Yannick Herren raconte 7 ans de calvaire
Il a serré les dents, mais ça n'a pas suffi

La carrière professionnelle de Yannick Herren est mise en pause. Le Haut-Valaisan de 31 ans a rompu son contrat avec Fribourg Gottéron, d'un commun accord. Il ne voulait pas s'y résoudre, mais ses douleurs étaient trop violentes, raconte-t-il à Blick.
Publié: 14.12.2022 à 20:16 heures
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Dernière mise à jour: 16.12.2022 à 12:05 heures
Christian Dubé et Yannick Herren ont été en conflit durant plusieurs mois.
Nicole Vandenbrouck

Parfois, la douleur était si forte qu'il n'arrivait plus à accélérer sur la glace. Ou à mettre ses chaussettes, le lendemain matin à la maison. Voilà des années que Yannick Herren vit un enfer à cause d'une blessure au dos. Pour la première fois et en primeur pour Blick, il a accepté de le raconter.

Cet été, l'ex-attaquant de Lugano, Gottéron, Lausanne et Kloten a décidé de faire une pause. «C'était une décision difficile, mais cela m'a soulagé. Dans mon état, une saison supplémentaire aurait été simplement impossible.»

Le calvaire du Haut-Valaisan né dans le canton de Berne a commencé il y a sept ans, avec une hernie discale. Elle n'a pas été opérée à l'époque, parce que la pression sur les nerfs n'était pas si forte. Mais, au fil des ans, les soucis n'ont cessé de s'aggraver.

«Ils sont surtout devenus chroniques», reprend l'ancien joueur de l'équipe de Suisse. De plus en plus mal, Yannick Herren s'est d'abord tourné vers des spécialistes. «J'ai tout essayé. La physiothérapie, l'ostéopathie, d'autres remèdes médicaux... Rien n'y a fait.»

Des cachets pour pouvoir jouer

L'attaquant s'est torturé pendant des années pour pouvoir jouer. «Je voulais toujours être sur la glace, même si j'arrivais à peine à m'entraîner à cause de la douleur», raconte-t-il. A posteriori, il se rend compte de l'absurdité de la situation. «Je m'en aperçois bien maintenant: cette blessure a ruiné mon rêve de hockey.»

Depuis la rupture de son contrat, Yannick Herren s'entraîne en salle de force.

Pour pouvoir tenir la cadence des matches, le buteur avait besoin de deux ou trois cachets par rencontre. Cette stratégie était-elle validée par ses employeurs respectifs? «J'étais doué pour cacher mes problèmes», explique Yannick Herren. Lorsqu'il se sentait mal à cause de son dos, le Haut-Valaisan le gardait pour lui.

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Ses fluctuations de performances ont souvent donné lieu à des spéculations. On disait que l'entraîneur de Fribourg, Christian Dubé, n'avait plus confiance en son attaquant ou qu'il était paresseux à l'entraînement. Il faut dire que le directeur sportif et entraîneur de Gottéron avait fait venir l'attaquant sur les bords de la Sarine pour beaucoup d'argent, en provenance du Lausanne HC.

«Cette incertitude me faisait peur»

Or, Yannick Herren était loin de justifier l'investissement et de répondre aux attentes élevées des Dragons. Personne ne connaissait la raison de ce sous-régime... sauf Yannick Herren lui-même. Un secret devenu oppressant pour le joueur, et qui l'a obligé à s'enfermer dans la spirale des cachoteries. «Je craignais de ne plus trouver d'employeur. Cette incertitude me faisait peur», raconte-t-il aujourd'hui.

Après 17 matches sans inscrire le moindre point pour Gottéron, Yannick Herren a été prêté au HC Lugano en 2021. Un transfert au Tessin qui n'a amélioré ni ses performances, ni sa situation. Après deux matches seulement sous le tricot luganais, il est contraint à une pause forcée de trois mois.

«Je n'osais rien dire», raconte Yannick Herren.

La faute à un deuxième disque intervertébral, dont le dysfonctionnement est venu s'ajouter aux problèmes existants. «Il y avait toujours quelque chose qui coinçait. Et quand ça arrivait, j'étais incapable de bouger durant deux jours.»

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Une situation désagréable dans la vie de tous les jours, et surtout peu conciliable avec un métier de hockeyeur professionnel. C'est à ce moment-là que Yannick Herren a compris que la suite de sa carrière allait s'écrire au mieux en traitillés. Il avait trop tiré sur la corde. «Mon cerveau ne voulait pas s'y résoudre jusqu'ici. Par amour du hockey, j'ai sans cesse repoussé l'échéance.»

Un rêve: retourner sur la glace

Son contrat avec Fribourg courait jusqu'en 2023, mais il a été rompu après une négociation pour les mois restants. Yannick Herren souhaite profiter de cette période pour s'attaquer à ses problèmes de dos. Qui, entre-temps, bénéficient d'un diagnostic: l'ostéochondrose. Il s'agit d'une modification dégénérative des os et des cartilages de la colonne vertébrale.

Le fait qu'il s'agisse d'un phénomène lié à l'usure n'aide pas les affaires du Haut-Valaisan. Mais le hockeyeur n'a pas perdu l'espoir de trouver de l'aide... ni de rechausser ses patins. Son objectif? Revenir sur la glace, peu importe dans quelle ligue et à quel niveau. «Cela restera peut-être un vœu pieux, mais je veux tout faire pour essayer.»

Yannick Herren est conscient qu'il paie le prix de ne pas avoir écouté son corps durant toutes ces années. Il veut que cela change dorénavant. Pas question, par exemple, d'aller tenter le diable sur la glace: l'attaquant se maintient en forme en faisant de la musculation — légère — pour entretenir son corps.

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En marge du sport, l'ancien international fréquente une école de commerce, même s'il a de la peine à rester assis toute la journée. «Mon plus grand souhait, c'est que mon corps guérisse vraiment un jour.»

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