Guerre des droits dans le hockey
Les «pleurnicheries» de Massimo Lorenzi agacent Léman Bleu

Mercredi soir, Massimo Lorenzi a expliqué sur «Forum» et au «19h30» pourquoi la RTS avait perdu les droits du hockey en Suisse. Des paroles qui n'ont pas forcément plu au rédacteur en chef de Léman Bleu, Jérémy Seydoux.
Publié: 12.05.2022 à 19:00 heures
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Dernière mise à jour: 12.05.2022 à 19:11 heures
Dès septembre, Léman Bleu pourra diffuser un match de hockey par semaine gratuitement en Suisse. Tout comme Blick.
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Matthias DavetJournaliste Blick

Quelle mouche a piqué Jérémy Seydoux, rédacteur en chef de la chaîne régionale Léman Bleu, pour s’en prendre ce mercredi au ponte des sports à la RTS, Massimo Lorenzi, sur Twitter?

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Rembobinons. Mercredi matin, la télévision genevoise annonce qu’à partir de la saison prochaine, elle pourra diffuser en direct un match de National League par semaine. Le dimanche soir, gratuitement dans toute la Romandie. Le mardi soir, le rendez-vous se déroulera sur Blick. Une nouvelle qui ne réjouit pas forcément Massimo Lorenzi et la RTS. Les rencontres de hockey en direct sur ses antennes, c’est fini.

Pourquoi Léman Bleu pourra diffuser la National League?

«Et voilà, on a les droits», aurait-on pu s'exclamer mercredi matin à la rédaction de Léman Bleu, à l'instar de François Pignon dans le Dîner de cons. Dès la saison prochaine, la chaîne genevoise – tout comme Blick – pourra diffuser un match de National League gratuit par semaine. Mais comment en sommes-nous arrivés là?

Les droits pour toutes les rencontres de National League appartiennent à Sunrise UPC. L'entreprise de télécommunication les auraient acquis pour environ 30 millions de francs suisses.

Puis, elle a cherché des sous-traitants qui souhaitaient diffuser une partie des matches. Les négociations avec la SSR n'ayant pas abouti (lire plus bas et, pour les détails, ici), Sunrise UPC s'est tourné vers d'autres diffuseurs. CH Media et leur chaîne TV24 en Suisse-allemande, Teleticino dans la région italophone et Léman Bleu pour la Romandie. Blick possède également des droits pour un match par semaine diffusé le mardi sur notre site et celui de nos collègues alémaniques.

«Et voilà, on a les droits», aurait-on pu s'exclamer mercredi matin à la rédaction de Léman Bleu, à l'instar de François Pignon dans le Dîner de cons. Dès la saison prochaine, la chaîne genevoise – tout comme Blick – pourra diffuser un match de National League gratuit par semaine. Mais comment en sommes-nous arrivés là?

Les droits pour toutes les rencontres de National League appartiennent à Sunrise UPC. L'entreprise de télécommunication les auraient acquis pour environ 30 millions de francs suisses.

Puis, elle a cherché des sous-traitants qui souhaitaient diffuser une partie des matches. Les négociations avec la SSR n'ayant pas abouti (lire plus bas et, pour les détails, ici), Sunrise UPC s'est tourné vers d'autres diffuseurs. CH Media et leur chaîne TV24 en Suisse-allemande, Teleticino dans la région italophone et Léman Bleu pour la Romandie. Blick possède également des droits pour un match par semaine diffusé le mardi sur notre site et celui de nos collègues alémaniques.

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Mercredi, le chef des sports s’est beaucoup exprimé dans les médias – dont Blick. À chaque fois le même discours: la RTS n’aurait pas pu s’aligner sur l’offre de Sunrise UPC (lire ci-dessus), cela est dû au «délire de la surenchère», les clubs et la ligue ont une vision «court-termiste» et «le hockey sur glace aura moins de visibilité en Suisse».

Une intervention «intellectuellement malhonnête»

Il faut toutefois relativiser les paroles de Massimo Lorenzi. Le problème, ici, ne concerne pas les droits acquis par Sunrise UPC mais plutôt la sous-traitance de ceux-ci. Car, quand bien même la RTS aurait pu se payer les droits pour les quelque 400 matches de la saison, comment aurait-elle pu les diffuser? Seule une chaîne privée comme MySports (ou blue Sports pour le football) a les moyens de montrer toutes les rencontres en direct à la télévision. «Le but n’était pas d’acquérir les 400 matches mais une partie des droits, précise Massimo Lorenzi. Ce que la ligue n’a pas accepté.»

Jérémy Seydoux ne porte pas bien son nom quand il attaque Massimo Lorenzi.

Le discours du patron de RTS Sport n’a donc pas plu au nouveau sous-traitant, Léman Bleu. C’est dans ce contexte que Jérémy Seydoux s’est fendu de son tweet. En parlant des «pleurnicheries» du boss des sports, n’y est-il pas allé un peu fort? «C’est Massimo Lorenzi qui y va fort, rétorque le jeune rédacteur en chef du bout du Léman. Il s’est permis de laisser croire, dans une émission de grande écoute (ndlr: «Forum»), que le hockey sur glace ne sera plus visible gratuitement pour les Romands. Il oublie sciemment de dire que le public n’aura qu’à actionner sa télécommande pour voir les matches sur Léman Bleu, le dimanche. Ou à allumer son ordinateur sur Blick le mardi. L’offre gratuite de hockey sera même supérieure à ce qui était proposé précédemment par la SSR. J’ai trouvé son intervention intellectuellement malhonnête.»

Et en ce qui concerne la visibilité du hockey sur glace en Suisse, Léman Bleu ne s’inquiète pas vraiment. En 2019, la chaîne avait acquis les droits de la Laver Cup — compétition de tennis avec Roger Federer ou Rafael Nadal. Et ce fut une réussite: «Nous étions numéro 1 en termes d’audiences par moments. Les gens savent où nous trouver».

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Un débat sur Twitter

Jérémy Seydoux enchaîne. Et soupire… «Massimo Lorenzi prend ses grands airs en prédisant la catastrophe et en dénonçant la cupidité des grands groupes. Il faudrait peut-être qu’il fasse son introspection et que la SSR se remette en question. S’ils ont perdu les droits, ce n’est pas qu’un problème financier mais peut-être aussi d’attitude.»

Selon nos informations, un sentiment d’arrogance de la part de la SSR aurait tendu les négociations avec la ligue de hockey suisse. Le service public n’aurait même jamais garanti que les matches acquis soient diffusés sur téléviseur. L’option numérique ne satisfaisait pas la ligue.

Sur Twitter, Massimo Lorenzi a répondu à Jérémy Seydoux: «À ma connaissance, Léman Bleu n’est pas (encore?) une chaîne de service public au plan de sa diffusion nationale. C’est disons plutôt une chaîne locale, régionale.» Le rédacteur en chef de la télévision genevoise est en désaccord avec ce constat: «Cela montre du mépris et une certaine méconnaissance du paysage médiatique de ce pays. Léman Bleu, tout comme la RTS, est accessible sur toutes les box en Suisse. Cela ne changera rien pour le public», tient à rassurer Jérémy Seydoux.

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Sur «Forum», puis au «19h30»

Quant au fond de la critique, à savoir que Léman Bleu ne serait pas une chaîne de service public, Jérémy Seydoux se défend: «Notre chaîne est concessionnée. Elle reçoit une quote-part de la redevance et est soumise à un grand nombre d’obligations de la part de l’Office fédéral de la communication pour lui permettre de remplir des missions de service public, comme la mise en valeur du débat démocratique, de l’actualité régionale ou encore des richesses culturelles et sportives de notre territoire. Et cela, Massimo Lorenzi le sait très bien.»

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Le format de l’interview de Massimo Lorenzi sur les ondes de RTS La Première pose aussi problème au Genevois. «Contrairement à l’interview menée par Philippe Revaz (ndlr: le présentateur du «19h30»), le dialogue sur 'Forum' était sans contradiction.» Léman Bleu a d’ailleurs fait valoir son droit de réponse à l’émission «Forum», ce qui lui a été refusé.

La réponse de Massimo Lorenzi

Confronté à toutes ces remarques, Massimo Lorenzi prend la parole: «Léman Bleu est une chaîne cantonale et régionale. Ce n’est pas une chaîne nationale au sens plein du mot. Que ça plaise ou non, c’est un fait. Si j’avais été Monsieur Seydoux, j’aurais eu l’élégance d’envoyer un petit message de remerciement plutôt qu’un tweet. Si Léman Bleu a hérité des droits, c’est parce que la RTS et la RSI, par solidarité à la SRF, ont refusé les droits. Et je n’ai pas d’autres commentaires à faire sur les déclarations de Monsieur Seydoux, qui a peut-être été déçu que je ne fasse pas de Léman Bleu une chaîne d’envergure nationale. Je m’en excuse si cela l’a vexé.»

Mais, malgré toute cette histoire, Jérémy Seydoux se montre enthousiaste et est impatient de débuter avec les équipes de la chaîne genevoise une nouvelle aventure: «Certains Romands feront connaissance avec nous grâce au hockey et je m’en réjouis! Je pense aussi que tout le monde y gagnera. Le hockey sur glace en tant que sport, les nouveaux diffuseurs, le public qui aura accès à plus de matches et même la RTS qui fera ainsi des économies.»

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