À deux pas de l'aéroport de Milano Linate, une soucoupe volante semble s'être posée dans un grand terrain vague. Au milieu de nulle part, la patinoire Santa Giulia est illuminée et ses trois anneaux sont impressionnants. C'est ici que, dans un mois, les meilleurs hockeyeurs du monde seront à pied d'œuvre. Problème? Cela fait des semaines que la polémique sur la construction de ce site enfle. De sérieux retards ont même fait planer un doute sur la présence des stars de NHL sur fond de lutte de pouvoir entre la Fédération internationale et la toute-puissante ligue nord-américaine.
À quelques centaines de mètres de l'arène, il y a largement plus d'ouvriers que de fans de Varese ou Caldero, les deux équipes qui ouvriront les feux. Casque vissé sur la tête et gilet fluo, ils viennent de terminer leur semaine de travail.
Quelques-uns d'entre eux se dirigent vers le restaurant Il Paradiso Dei Sapori pour y prendre un verre et refaire le monde. Il faut dire que la semaine a été stressante. «Nous avions tous cette deadline en tête, nous confie un ouvrier. Sur le chantier, on savait qu'il n'y avait pas d'autre option que d'être prêt pour cette ouverture.» Quitte à faire des heures supp'? Il sourit et ne répond pas à la question.
«Là où nous pensions être»
Tout autour de la zone où seront accueillis les fans, des grues sont encore érigées. Les palissades sont nombreuses et l'impression générale est celle d'une patinoire qui sera peut-être prête pour l'ouverture des Jeux, mais de loin pas terminée. «Nous en sommes là où nous pensions être», a précisé Pierre Ducrey, directeur du département des sports du CIO. Devant de nombreux représentants de la presse internationale, l'organisateur se veut rassurant.
Le contraste entre son discours et l'environnement sonore est saisissant. Au loin, les bruits de perceuses et les coups de marteaux sont incessants alors que les joueurs s'échauffent pour leur match de Coupe d'Italie. Les couloirs de la patinoire sont, eux aussi, en chantier. Certaines portes sont encore provisoires. Les ascenseurs ne se sont pas encore départis des protection, tandis que le béton brut est omniprésent. Comme l'impression de visiter un appartement à six mois d'un emménagement. Les murs sont là, mais les finitions sont encore inexistantes.
Un épisode de Dexter
Au plafond, les câbles sont visibles et c'est difficile de se dire que 14'000 personnes seront agglutinées dans cette enceinte d'ici quelques semaines. À deux heures du coup d'envoi du premier match, les ouvriers tendent des bâches sur l'anneau intermédiaire, là où seront accueillis les VIP. L'impression d'assister à un épisode de Dexter.
Une heure plus tard, la majeure partie du chantier sera tant bien que mal camouflée. Derrière un but, une petite tribune est également adossée à une gigantesque protection noire. Qu'y a-t-il derrière? Une tribune en chantier? Difficile à dire. Toujours est-il que, là aussi, les gradins ne semblent pas prêts.
Les places assises en tribunes latérales sont surplombées par une passerelle provisoire pour les commentateurs des chaînes de télévision italienne. Où seront-ils lors des matches olympiques? Impossible à dire à ce stade.
À ce stade de la construction, le chauffage n'a pas été mis en fonction. Hors de la patinoire, la température flirte avec le zéro degré. Mais elle semble encore chuter au moment de franchir les portes du bâtiment. Bonnets, écharpes et gants sont de rigueur pour ne pas prendre froid. Les joueurs de NHL, habitués au faste des arènes nord-américaines, risquent de trouver le choc thermique brutal si l'atmosphère n'est pas tempérée d'ici le mois de février.
Mais le plus surprenant se trouve à l'étage inférieur, à deux pas de la glace. Le couloir menant des vestiaires à la patinoire est également poussiéreux. Les sols sont également en béton brut. Les carreleurs et les peintres peuvent se préparer à vivre quelques semaines tendues. Les vitriers aussi.
Au moment d'arriver à Milan, les doutes étaient nombreux quant à la construction de la patinoire Santa Giulia. Après une première soirée à errer dans les coursives des lieux, aucun n'a été dissipé malgré les propos rassurants du CIO en marge de ce match inaugural. Il faut se faire une raison. Non, l'arène ne sera pas totalement prête pour les Jeux olympiques. Un camouflet pour l'organisation qui a un mois pour sauver les meubles... et pour les installer aussi.