De retour pour agir concrètement
Joaquim Adao: «À Fribourg, le football divise au lieu de rassembler»

Vingt ans après l'avoir quitté pour faire carrière, Joaquim Adao est de retour au FC Schönberg, là où tout a commencé. À 33 ans, le Fribourgeois s’engage pour aider sur le terrain, mais surtout dynamiser un football fribourgeois qu’il juge malade, divisé et à la traîne.
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Joaquim Adao est dans la vie comme il était sur le terrain: un homme de caractère, combatif, qui n'hésite pas à assumer ses responsabilités. A 33 ans, affûté comme il l'a toujours été, il a décidé de s'engager pour son club d'enfance, le FC Schönberg, ce club populaire de la ville de Fribourg, qui tire son nom du quartier qui l'abrite et où la vie n'est pas toujours simple.

Le Schönberg, Joaquim Adao pourrait en parler des heures. Il y a grandi, il y a appris la vie, et il a commencé à y jouer au football. Comme d'autres, mais de loin pas la majorité, il s'en est sorti et est devenu footballeur professionnel, a disputé la finale de la Coupe de Suisse, est parti jouer à l'étranger. Sa dernière licence au FC Schönberg date du 10 juillet 2006 et le voilà de retour à la maison, vingt ans après.

Photo: DR

«Beaucoup de monde m'a demandé ce que j'allais faire là», sourit-il dans un café du centre de Fribourg. Et la fameuse question est arrivée très vite, comme toujours. «Vous aussi vous allez me la poser? Combien je suis payé, c'est ça? Rien du tout. Evidemment que je viens gratuitement! La seule chose qui me préoccupe, c'est de savoir si je vais tenir physiquement...», glisse-t-il, alors qu'il s'entretient au quotidien. A-t-il vraiment peur de jouer en 2e ligue? «Peur, non. Mais mon dernier match date d'il y a trois ans en Ligue des Champions africaine. Là, je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre, je dois dire! Mais c'est plutôt de l'excitation qu'autre chose.» Le championnat de 2e ligue recommencera le 21 mars à Siviriez et il y aura peut-être un peu plus de monde que d'habitude sur le terrain du Schönberg pour assister aux débuts de l'ancien milieu de terrain du FC Sion.

La suite, il y pense déjà concrètement

Mais Joaquim Adao ne serait pas lui-même s'il ne voyait pas déjà plus loin, sans avoir peur de donner son avis. «J'ai 33 ans, je n'ai pas joué depuis plusieurs années. Bien sûr que je prépare la suite.» Entraîneur? «Non. Vraiment pas.» Alors? «Mon envie est de travailler dans le monde du football, mais comme directeur sportif ou dirigeant. Et c'est bien mon idée en revenant au Schönberg. Je veux m'impliquer pour ce club, intégrer le comité, le faire avancer. En voyant plus large.»

Photo: Keystone

Concrètement? Le discours se fait plus offensif. «Il faut bien comprendre une chose: si j'ai pu faire carrière, comme d'autres, ce n'est pas grâce à Fribourg et à son football. Je suis parti tôt à Sion, j'y ai appris mon métier. C'est quand même triste de se dire qu'à Fribourg, rien n'était mis en place voilà vingt ans pour des gars comme moi, les frères Schneuwly ou d'autres.»

Deux Fribourgeois à la Coupe du monde, mais...

De l'extérieur, il semblerait que la situation ait évolué, et, cet été, deux Fribourgeois (Yvon Mvogo et Michel Aebischer) participeront sans doute à la Coupe du monde avec l'équipe de Suisse, contre un seul Valaisan (Vincent Sierro). Un signe que tout va mieux?

«Le football fribourgeois est malade»

«Absolument pas. Yvon et Michel ont un immense mérite, celui d'avoir réussi. Ils méritent les félicitations, mais ils ont été formés à YB. Comme moi, ils ne doivent rien à Fribourg», contre le milieu de terrain. Mais tout de même, si ces deux joueurs sont arrivés au plus haut niveau, ils le doivent au partenariat entre le Team AFF, c'est-à-dire la structure de formation cantonale, et le club bernois, non? «Oui, je suis d'accord. Et mes critiques ne visent pas le Team AFF, bien au contraire. Je trouve qu'ils font du très bon travail. Mais les joueurs, ils vont où après? Le football fribourgeois est malade à cause des egos des gens qui dirigent les clubs. Ce constat-là, il faut le dresser et il faut le dire.»

En 2017 face à Ezgjan Alioski et Lugano.
Photo: Keystone

Joaquim Adao a la voix qui porte et les tacles sont tranchants comme sur le terrain. «Le football rassemble partout. Fribourg est le seul endroit où il divise», lâche-t-il à un moment de la conversation, frustré de voir que les forces ne peuvent pas être mises en commun. Fin 2014, les présidents du SC Guin, du FC Bulle et du FC Fribourg avaient tenu une conférence de presse commune, indiquant poser les bases de ce qui n'avait pas été présenté comme une fusion, mais comme une collaboration. Un stade de 5000 places devait être construit à Rossens pour accueillir ce «FC Cantonal». Le projet s'appelait «Challenge» et le but était à terme d'avoir une équipe fribourgeoise en deuxième division suisse. Douze ans plus tard, le projet est mort et enterré. Et les jeunes de talent comme Musa Araz doivent aller se former à Bâle, tandis que Robin Golliard, pour jouer en Challenge League, doit le faire à Yverdon.

Il veut fédérer le football fribourgeois autour des anciens

«Je reviens vingt ans plus tard et le football fribourgeois n'a même pas stagné, il a reculé», peste Joaquim Adao, désireux de s'engager pour faire changer les choses. «Je ne veux pas être le gars qui parle. Je veux agir. On doit en finir avec ces clubs qui font des coups, engagent des mercenaires, font une bonne saison et s'en vont. J'aimerais qu'on fédère le football fribourgeois.» Autour de qui, autour de quoi? «Des anciens pros. De ceux qui sont partis de là et ont réussi ailleurs. On doit le faire pour notre canton.»

Le milieu de terrain n'a jamais eu peur des duels.
Photo: Keystone

C'est donc au FC Schönberg que tout démarrera pour lui, mais il ne le voit pas comme une fin en soi. «Schönberg, Bulle, Fribourg, peu importe. On doit sortir de ces clivages qui ne font que tirer tout le monde vers le bas.» Que pense-t-il de José Fonseca, qui dirige aussi bien le FC Bulle que Portalban? «Je le respecte énormément. Il a une vision qui me plaît. Il se bouge, il met son argent. Il a fait quelque chose de bien à Portalban et maintenant il veut faire grandir Bulle, de l'autre côté du canton. Mais lui non plus n'y arrivera pas si tout le monde n'est pas derrière lui. Parce que le but, ce n'est pas qu'on ait dix clubs ambitieux et aucun professionnel. Tous les cantons de Suisse y arrivent et pas nous? Tout le monde me répond: 'C'est Fribourg, c'est comme ça'. Je ne peux pas me contenter de cette réponse.»

Michel Simonet, comme un symbole

Son retour au FC Schönberg, Joaquim Adao l'a mis en scène avec Michel Simonet, le fameux balayeur à la rose, un personnage central à Fribourg. «Il est apprécié de tout le monde et quand l'idée lui a été soufflée, il l'a trouvé super. C'est un beau symbole, une personne très humble qui s'est mise au service de la communauté toute sa vie», glisse le trentenaire, très motivé par ce «deuxième début de carrière» et impatient de voir où il va le mener.

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Et ce qui est sûr avec Joaquim Adao, c'est qu'il se comportera sur ce chemin comme il l'a toujours fait: en respectant ceux qui se trouvent face à lui, mais sans hésiter à mettre le pied s'il y a un obstacle en travers. Et pour amener le football fribourgeois tout en haut de la carte, il y en aura à coup sûr. «Ce n'est pas grave, au contraire. Quand j'ai commencé le foot, ma mère n'avait pas les moyens de me payer chaque année les 200 francs de cotisation annuelle. Un formateur a menacé que je ne puisse plus jouer. Un gamin du quartier... C'était il y a vingt-cinq ans et je m'en souviens encore.»

Et là, un homme nommé Christian Monney l'aide. «Ça non plus, je ne l'oublierai jamais. Il a ma reconnaissance encore aujourd'hui. C'est ça, gérer un club d'un quartier populaire. C'est dans cet esprit que je veux agir.» Ne jamais oublier la base, mais préparer l'élite. La tâche est colossale. Il a décidé de l'empoigner.


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