Dubé et Gottéron leaders après un tour
«On n'a rien volé et nos victoires sont méritées»

Christian Dubé ne sera plus directeur sportif, mais «seulement» coach de Fribourg Gottéron à compter de la saison prochaine. Cela ne l'empêche pas de mener les Dragons vers le succès après un tour de championnat presque parfait. Interview.
Publié: 20.10.2023 à 12:15 heures
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Dernière mise à jour: 20.10.2023 à 13:10 heures
Christian Dubé vit un début de saison parfait avec Fribourg Gottéron
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Grégory BeaudJournaliste Blick

Fribourg Gottéron aborde le week-end en tant que leader de National League. Un début de saison parfait qui contraste avec la morosité ambiante qui régnait à Fribourg ces six derniers mois. Christian Dubé, directeur sportif et entraîneur, va abandonner sa première casquette au terme de cette saison. Et malgré cette incertitude, il mène les Dragons sur le bon chemin.

Durant trois quarts d'heure, Blick s'est attablé avec lui pour comprendre dans quel état d'esprit il se trouve. «Le cul entre deux sièges», rigole-t-il. Interview avec celui qui vit une dernière saison en tant que directeur sportif de Fribourg Gottéron tout en préparant le terrain pour le suivant... et pour lui-même.

T'attendais-tu à vivre un début de saison pareil?
Honnêtement? Non. On ne savait pas forcément comment ça allait tourner. Même au début du camp de préparation. Et celui qui te dit qu'il voyait Fribourg leader après 14 matches est un sacré menteur. Donc oui, je pense que ce début de saison est une bonne surprise. Mais en même temps, tout le monde travaille de la bonne manière. Nous avons mérité ces victoires. On n'a rien volé.

Je n'ai pas l'impression, à voir vos matches, que l'écart est si grand par rapport à l'année dernière. Pourtant, on dirait que tout tourne en votre faveur pour le moment. Tu as le même sentiment sur le banc?
Je pense qu'on a plus de qualité. N'oublie pas que l'année passé, on avait cinq nouveaux étrangers. On peut dire ce qu'on veut, mais la Suisse, c'est tout de même un environnement différent pour les joueurs.

À ce point?
Oui. Seul Andreas Borgman découvre la National League. Cela a d'ailleurs été difficile pour lui en préparation, mais aujourd'hui tout va bien. Mais Marcus Sörensen et Jacob De La Rose ont vécu des premiers mois compliqués. Il n'y a pas de miracle dans cette Ligue. Ajoute à cela l'intégration de Christoph Bertschy et Reto Berra qui s'était blesse grièvement. Il y a beaucoup de facteurs qui font qu'une saison est réussie ou non. Actuellement, on est capable de marquer les buts dans les moments clés. Ce n'était pas le cas la saison dernière.

Dans ta vie de tous les jours, les résultats ont-ils un impact?
C'est évident! Si ce n'était pas le cas, cela voudrait dire que je n'en ai rien à faire de mon job. Si tu n'as pas de bons résultats et que tu es heureux, c'est que tu n'es pas passionné. Ou que tu n'es pas ambitieux. Je l'ai toujours dit: je ne suis pas à Fribourg pour jouer le bas de tableau. En ce sens, la fin de saison dernière a été compliquée. Aujourd'hui, c'est dur de ne pas être content... tout en veillant à garder les pieds sur terre. Le but n'est pas d'être premier au mois de novembre. Le but est d'être en bonne position mentale et physique lorsque les play-off commencent, pour pouvoir aller le plus loin possible.

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Est-ce facile de garder les pieds sur terre dans un marché comme Fribourg où les émotions jouent un grand rôle, pour le meilleur et pour le pire?
C'est plus simple lorsque les résultats sont bons. Je ne suis pas affecté par l'euphorie qui peut régner. J'en entends un peu parler, mais rien de plus. Je suis dans ma petite bulle. Je passe pratiquement toute la journée dans mon bureau. Je suis toutefois conscient que ce n'est pas extraordinaire ce que nous faisons. C'est très bien et on a le droit d'être satisfaits tant que l'on continue de bosser. Mais c'est vrai que lorsque cela va mal, tu ressens beaucoup plus les critiques. Ce n'est pas forcément quelque chose qui me dérange.

Et ta situation, tu la vis comment, sachant que tu as dû abandonner une de tes deux casquettes?
Après la saison, on s'est assis avec la direction et ils ont été assez clairs. Ils voulaient séparer les deux postes. On m'a laissé le choix de continuer dans la voie que je voulais et j'ai choisi le coaching. J'ai dû me faire assez vite à l'idée que ça allait être terminé de faire les deux.

Pourtant, tu es encore directeur sportif actuellement.
Oui, c'est particulier. Après, je sais que je suis coach l'année prochaine... Enfin, je devrais être coach l'année prochaine. Donc, j'essaie de bâtir la meilleure équipe par rapport à ma philosophie. Mais je sais aussi que je ne dois pas faire n'importe quoi. Parce que la personne qui va prendre mon poste doit également pouvoir travailler sans avoir des menottes aux poignets. Je fais attention à cela. Mais est-ce une situation idéale? Non. Je sais que je négocie des contrats pour la personne qui va arriver à ce poste et non pour moi. Mais je m'y suis fait.

Mais par exemple le nouveau contrat de Nathan Marchon ou les discussions avec Reto Berra, c'est toi qui gères tout?
Absolument. Je travaille évidemment avec Gerd (ndlr Zehnäusern, son assistant). Il prend les contacts avec les agents et participe aux réflexions. Mais à la fin, c'est moi qui décide.

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Tu as senti que ta position s'était fragilisée avec cette séparation des pouvoirs?
Je ne me rends pas vraiment compte et pour tout te dire, je ne réfléchis pas en ces termes. L'organisation a pris une décision et je fais avec. C'est sûr que si nous avions commencé avec six défaites en sept matches, les choses seraient peut-être différentes. 

L'organisation a pris une décision et je fais avec. C'est sûr que si nous avions commencé avec six défaites en sept matches, les choses seraient peut-être différentes.Christian Dubé, entraîneur de Fribourg Gottéron

Tu arrives à tout de même te projeter sur ton avenir?
Je pense forcément au futur. Mais il y a différents facteurs parce que j'ai des enfants qui jouent aussi au hockey. Il y en a un qui a bientôt 16 ans et aura des choix importants à faire. Mais je sais qu'il me reste une saison de contrat après celle-ci. Je vais déjà voir ce qui se passe. Je me plais énormément à Fribourg. J'habite ici et je ne me vois pas ailleurs. Mais tout va très vite dans ce milieu et j'en suis conscient.

Si tu étais directeur sportif, tu proposerais un nouveau contrat au coach Christian Dubé?
Il serait une bonne option, oui. De ce que j'entends à l'interne, cela semble aller assez bien. Je pense que j'ai un très bon rapport avec mes joueurs, et c'est une raison pour laquelle certains joueurs veulent venir à Gottéron. Un gars comme Chris DiDomenico a fait le premier pas pour revenir jouer ici. Notre philosophie semble lui plaire. Je m'efforce de mettre les joueurs dans une bonne situation pour avoir du succès. Ils sont quand même chanceux d'avoir un staff comme le nôtre qui a joué au hockey à un bon niveau.

Tu penses que l'arrivée de Patrick Emond a joué un grand rôle dans vos résultats?
Oui! C'est quelqu'un de vraiment terre à terre. Cela a fait du bien à certains d'entendre une autre voix que la mienne. C'est naturel. Cela fait six ans que je les entraîne. Si tu regardes, il n'y a pas beaucoup de coachs qui ont duré autant, donc tu dois être un peu différent, mais en même temps, tu ne changes pas qui tu es. J'aurai toujours la même gueule. Et je peux comprendre qu'au bout d'un moment, je les fasse un peu chier. En ce sens, cette nouvelle voix est bénéfique.

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Christian Dubé (à dr.) et Patrick Emond, son nouvel assistant

Les bons résultats te font-ils recalibrer tes ambitions? Vous avez parlé de Top 6 avant la saison.
Oui, il faut toujours regarder plus haut. Mais comme je l'ai dit précédemment, tout peut aller très vite. Une blessure ou une période de méforme peuvent changer beaucoup de choses. En l'état, c'est sûr que je pense que l'on peut viser plus haut, sinon cela voudrait dire que nous ne sommes pas suffisamment ambitieux. Nous savons aussi par expérience que nous allons passer des périodes moins fastes. On travaille justement là-dessus pour savoir à quoi se raccrocher à ce moment. Ce sont ces fondations qui sont importantes pour la suite de la saison. Nous reposer sur nos lauriers serait la pire de choses à faire.

Mais n'est-ce pas difficile de faire passer ce message à tes joueurs?
Si on a eu des discussions entre la direction et le staff, il y en a aussi eu entre le staff et l'équipe. J'ai l'impression de voir un vestiaire différent au niveau de l'attitude. On pourrait tout à fait avoir tendance à dire «On s'en fout, on est premiers», mais c'est tout l'inverse qui se passe. Ce qui est sain, car nous devons préparer les périodes lors desquelles tout ne nous sourira pas comme aujourd'hui.

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