Sacré avec l'Argentine
Lionel Scaloni, le sélectionneur passé de l'intérim à l'immortalité

L'entraîneur de 44 ans entre dans l'histoire du football argentin. Il offre à l'Albiceleste le sacre mondial un an après la victoire en Copa America.
Publié: 18.12.2022 à 19:36 heures
Lionel Scaloni devient champion du monde à 44 ans.

Intérimaire propulsé aux commandes de l’Argentine, Lionel Scaloni est devenu dimanche champion du monde, offrant à l’Albiceleste sa troisième étoile. De quoi faire du modeste et discret pilote de l’enthousiasmante «Scaloneta» (la «fourgonnette de Scaloni»), un immortel parmi les entraîneurs argentins.

Être comparé au simple chauffeur d’un bus où les supporters, d’abord méfiants, seraient invités à monter au fil des succès résume la trajectoire inattendue de cet ancien défenseur international, ex-adjoint de Jorge Sampaoli au Mondial 2018.

Aux côtés de Menotti et Bilardo

Car il a fallu que Lionel Scaloni (44 ans), natif de Rosario comme Lionel Messi, convainque les sceptiques et surtout les stars de la sélection avant de s’imposer comme le troisième technicien à guider l’Argentine sur le toit du monde après César Luis Menotti (1978) et Carlos Bilardo (1986).

D’ailleurs, l’intéressé n’aime pas être placé sur le devant de la scène et le concept de «Scaloneta» le met «mal à l’aise», a-t-il dit, même s’il a remercié ses bruyants supporters pour leur «affection».

«L’émotion fait partie de notre culture, de tout ce qu’on peut vivre en Argentine, a-t-il philosophé samedi avant la finale. Le football est un sport, mais en Argentine, même si c’est difficile à comprendre, c’est beaucoup plus qu’un sport.»

Le tacle de Maradona

Cette passion débordante explique sans doute les franches critiques qui avaient accompagné sa nomination en 2018, d’abord comme intérimaire, après le départ Sampaoli au terme de l’élimination du Mondial russe, en huitièmes de finale contre la France (4-3).

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«Il n’est même pas capable de faire la circulation», avait asséné la légende Diego Maradona dans la presse.

Cet ancien latéral aux sept sélections entre 2003 à 2006, de son propre aveu un joueur «habitué aux tâches obscures», n’avait jamais été entraîneur principal en club avant son avènement. Il vient d’être prolongé jusqu’en 2026.

Le soutien de Messi

«Sa façon de communiquer, de traiter les joueurs, de mettre en place, est vraiment à lui, il sait bien préparer les matches, il les lit bien», l’a défendu Messi.

Humble, discret, studieux, réputé proche des joueurs qui l’apprécient, Lionel Scaloni est parvenu à ramener sur la voie du succès une Argentine qui n’avait plus gagné depuis 1993, avec trois trophées en l’espace d’un an et demi: d’abord la Copa América 2021, puis la «Finalissima», match de gala contre l’Italie championne d’Europe à l’été 2022 (3-0), et enfin l’apothéose d’un titre mondial dimanche.

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Angel Di Maria ressuscité

Le tout en développant un jeu plutôt délié et en gardant son équipe invaincue pendant 36 matches consécutifs, à une longueur du record de l’Italie (2018-2021).

Pour cela, Scaloni a opéré un changement de génération, passant en revue des dizaines de joueurs en trois ans, tout en redonnant une deuxième jeunesse à Angel Di Maria et… le sourire à Messi (35 ans).

«Il a contribué à révéler des joueurs comme Nahuel Molina, Cristian Romero, Lisandro Martinez et Alexis Mac Allister, qui donnent à l’équipe argentine son identité, et, surtout, il a apporté à Messi des options de jeu qu’il n’avait pas lors de la précédente Coupe du monde», analyse l’ancien attaquant Jorge Burruchaga, champion du monde 1986.

Un juste compromis

La finale de Coupe du monde remportée dimanche contre la France était la sixième disputée par l’Argentine, mais Scaloni a refusé de se comparer à ses illustres prédécesseurs sur le banc argentin. «Je ne peux me placer au même niveau qu’eux. Je m’estime juste privilégié d’avoir atteint» la finale, avait-il souligné avant le match.

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Pour certains, il réunit les capacités tactiques de Menotti et le pragmatisme de Bilardo.

La déroute saoudienne oubliée

Et même la défaite surprise contre l’Arabie saoudite (2-1) en début de Mondial n’a pas fait dévier de sa trajectoire Scaloni, malgré l’inquiétude de tout un pays. Tout au plus a-t-il étoffé la ligne d’attaquants avec Julian Alvarez.

«Il faut savoir raison garder. Ce n’est qu’un match de football, avait-il lancé après ce revers. C’est difficile de faire comprendre aux gens que le soleil se lèvera quand même le lendemain, que cela soit sur une victoire ou une défaite», a-t-il dit, même s’il a lui-même été rattrapé par l’émotion, samedi, larmes aux yeux au micro que la télévision argentine.

Mais son destin était écrit: dimanche au stade de Lusail, Scaloni a accompli ce que ni Menotti ni Bilardo n’ont réussi avant lui: un doublé Copa América-Coupe du monde. Même la sortie prématurée de Di Maria ne lui a finalement pas causé préjudice. Un simple chauffeur de bus, vraiment? (AFP)

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