Une réforme, vite!
La Challenge League meurt, le foot suisse regarde ailleurs

La nouvelle est passée inaperçue, mais la Challenge League ne passera pas à douze équipes. Elle ne sera même pas réformée. La voilà qui meurt en silence, dans l'indifférence générale, assure notre journaliste.
La Challenge League est malade.
Photo: Philipp Kresnik/freshfocus
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

C'est fou comme la nouvelle est passée inaperçue. J'en parlais l'autre jour avec des amis fondus de football suisse, le genre de gars qui connaissent le contingent du FC Wil dans le détail et sont capables de vous dire lequel de ses joueurs a un avenir en Super League et lequel contrôlera votre billet de train entre Romanshorn et Olten d'ici trois ans.

Et bien figurez-vous qu'aucun d'eux n'était au courant que, voilà quelques semaines, les clubs suisses se sont réunis en assemblée générale et ont refusé de passer à douze équipes, tout en adoptant un paquet de mesures destinées à faciliter l'intégration des jeunes joueurs en Challenge League et ce dès la saison 2026/27. L'idée: trouver le nouveau Fabian Schär et faire de la deuxième division autre chose que le mouroir qu'elle est actuellement.

Un peu de courage, par pitié

Une bonne chose? Présenté comme ça, évidemment. Mais le problème de la deuxième division suisse est autrement plus important que des dizaines de milliers de francs reversés aux clubs qui font jouer des M21. Son véritable souci est qu'elle est en train de mourir et que personne n'a le courage de mettre son intérêt particulier de côté et de prendre les vraies mesures, celles d'une réforme durable et constructive.

Peut-on faire vivre 22 clubs professionnels en Suisse (21+ Vaduz, d'accord) aujourd'hui? Non. C'est une illusion complète. Il suffit de regarder la Challenge League et son état actuel pour être terrorisé. Qui, aujourd'hui, en deuxième division, peut prétendre être un club professionnel, dans tous les sens du terme, c'est-à-dire un employeur capable de garantir vingt-cinq salaires corrects (sans avoir recours à l'assurance chômage, un des tabous les mieux camouflés du football suisse), ainsi que d'avoir des infrastructures dignes de ce nom et d'attirer du public? Aarau, Yverdon, Vaduz, Xamax. Wil éventuellement. Et encore, pas tous au même niveau. Yverdon et Vaduz jouent devant 1500 personnes, Xamax devant 2800. La réalité du football est qu'aujourd'hui, plus de monde va regarder le FC Genolier-Begnins affronter Gland que le SLO défier Rapperswil. Ou même que Nyon jouer contre Carouge.

Ce n'est pas un problème de qualité de travail, pas du tout

Cela ne veut pas dire que ces clubs et les autres ne travaillent pas bien, attention (c'est un autre débat), et je suis de ceux qui valorisent le mérite sportif et ont félicité le SLO d'être monté en Super League. Et je serais fou de dire que les clubs de Challenge League ne savent pas travailler alors que deux d'entre eux viennent de disputer les demi-finales de la Coupe de Suisse, après avoir sorti chacun deux clubs de Super League. Et que le SLO est en finale de la Coupe de Suisse, en étant sans aucun doute le club qui a le plus de compétences au niveau sportif. Le SLO est un club professionnel, qui s'est structuré et qui a su franchir ce palier grâce à son fortuné propriétaire, Vartan Sirmakes.

Mais la réalité, aujourd'hui, avec les droits télévisés faméliques et un public absent, est que le football suisse dans son entier compte aujourd'hui seize clubs véritablement professionnels, ou qui pourraient l'être. Quel sens cela a-t-il de voir les clubs de bas de tableau s'accrocher à ce statut et survivre grâce aux prêts des autres clubs? Cela ne veut pas dire que ces clubs doivent renoncer à être compétitifs, pas du tout. Je parle simplement de statut professionnel. Et qui, en dessous, peut prétendre y arriver? Bienne, sans doute. Schaffhouse si ce club est bien géré un jour. Et? C'est tout. Kriens et Baden sont dans la même situation que Nyon et Carouge. Et même si je rêve un jour de voir Delémont y arriver, la réalité est que les SRD en sont bien loin.

Qui aura enfin le courage, une fois, de prendre la décision qui s'impose, et d'euthanasier cette Challenge League «professionnelle» qui n'en a que le nom et pas la réalité?

Les promesses de 2010 n'ont pas été tenues

Je retranscris ici une dépêche de l'ATS, publiée en 2010, au moment de la réduction des équipes: «Il s'agit de donner de l'attrait à une Challenge League qui n'en a que très peu, en Suisse alémanique surtout, en trouvant par exemple une solution pour que la D2 soit régulièrement télévisée. La SFL pousse également les clubs à se professionnaliser, que ce soit du point de vue des infrastructures (stades, etc.) ou de celui des compétences humaines (avec un staff à plein temps). Edmond Isoz, s'appuyant sur des chiffres, avance que, dans les pays où un resserrement de la D2 a été effectué, les moyennes de spectateurs ont pris l'ascenseur», était-il écrit noir sur blanc.

Le constat d'échec est terrible

Quinze ans plus tard, le constat d'échec est terrible. Non seulement la Challenge League ne s'est pas développée, mais des clubs et des territoires ont complètement disparu du paysage, faute d'avoir su prendre le virage professionnel imposé par la SFL. Et pour ce qui est de la formation des jeunes, il est indéniable et incontestable que des joueurs actuels de la Nati ont joué en Challenge League. Mais n'auraient-ils pas réussi à franchir le pas en jouant une saison dans une deuxième division semi-professionnelle, avec une équipe M21 d'un club pro, plutôt que d'être prêtés par ce même club pro et d'aller jouer contre Nyon et Bellinzone, ou avec?

Que la Super League compte 12, 14 ou 16 équipes n'est même pas le débat. J'ai mon opinion, mais je ne vais pas ouvrir cette parenthèse aujourd'hui, simplement signaler que le resserrement de l'élite avait été défendu par les grands clubs, notamment afin d'être plus compétitifs sur la scène européenne. Rires (tragiques) dans la salle.

Une deuxième division semi-professionnelle, vite

Mais il est urgent (et même déjà trop tard) de réformer la Challenge League, d'en finir avec ce professionnalisme et de la rouvrir enfin à tous, sans obligation d'avoir un stade aux normes ou des pseudo-contrats professionnels. Pour la formule, soit un championnat à 18, comme la Promotion League, soit deux groupes de 10 ou même de 12, comme vous voulez.

Assumez enfin que cette deuxième division soit semi-amateure ou semi-professionnelle (ce qui ne veut pas dire qu'elle ne sera pas compétitive), intégrez-y les M21 des clubs professionnels si vous voulez, et renforcez la Super League, la seule ligue qui soit «d'élite» dans ce pays. Du point de vue sportif et marketing, cette décision prendrait tout son sens.

Tout simplement parce que le football suisse n'a pas les moyens d'avoir 22 clubs professionnels de manière factice. D'en avoir 12, 14 ou 16 de manière concrète et ancrée dans la réalité, oui.

Challenge League 25/26
Équipe
J.
DB.
PT.
1
FC Vaduz
FC Vaduz
33
32
75
2
FC Aarau
FC Aarau
33
25
73
3
Yverdon Sport FC
Yverdon Sport FC
2:0
33
28
63
4
Neuchatel Xamax FCS
Neuchatel Xamax FCS
33
-4
43
5
FC Stade-Lausanne-Ouchy
FC Stade-Lausanne-Ouchy
33
0
41
6
FC Rapperswil-Jona
FC Rapperswil-Jona
1:1
33
-10
39
7
FC Wil
FC Wil
33
-15
37
8
Etoile Carouge FC
Etoile Carouge FC
0:2
33
-8
36
9
FC Stade Nyonnais
FC Stade Nyonnais
33
-20
28
10
AC Bellinzone
AC Bellinzone
1:1
33
-28
23
Accession
Barrage d'accession
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