la suite.

Tu tires quel bilan de cette première partie de saison?
Au niveau de ma situation, c'était assez compliqué. Spencer était censé ne pas rester toute la saison à Charlotte et repartir avec les Florida Panthers. Mais ça ne s'est pas passé comme ça et c'était logique qu'il joue. Moi, j'ai bien commencé avant de connaître un coup de moins bien après les fêtes. Et la porte s'est fermée.

Tu es même passé par la East Coast Hockey League. Tu as vécu comment ce passage?
On me l'a proposé et j'étais très content de pouvoir avoir un match de plus dans les pattes. Mais c'était aussi une sacrée histoire… J'étais avec Charlotte à Wilkes-Barre - je ne savais pas que ce serait ma future équipe. Lorsque j'ai accepté, on m'a mis dans un taxi pour trois heures de route jusqu'à Pittsburgh où j'ai pris l'avion jusqu'à Charleston en Caroline du Sud où nous jouions le lendemain. C'étiat assez intense. Et je tire mon chapeau aux joueurs qui évoluent dans cette ligue. C'est une lutte de tous les instants entre ceux qui se battent pour aller plus haut et ceux qui n'iront jamais plus haut. Pour un gardien, c'est difficile de changer de niveau, surtout vers une ligue inférieure.

Dans quel sens?
Dans le sens où tout va un petit peu moins vite. J'aime bien l'expression «être pris de vitesse par le ralenti» et j'avais vraiment cette impression. Elle explique assez bien cette situation. Pour un joueur, il lui faut un ou deux shifts pour trouver le rythme. Le gardien, c'est une autre histoire et je n'avais pas eu d'entraînement. J'avais l'impression que les gars d'en-face ne faisaient jamais ce que j'attendais et c'est comme si je n'arrivais pas à lire le jeu. C'était assez déroutant.

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Tu as signé pour un an et tu possèdes un contrat pour la saison prochaine à Zurich. Tu arrives à faire des plans?
Non, il n'y a rien de bien concret pour le moment. Il faut dire que je ne me suis pour l'heure pas super bien vendu non plus. Si quelque chose se concrétise, ce sera parce que j'ai réalisé une bonne fin de saison avec Wilkes-Barre. Une chose est assez sûre: même si ces 24 heures ont été assez chargées émotionnellement, je sais que je suis dans une meilleure position aujourd'hui pour avoir du succès que je ne l'étais vendredi dernier avant de recevoir l'appel de mon agent.

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