L'Euro 2032 avec l'Italie
La Turquie touche enfin au but

Le cinquième essai devrait être le bon. Passée quatre fois à côté, la Turquie est de nouveau candidate à l'organisation de l'Euro 2032 de football, seule prétendante cette fois et associée à l'Italie.
Publié: 09.10.2023 à 14:08 heures
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Dernière mise à jour: 09.10.2023 à 14:29 heures
La Turquie et ses formidables supporters devraient accueillir l'Euro en 2032.
AFP

L'une des plus prestigieuses compétitions sportives au monde, c'est ce que le président Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2002, rêve d'offrir à son pays, où la population se débat dans une grave crise économique qui ronge la monnaie et son pouvoir d'achat avec une inflation à 60% sur un an.

La réponse est prévue mardi, à l'issue d'une réunion du comité exécutif de l'UEFA, l'instance du foot européen.

L'intérêt d'Erdogan pour le ballon rond, le sport roi en Turquie, n'est pas feint: le chef de l'Etat a joué en semi-professionnel dans sa jeunesse et est un fan reconnu du grand club stambouliote de Fenerbahçe.

Alors accueillir à domicile la plus grande compétition sportive d'une Europe dont il dénonce les «exigences» et qui persiste à lui fermer la porte au nez «depuis 40 ans» serait mieux qu'un couronnement, une forme de revanche.

L'enjeu est hautement symbolique: «le sport moderne a toujours été perçu comme un moyen pour la Turquie de se forger une légitimité et d'atteindre une forme d'égalité avec les autres nations du monde occidental», rappelle Daghan Irak, maître de conférences en médias et communication à l'université d'Huddersfield, au Royaume-Uni.

Recep Tayyip Erdogan ne s'écarte pas de cette stratégie historique, ajoute ce spécialiste du football turc.

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Il voulait déjà l'Euro 2008

Fin 2002, Erdogan arrivait au pouvoir comme Premier ministre quand la Turquie, associée à la Grèce -dans une période de réchauffement des relations entre les deux pays-, était éliminée de la course à l'organisation de l'Euro 2008, remportée par l'Autriche et la Suisse.

«Le sport moderne a toujours été perçu comme un moyen pour la Turquie de se forger une légitimité et d'atteindre une forme d'égalité avec les autres nations du monde occidental.»Daghan Irak, maître de conférences en médias et communication à l'université d'Huddersfield,

Partie seule à la conquête de l'édition 2012, elle a été coiffée par le couple Ukraine-Pologne. Pour 2016, c'est la France qui l'a doublée. Enfin, pour l'Euro 2024, le rapport d'évaluation de l'UEFA avait notamment pointé du doigt «l'absence d'un plan d'action dans le domaine des droits de l'homme».

Après quatre échecs, la Turquie, associée à l'Italie, est cette fois protégée par l'absence de concurrents.

Les droits humains en question

La situation des droits humains ne s'est toutefois pas améliorée avec la réélection en mai dernier du chef de l'Etat, au pouvoir depuis 20 ans: il n'a pas fait montre de la moindre clémence, ni annoncé d'amnistie envers les dizaines de milliers d'opposants emprisonnés.

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La Cour de cassation turque vient de confirmer la «réclusion à perpétuité aggravée», sans possibilité de libération anticipée et à l'isolement complet, d'Osman Kavala, mécène et philanthrope accusé d'avoir financé des manifestations antigouvernementales en 2013, en faveur duquel l'Europe est régulièrement intervenue.

«Malheureusement, ces actions continuent de saper les perspectives de la Turquie dans l'UE», a d'ailleurs réagi le rapporteur du Parlement européen sur la Turquie, Nacho Sanchez Amor.

Des stades magnifiques dans tout le pays

Lors des candidatures précédentes à l'organisation de l'Euro, l'état des stades avait aussi desservi la candidature turque: mais cette fois, le problème est réglé, assure Bagis Erten, contributeur au magazine sportif Socrates et enseignant en communication sportive à l'université Kadir Has à Istanbul.

«S'il y a une chose que l'AKP (le parti présidentiel, au pouvoir depuis 2002) sait faire, c'est bâtir. Ils adorent ça! Maintenant on a vraiment beaucoup de bons stades», affirme-t-il.

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Le magnifique stade de Besiktas, à Istanbul.

Il cite des villes moyennes comme Trabzon, sur la mer Noire, Konya ou Eskisehir en Anatolie centrale, ou encore Izmir, troisième ville du pays, sur la côté égéenne (ouest).

«Nos stades sont désormais mieux préparés que dans bien d'autres pays», assure-t-il.

Les JO sont trop grands, mais l'Euro est parfait

Pour lui, la Turquie ne saurait s'aligner pour d'énormes compétitions internationales comme les Jeux olympiques, «mais elle est tout à fait en mesure d'organiser (un Euro), aussi bien sur le plan économique, sécuritaire, que pour sa culture du foot avec les foules qui se rendent au stade», comme elle l'a fait en juin dernier pour la finale de la prestigieuse Ligue des champions remportée par les Anglais de Manchester City.

«Maintenant, la Turquie est prête», affirme Bagis Erten.

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Les stades turcs sont en outre connus pour leur ambiance survoltée.

Et puis, en matière d'intégration européenne, relève Daghan Irak, «organiser un championnat international de football est bien plus facile pour la Turquie d'Erdogan que de respecter les verdicts de la Cour européenne des droits de l'homme».

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