Lors d'une rencontre en Valais
La bodycam testée sur un arbitre: une première en Romandie

Lors du match de 3e ligue entre Lens et Saint-Léonard, l'arbitre disposait d'une caméra corporelle. Un premier test en Valais, qui a semble-t-il été apprécié par tous les acteurs. Blick était sur place.
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Pour la première fois, une caméra corporelle a été utilisée sur un arbitre en Valais.
Photo: keystone-sda.ch
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Matthias DavetJournaliste Blick

Le nombre de journalistes est anormalement élevé pour un match de 3e ligue – tout choc au sommet qu'il soit. Ce samedi soir, les médias étaient invités du côté de Lens, en Valais, pour venir assister à la rencontre du club local face au FC Saint-Léonard. Le premier accueillait le troisième du championnat de septième division.

Mais sur le terrain, le focus était sur l'arbitre. Tous ses faits et gestes étaient encore plus scrutés que d'habitude. Il faut dire que, sur sa poitrine, M. Bruno Ferreira exhibait une caméra corporelle. Pour la première fois, l'Association valaisanne de football a tenté d'équiper l'un de ses officiels avec cette technologie. «Chaque semaine, le rôle des arbitres est devenu plus exigeant, tout en étant de plus en plus exposé», détaille Martin Zurwerra, président de l'AVF. Le but principal de cet objet est de protéger les hommes en noir contre d'éventuelles violences physiques et verbales.

Quatre aujourd'hui, bientôt une vingtaine?

Avant la rencontre, la faîtière du football cantonal a organisé une présentation de son nouveau système. Fièrement, et un bon quart d'heure avant le coup d'envoi, Bruno Ferreira est venu montrer sa bodycam. Concrètement, l'arbitre peut l'activer à n'importe quel moment durant le match. Dès qu'il appuie sur le bouton pour l'enclencher, l'appareil sauvegarde les 30 secondes précédentes. En d'autres termes, si un officiel se fait pousser et, une fois au sol, il presse le bouton d'enregistrement, la bousculade sera enregistrée.

Alexander Schmid, président de la commission des arbitres de l'AVF, présente la bodycam.
Photo: keystone-sda.ch

Au-delà de ce premier test, l'Association valaisanne de football est en contact étroit avec son homologue de Soleure, qui a déjà mis en place un tel système, avec une vingtaine de caméras. Pour le moment, l'AVF n'en dispose que de quatre mais, si les tests sont concluants, elle pourrait en demander autant. «Vingt caméras coûtent environ 13'000 CHF, auxquels on rajoute 4500 CHF pour la licence», précise Alexander Schmid, président de la commission des arbitres pour le canton. Ou, en d'autres termes, environ 875 francs suisses par engin.

Ce système n'est toutefois pas là pour faire office de VAR. Seul tout ce qui est hors des actions de jeu peut être revisionné par les instances compétentes. Si l'arbitre octroie un carton rouge à une équipe et qu'un joueur s'en prend physiquement à lui, seule cette deuxième partie va être analysée (et sanctionnée) par la commission de jeu et de discipline. «Dès que la sanction est en vigueur, les images sont supprimées», ajoute Alexander Schmid.

Quid de la protection des données?

Car la protection des données est également un point important de ce nouveau système. En débarquant sur le terrain du Christ-Roi de Lens, il est bien précisé que, «en entrant dans la zone du terrain, vous acceptez d'être potentiellement filmé·e».

Une affiche annonçait l'utilisation de la body cam à l'entrée.
Photo: keystone-sda.ch

Lens a été choisi – au-delà de la beauté du cadre – car son stade ne se situe pas à proximité d'un passage. Mais si des piétons viennent à se balader aux abords, en dehors de l'enceinte, comment cela se passerait-il pour assurer la protection de leurs données? «Il y a avant tout du floutage à l'enregistrement, puis ultérieurement», détaille Lauris Loat, préposé valaisan à la protection des données. Et si un joueur refuse d'être filmé? «Il n'a qu'à aller faire du basket», se marre un dirigeant dans la salle adjacente à la buvette du FC Lens Chermignon.

Des acteurs satisfaits

Après les présentations, place à la mise en action. Sur le coup des 20h ce samedi, les acteurs ont débarqué sur la pelouse, menés par M. Bruno Ferreira et sa caméra sur le torse. Malgré le choc au sommet, la rencontre s'est déroulée dans le calme. L'effet dissuasif se fait-il déjà ressentir? «Oui, je pense que les joueurs ont vu ma caméra et se sont calmés par moments, surtout quand je l'allumais. C'est plutôt satisfaisant pour un premier test», a expliqué l'officiel après la rencontre.

Rémy Clivaz, joueur de Lens, avoue avoir été un peu sceptique avant la rencontre: «Je me disais qu'en 3e ligue, on n'avait pas besoin d'en arriver là pour qu'il y ait du respect envers les arbitres. Mais, en fin de compte, j'ai apprécié la façon dont elle a été utilisée ce soir. Je pense que ça peut faire du bien et amener du positif.» Le No 8 des Valaisans, qui avoue lui-même être parfois sanguin, admet que l'objet freine parfois les ardeurs, ce qui n'est pas une mauvaise chose.

Au total, Bruno Ferreira a activé une quinzaine de fois son appareil, «au cas où». Dans son rapport, il n'aura pas besoin de préciser telle ou telle action et les images pourront être supprimées (ou utilisées pour la formation, après avoir anonymisé les acteurs). Une première réussie, donc.

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