«J'apprends mon job en accéléré»
Gianinazzi, l'apprenti qui met Genève dans ses petits patins

Ce vendredi soir, Lugano débarquera à Genève pour tenter de «breaker» Genève-Servette. Sur le banc, les Tessinois seront guidés par Luca Gianinazzi, 30 ans. Interview avec un néophyte à ce niveau.
Publié: 23.03.2023 à 13:19 heures
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Dernière mise à jour: 23.03.2023 à 20:03 heures
Luca Gianinazzi a repris Lugano en cours de saison.
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Grégory BeaudJournaliste Blick

Les esprits étroits pourraient voir en lui un entraîneur inexpérimenté tout juste bon à se présenter sur le banc avec un pull à capuchon. Mais au Tessin, Luca Gianinazzi a un crédit autrement plus grand. Lorsque le HC Lugano a décidé de se séparer de Chris McSorley en début de saison, le club tessinois n'a pas hésité à lui donner les clés du camion malgré ses 29 ans. Au Sud des Alpes, cela ne faisait aucun doute: il allait tôt ou tard être l'entraîneur des bianconeri. C'est finalement l'option «tôt» qui a été privilégiée.

Son premier mois a été absolument chaotique. Les analystes à l'emporte-pièce ont profité pour lui tailler un costard. Comme il préférait ne pas en porter à l'époque, cela ne l'a visiblement pas dérangé. Aujourd'hui, Luca Gianinazzi dispute un bras de fer musclé avec Jan Cadieux lors des quarts de finale de play-off. Mais le technicien qui a fêté ses 30 ans en janvier garde son calme qui le caractérise. Interview entre deux analyses, au lendemain de l'égalisation face à Genève dans la série à 2-2. Dans un français parfait.

Luca, comment se passent tes premiers play-off en tant que coach?
C'est assez intensif (rires). Mais il y a énormément d'émotions et pour être franc avec toi, je trouve cela assez amusant. C'est la partie cool de ce sport non? Nous avons une chance incroyable de travailler dans ce monde du sport de haut niveau. Chaque match est un nouveau shot d'émotions que j'apprécie à sa juste valeur.

Comment tu vis cette série face à Genève?
Ce n'est pas facile au niveau des énergies. Même pour moi qui ne suis pas sur la glace. Il y a énormément de travail et beaucoup de voyages à négocier. Le plus important est d'être capable de rester équilibré d'un point de vue émotionnel et énergétique. Je mets beaucoup d'importance sur la récupération de mon équipe. Je suis persuadé que cela nous aidera à avoir du succès.

Tu es néophyte à ce niveau. Comment vis-tu cet apprentissage «sur le tas»?
J'ai une certaine expérience chez les juniors. Mais c'est sûr que les séries au meilleur des sept matches, c'est nouveau pour moi. Je suis en train d'apprendre à chaque match. Depuis que j'ai repris cette place d'entraîneur de Lugano, j'applique la philosophie de «learning by doing». J'apprends en faisant. C'est finalement le moyen le plus rapide de progresser. J'ai la chance de pouvoir m'appuyer sur un staff qui a une certaine expérience. Je m'inspire un maximum d'eux et de mon entourage.

Comment as-tu appréhendé ces play-off face à Genève?
Je n'ai pas vraiment pu les préparer. Je te rappelle que nous avons dû passer par les pré-playoff pour nous qualifier. Et il y a deux mois, nous avons dû lancer une opération «commando» pour remonter la pente puisque nous étions en mauvaise posture à l'époque. Nous essayons de nous battre chaque soir et de prouver que nous avons notre place à ce niveau.

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En septembre dernier, lorsque Chris McSorley était coach de Lugano, si je t'avais dit que tu serais l'entraîneur du club en play-off six mois plus tard, tu m'aurais dit quoi?
(Il rigole) Je ne t'aurais sûrement pas cru. Lugano a vécu une saison assez compliquée. Et même lorsque j'ai repris cette équipe, le premier mois a été très très compliqué. Nous étions 14e au classement durant le mois d'octobre. Rien ne semblait fonctionner pour nous. Gentiment, nous sommes remontés au classement, mais surtout, notre jeu s'est amélioré. C'est là le point le plus important à mes yeux.

À chaque fois que tu es filmé sur le banc, j'ai l'impression que tu es terriblement calme...
J'ai de la chance. Je suis filmé dans les bons moments (rires).

Tu n'as jamais l'air d'être nerveux.
C'est peut-être une facette de moi que tu découvriras plus tard.

Je suis désolé de te poser cette question qui t'a probablement déjà été posée une cinquantaine de fois. Mais en tant que coach de 29 ou 30 ans, comment arrives-tu à te faire entendre dans le vestiaire?
Je comprends tout à fait que tu me poses cette question. C'est finalement assez normal. Mais pour moi, ce n'est pas vraiment une thématique. Bien sûr que cela a fait du bruit au moment de ma nomination. La première impression que j'ai donnée en entrant dans le vestiaire, c'était celle d'un gars de 29 ans. Les gens, les joueurs, les fans et les médias, tout le monde s'est demandé ce que j'allais pouvoir faire pour aider cette équipe.

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Et le début a été pénible...
Exactement. Après un mois, tout le monde se demandait ce que je faisais là et ce que j'avais bien pu faire pour mériter cette chance. Mais petit à petit, je pense avoir imposé ma vision. Pour moi, le plus important ce sont les relations humaines. Si un joueur est content de venir chaque matin à la patinoire, tout sera plus simple pour lui. Et, forcément, tout sera plus simple pour le coach. Mon âge, finalement, c'est secondaire. Bien sûr que c'est le premier critère sur lequel les gens s'arrêtent. Mais pour moi cela n'a aucune importance. Si je croise quelqu'un de 60 ou 70 ans qui peut m'aider, je vais m'inspirer et de lui et l'écouter. Son âge? Aucune importance.

Tu as un ou des modèles?
Il n'y a pas forcément une personne en particulier. Mais je suis quelqu'un qui lit beaucoup. J'essaie de m'inspirer un maximum des autres coachs. Et pas uniquement dans le hockey sur glace. Dans les autres sports également. J'essaie de prendre le meilleur de chaque personne. Je parle avec un maximum de gens. En un sens, j'essaie de voler des choses aux gens pour me permettre de devenir la meilleure version de moi-même. C'est impossible de tout inventer par soi-même. Il faut s'inspirer des autres et c'est pour cela que j'utilise le terme «voler».

Revenons à cette série contre Genève si tu le veux bien. J'ai l'impression que tu as réussi à faire de cette série ce que tu voulais, à savoir des matches serrés.
Genève, c'est une immense puissance offensive. Si tu regardes la saison qu'ils ont eue, ils ont été fantastiques. Premier de la saison régulière avec le meilleur power-play, cela parle en faveur de Genève, non? En les défiant, je sais une chose: si je veux jouer hyper offensif contre eux, ce sera très compliqué. Nous gérons chaque match avec un plan précis. Mais nous essayons également d'être agiles et de pouvoir faire évoluer notre feuille de route tout au long de la soirée.

Mais cette identité solide et qui casse le jeu adverse, elle te représente?
Est-ce que c'est le hockey que j'aime? Pas forcément. Mais finalement, le hockey que j'aime, c'est celui qui gagne des matches. J'essaie de trouver le meilleur plan pour permettre à mon équipe d'avoir du succès. Si tu vas à Genève et espères les dominer, ce n'est pas réaliste. Il faut être capable de bien lire le rythme et le momentum du match. Lorsque nous devons casser le jeu - comme tu dis -, on le fait. Mais on ne peut pas avoir que cette option. Il faut être capable de passer la vitesse supérieure lorsque cela se présente. C'est justement cela le point le plus important.

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Les play-off, c'est un accélérateur dans ton apprentissage?
Absolument! Pour moi et pour mes joueurs, d'ailleurs. Je vivais cette période de l'année en juniors de cette manière. Les play-off, ce sont un concentré d'émotions et d'apprentissage. En un minimum de temps, tu peux découvrir énormément de choses sur toi et sur les autres. C'est une période fantastique pour quelqu'un qui, comme moi, apprend son métier en accéléré.

J'ai une dernière question pour toi. Tu arrives à m'expliquer comment ton français est à ce point parfait?
(rires) Il n'est pas parfait.

Pas loin, alors.
J'ai passé un an à Morges. C'était l'époque où le club voulait monter en LNB avec un éventuel partenariat avec le Lausanne HC. J'ai vécu une superbe expérience là-bas. J'avais évidemment déjà des bases de français qui me venaient de l'école. Mais ces 12 mois m'ont permis de désormais pouvoir répondre à des interviews en français. Je ne suis pas bilingue, mais le passage à Morges m'a beaucoup aidé.

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