Jacky Pache n'a pas pu faire deux mètres au Stade de la Tuilière dimanche avant, pendant et après le derby lémanique, sans être interpellé au sujet de son ami Jacky Baudat, décédé quelques jours plus tôt, l'année de ses 80 ans.
«Cela montre bien comme il était populaire et connu dans la région. Tout le monde me parle de lui et a une anecdote», explique celui qui ne se formalise jamais d'être appelé «l'autre Jacky» du FC Cheseaux.
«Il laisse un grand vide et surtout un très bon souvenir», assure celui qui lui a succédé à la tête du club vaudois. Le FC Cheseaux a d'ailleurs une particularité, celle de n'avoir eu que trois présidents depuis sa fondation en 1973: Jacky Baudat, Jacky Pache et désormais Sylvain Equey.
Il a créé le FC Cheseaux en 1973
«Sans Jacky, rien n'aurait été possible. Il a construit ce club de ses propres mains. C'était un bon joueur, qui est allé jusqu'à la réserve du Lausanne-Sport, il était ailier gauche. Il est parti faire son apprentissage de cuisinier à Bâle et il a dû revenir en catastrophe à cause du décès de son père. Dès lors, il était clair qu'il n'allait pas pouvoir poursuivre dans le football à haut niveau, il devait s'occuper de l'Hôtel-Restaurant de la Gare. Mais il aimait tellement le foot que quelques années plus tard, avec quatre ou cinq amis, il a créé le FC Cheseaux en 1973», se rappelle Jacques Pache.
Jacky Baudat a alors 27 ans et joue encore, pour le plaisir, les matches étant souvent programmés le dimanche matin de telle manière qu'il pouvait y prendre part avant d'aller travailler au restaurant. «Il n'avait que deux passions, le foot et la cuisine, en dehors de sa famille bien sûr», continue son ami et successeur à la tête du FC Cheseaux. «Fondateur-président-joueur», Jacky Baudat était décrit comme un homme «de caractère», mais aussi «pouvant être très généreux».
Un travailleur acharné
«Il était ambitieux pour son club, il s'est engagé financièrement aussi», se souvient Jacques Pache, qui n'était pas toujours d'accord avec son ami sur ce point. «Mais ça ne change rien. Il s'impliquait à fond, même s'il ne pouvait pas toujours être présent à cause de son travail. Son restaurant était ouvert tous les jours, c'était un travailleur à la dure. Quand il y avait une sortie de comité, qu'on partait deux ou trois jours, il ne pouvait jamais venir. Mais il suivait tout de près. Il était à fond pour son club, il en était fier.»
Sans Jacky Baudat, pas de FC Cheseaux, mais le monde des cafetiers et restaurateurs n'aurait lui non plus pas été le même. Président de la section lausannoise de Gastrovaud, vice-président de la section cantonale, il était un traiteur reconnu loin à la ronde, et même jusqu'en Suisse alémanique. «Il s'occupait du Comptoir de Lausanne, mais aussi de l'Olma à Saint-Gall. Et tout ça sans compter les innombrables repas de soutien, les abbayes... Il était excellent comme traiteur, mais c'était beaucoup de stress et de boulot à chaque fois.»
Le civet, pas la selle!
Parmi les spécialités du cafetier, Jacky Pache cite en premier la chasse. «C'était l'un des meilleurs dans le canton. Il disait souvent à l'équipe que si elle gagnait le dimanche, il offrait la chasse à tout le monde après le match. Bon, c'était le civet, pas la selle», rigole son ami, sincèrement reconnaissant des bons moments partagés et de tout ce que Jacky Baudat a fait pour le club. Et il y a tellement d'anecdotes à raconter. «On avait fait venir un très bon gardien, Jacky le faisait dormir à l'hôtel les veilles de match quand il avait un peu trop bu et le réveillait à 8h30 le dimanche. A 10h, il arrêtait tout!»
Guy Roux est venu à Cheseaux
A ses débuts en 1973, le FC Cheseaux jouait du côté de la gare, avant d'élire domicile à Sorécot pour y être moins à l'étroit. «Jacky s'est engagé pour qu'on ait l'éclairage, ce qui a été fait en 1978. On y a vécu des grands moments d'amitié et quelques jolies histoires de football. Grâce à Kurt Oberli que je côtoyais au travail et qui était journaliste à Blick, on a pu accueillir de belles équipes. Il m'a dit un jour qu'on pourrait avoir Auxerre ou Bâle. Je n'ai pas été très patriote sur ce coup, j'ai dit que ce serait super d'avoir les Français. Et on a eu Auxerre et Guy Roux à Cheseaux! Lausanne est aussi venu jouer chez nous avec tous ses grands joueurs, Gabet Chapuisat, Marcel Parietti, Erich Burgener... Et Xamax aussi est venu», se rappelle Jacky Pache.
Un dernier hommage vendredi au Temple
Chaque canton a ses personnages emblématiques du monde du football, ceux qui s'engagent avec passion et sans compter leur temps, que ce soit pour leur club, pour une fédération ou pour une association. Le canton de Vaud en compte plusieurs et Jacky Baudat en fait assurément partie. Son ensevelissement aura lieu ce vendredi à 14h au Temple de Cheseaux.