Il n'est de très loin pas l'entraîneur le plus médiatisé du football suisse, et il s'agit probablement d'une erreur. Car Dalibor Stevanovic est l'un des entraîneurs qui montent, lui qui, à 41 ans, vient de qualifier le FC Stade-Lausanne-Ouchy pour la première demi-finale de Coupe de Suisse de ses 125 ans d'histoire. De quoi sortir un peu de l'anonymat pour le club vaudois et son entraîneur, lequel n'hésite pas à afficher ses ambitions, à l'aube de son parcours de technicien, entamé voilà six ans lorsqu'il a mis un terme à sa carrière de joueur au Stade Nyonnais, d'abord pour devenir assistant de Meho Kodro. Depuis deux ans, il est l'entraîneur principal du SLO.
Le Slovène, qui a découvert la Suisse en venant jouer à Servette en 2017, a un parcours riche de différentes expériences et cultures, lui qui a débuté dans son pays (NK Domžale), avant de découvrir l'Espagne (Real Sociedad, Alaves), Israël (Maccabi Petah-Tikva), les Pays-Bas (Vitesse Arnhem), l'Ukraine (Volyn Lutsk), la Pologne (Slask Wroclaw), la Russie (Torpedo Moscou, Mordovia Saransk) et la Croatie (Slaven Belupo). De quoi apprendre les langues (il en maîtrise entre six et huit: le slovène, le serbo-croate, le français, l'espagnol, le russe, le polonais, l'anglais et un peu le néerlandais et l'allemand) et, surtout, se forger en tant qu'homme.
Alors, qui est vraiment Dalibor Stevanovic, en tant que coach et aussi en tant qu'homme, lui dont la vie a été marquée à jamais par le décès de son épouse Mirjana à la fin de l'année 2022? Blick est allé à sa rencontre, dans son bureau de la Pontaise, après l'entraînement du matin. Entretien avec un coach amateur de pressing haut (le SLO se situe au 6e rang mondial en termes d'intensité du pressing selon le CIES) et qui est destiné, un jour, à lui aussi entrer dans la lumière. Car la discrétion n'empêche pas l'ambition.
Coach, cela te manque de ne pas avoir 6000 personnes au stade chaque week-end? Ou même d'avoir un journaliste face à toi plus que tous les six mois?
C'est vrai que j'ai plus l'habitude d'un autre monde, d'un football où il y a de la pression, de la bagarre à l'entraînement, pas seulement en match.. Un monde où il a plus de monde au stade, plus de ferveur, plus de passion, tout simplement. Donc oui, ça me manque un peu, je ne vais pas te mentir. Peut-être que dans quelques années, le SLO aura un petit peu plus de soutien. Pour l'heure, c'est ainsi.
Mais comme on dit, l'exigence, c'est toi qui doit la mettre. Parce que le volet sportif au SLO, il repose sur le directeur sportif Hiraç Yagan, toi et... c'est tout.
C'est sûr qu'il existe ici une vraie tranquillité par rapport au travail. Tu n'es pas remis en question après deux défaites. La direction me laisse travailler, accepte mes idées et l'identité de jeu que je veux implanter. C'est le point positif. Et d'un autre côté, c'est très juste, il nous manque l'exigence venue du dehors. Celle du stade, des journaux, de l'attention en général. Alors, cette exigence, cette pression, c'est nous qui la mettons.
Le SLO, c'est idéal pour commencer, non? Ici, tu peux faire des erreurs, te planter, recommencer... Personne ne t'en tiendra rigueur.
Je sais que c'est rare d'avoir un espace comme je l'ai ici, mais tu dois aussi avoir des résultats, sinon tu le paies au classement. Les erreurs, ce sont les mêmes au SLO qu'ailleurs, mais c'est vrai qu'ici tu peux te permettre d'en faire peut-être un tout petit peu plus, je suis d'accord. Je sais que dans mes prochains clubs, que ce soit dans trois, quatre ou cinq ans, ce ne sera pas la même chose. Donc il faut que j'apprenne vite.
Ce qui est intéressant dans ton parcours de joueur, c'est que tu as connu plusieurs cultures...
Oh oui. J'ai vécu de l'intérieur le football offensif aux Pays-Bas et en Espagne, mais aussi un football plus agressif et défensif en Pologne et en Russie. J'ai eu l'est et l'ouest, si on peut dire. J'ai déjà appris beaucoup de choses en tant que joueur. Et comme coach assistant, j'ai eu trois entraîneurs très différents. D'abord Meho Kodro, totalement l'école espagnole, puis Anthony Braizat, un style français. Et enfin Ricardo Dionisio et la philosophie portugaise, très intéressante pour un entraîneur. C'est une grande chance. J'essaie de prendre de chacun, sans copier, en trouvant mon style et en mettant en place mes idées.
C'est quoi le style Dalibor Stevanovic, alors?
Aller chercher haut, en tout premier lieu, et tout le temps. J'ai envie que mes équipes jouent un football très dynamique, agressif, avec une identité offensive. Bien sûr, j'aime la possession, mais si elle ne me donne rien, alors elle ne me sert à rien. On est l'équipe qui a le plus le ballon en Challenge League, mais ce n'est pas un but, ni une fin en soi. L'ADN du SLO cette saison, c'est: pressing haut, transitions offensives, dynamisme et intensité. Mais bien sûr, si on ne peut pas verticaliser tout de suite, on doit gérer le rythme, faire circuler le ballon. On a différents scénarios d'animation offensive. On les travaille.
C'est un style qui a permis d'éliminer deux équipes de Super League, Winterthour et Lucerne, de la Coupe de Suisse. Et donc de faire revenir le SLO dans la lumière.
C'est une fierté pour moi comme coach, et pour le club aussi. Jamais le SLO n'avait été en quarts de finale de la Coupe de Suisse et là, on se retrouve en demi-finale, l'année des 125 ans. Ce qui me rend le plus fier, c'est qu'on n'a rien volé. bien au contraire. On était au dessus de Winterthour. Et aussi de Lucerne, à part lors des quinze ou vingt dernières minutes où on a vraiment souffert. Mais on a montré une belle qualité de jeu dans ces deux matches. Et aussi lors des amicaux contre des équipes de Super League. On doit avoir cinq victoires, un nul et une défaite. Ce n'est pas de la chance.
Mais justement, je voulais y venir. J'étais là à Morges contre le LS, il devait faire 40 degrés en juillet et vous avez été excellents. Quelques jours plus tard, vous battez Servette. Là, je me suis dit: «Ok, le SLO ils sont discrets, mais cette saison, ils vont tout casser. C'est le favori caché.» Et là, bon, quatrième de Challenge League en mars. Il y a une petite déception? Ou j'étais assommé par la chaleur de juillet et j'en attendais trop?
C'est là où n'a pas encore la maturité nécessaire. On a montré un niveau vraiment haut contre les équipes de Super League, mais aussi contre Aarau, Vaduz et Yverdon. Les équipes qui sont devant nous, on les bat, où en tout cas on est à chaque fois performant. Et on galère contre les équipes moins fortes. Donc on est à notre place au classement. Mais je suis d'accord avec toi, notre niveau nous permettrait de jouer plus haut.
Pourquoi vous n'y arrivez pas contre Carouge et Nyon?
Je ne pense pas que ce soit une question de motivation, c'est une question de discipline. On travaille là-dessus, on a un psychologue avec lequel on invite les joueurs à parler, pour voir pourquoi on se relâche contre les équipes moins fortes et pourquoi contre les équipes de haut niveau, on montre notre meilleur visage. C'est mental, je pense. Il faut apprendre, passer ces paliers et trouver cette continuité qui te permet de finir premier d'un championnat.
Tu as participé à l'éclosion de pas mal de joueurs, que ce soit comme entraîneur ou assistant. Sahmkou Camara, Warren Caddy, bien d'autres. C'est une partie de ton travail qui te plaît?
Il n'y a rien de meilleur en fait. Tu mets les joueurs en valeur, mais aussi le club. Tu prouves que ton directeur sportif a fait du bon boulot en misant sur eux. Et au final, que ton staff est capable de les développer et d'en faire des bons joueurs. Chaque coach est fier qu'un joueur parte pour aller plus haut. Et c'est aussi un projet du club, de gagner de l'argent avec ce modèle, et je suis totalement à fond avec ça. Après, comme coach, des fois tu te dis que tu aimerais bien les garder...
Logique..
Ben oui, parce que si tu restes deux ou trois ans avec le même groupe, et avec des joueurs qui progressent, tu as bien plus de chances de faire quelque chose de beau. Mais je ne me préoccupe pas de ça. Je sais qu'au SLO, si tu es bon, tu pars. Comme coach, je dois maîtriser ce paramètre. Et je l'ai accepté depuis le début. Si le joueur est performant, qu'il y a une bonne offre, tout le monde s'y retrouve.
Tu es plus dur avec les jeunes, parce qu'ils ont potentiellement une grande valeur marchande, qu'avec Hugo Fargues ou d'autres joueurs expérimentés?
Plus dur, non. Je suis exigeant avec tout le monde. Mais bien sûr que tu agis un peu différemment, tu adaptes la manière de travailler. Il faut maîtriser cette gestion, mais sinon, les joueurs n'ont pas d'âge. C'est la performance qui compte.
Tes joueurs, tu les aimes?
Je vais répondre ainsi: je suis très exigeant. Et ils le savent. Dès qu'on met le pied sur le rectangle vert là-bas, pffffou il n'y a pas d'amitié. Je suis honnête, je leur dis la vérité, même s'ils ne veulent pas l'entendre. Mais quand on a fini l'entraînement, je suis comme un grand frère pour eux. Je communique beaucoup, je rigole avec eux, je m'intéresse à l'individu. Mais sur le terrain, il n'y a pas de rigolade et pas d'amis.
Carlo Ancelotti, Pep Guardiola... De bons milieux défensifs qui sont devenus entraîneurs. Tu as toujours pensé que c'était ton chemin?
Non, pas du tout. Lorsque j'étais joueur, j'ai toujours pensé que je ne serais jamais entraîneur Ça ne m'intéressait vraiment pas.
Pourquoi?
Parce que je passais beaucoup trop de temps loin de ma famille. Je me disais qu'une fois que j'en aurais fini avec ma carrière de joueur, j'allais me calmer. Je voulais travailler dans le foot, mais dans l'ombre, pas comme coach. Et puis, Meho Kodro et Hiraç Yagan m'ont appelé et m'ont proposé le rôle d'assistant. Je jouais encore au Stade Nyonnais. Après en avoir parlé avec ma famille, je me suis dit qu'il fallait essayer, voir comment ça se passait. Et après deux mois, je me suis surpris à me dire que c'était passionnant. Et même plus que ça.
Tu avais déjà un diplôme?
Pas du tout, rien de rien. J'ai vite fait le C, puis le B en Slovénie. Comme je t'ai dit, je n'y avait pas du tout pensé quand j'étais joueur. Mais après six mois avec Meho Kodro, je me rappelle m'être dit que j'avais envie de le faire. Et surtout que j'avais les qualités pour le faire. Ce sont deux choses différentes.
Tu sais pourquoi ils ont pensé à toi, Hiraç Yagan et Meho Kodro?
J'ai joué avec Yagan au Stade Nyonnais, on était souvent ensemble en dehors du terrain. On avait des amis communs et on se parlait beaucoup, déjà quand j'étais à Servette d'ailleurs. On échangeait très régulièrement. Sans doute qu'il a vu mon professionnalisme et ma discipline au quotidien et qu'il a pensé que ces qualités pourraient faire un bon coach.
Cette demi-finale de Coupe de Suisse met le SLO en valeur, mais toi aussi. As-tu des envies? Des rêves? Des ambitions?
Je vis le football à fond, avec passion. Et je pense qu'un coach doit être comme ça. Il doit avoir des objectifs et peut-être même des rêves. Donc oui, je ne m'en cache pas, je me suis fixé des objectifs à court, moyen et long terme. Je sais que je vais y arriver. J'ai cette confiance en moi. Mais je ne suis pas pressé. Je ne vais rien précipiter, surtout pas. Je sais que les choses vont arriver, au bon moment. Et je vais faire les choses dans l'ordre.
C'est-à-dire?
Je veux montrer qu'ici, le travail qui est fait, ce n'est pas de la chance. C'est un travail organisé, planifié, structuré. Je sais ce que je veux et je le transmets aux joueurs. Et à un moment, j'aurai un autre challenge. Et à ce moment-là, je serai prêt.
Tu m'as laissé entrer quelques minutes dans ton bureau et j'ai pu voir comment tu échanges avec son staff. Et j'ai constaté que tu pouvais leur faire des reproches très précis et ciblés à tes adjoints, par exemple pour un exercice trop long d'une minute sur un atelier. A la fin de la journée, ils peuvent encore te voir?
Bah non (rires).
Ca ne te dérange pas?
Mais non. Je suis exigeant avec mon staff comme avec mes joueurs. Je suis dur, très dur, mais après je les caresse dans le bon sens. Il faut être comme ça, parce que sinon, tu as raison, ils vont te détester très vite (rires). Il faut être un bon psychologue, parce que tu mènes un groupe de 27 joueurs, plus dix personnes dans son staff. On est 40 chaque jour. Mon rôle, c'est de gérer ça. Si je n'y arrive pas, si je n'ai pas cette sensibilité-là, alors ce sera compliqué de durer. Cela fait six ans que je suis là, dont deux comme coach principal, c'est beaucoup. Mais le fait que ça dure, ça montre que la gestion est correcte. Avec mon staff, on rigole souvent. Je suis dur et casse-couilles, ça oui, parce que c'est indispensable pour avancer. C'est comme l'eau dans le poignet.
C'est-à-dire?
Mets de l'eau dans le creux de ta main. Si tu fermes le poing, elle va rester. Si tu relâches, elle coule. Je suis exigeant avec eux, mais je leur laisse des libertés et je sais que je peux compter sur eux en tout temps. Après chaque entraînement, on réfléchit tous ensemble. Qu'est-ce qu'on a bien fait? Qu'est-ce qu'on peut mieux faire?
Si vous jouez samedi soir, tu fais quoi le dimanche matin après l'entraînement de lendemain de match?
Je vais passer un peu de temps en famille, probablement en regardant des matches à la télévision.
Tu ne décroches jamais?
A la maison, j'essaie de rester en dehors du football. Enfin, je veux dire, en dehors du boulot que j'ai ici au stade. Mais quand tu arrives chez moi, mon fils il a 17 ans, il joue en M18 à Yverdon. Ma fille elle joue à Bussigny avec les FF 17. Donc non, je ne sors jamais du football. Et même à la maison, je suis atteignable sept jours sur sept pour Yagan, pour ma direction.
Tu te rappelles ce qu'avait dit Ivan Juric, quand il entraînait Genoa? «Je n'ai qu'une passion et c'est le football. Lorsque ma femme me parle, je pense à Serge Gakpé.»
Je le comprends totalement. Le football, c'est dans le veines. Mais pour couper, je fais beaucoup de sport, je vais courir, je fais beaucoup de gym. Et du sauna aussi! Sinon, avec les enfants, on parle d'autre chose quand même en allant promener le chien (rires).
Tu as participé à la Coupe du monde 2010 avec la Slovénie, mais tu ne comptes que 22 sélections. C'est un peu étonnant, non?
J'ai tout de même marqué un but, ne l'oublie pas (rires)! En fait, je n'ai pas vraiment eu de chance en sélection, parce que pendant plusieurs années, on avait un coach qui avait son onze titulaire et qui y tenait. Devant moi, il y avait Robert Koren, un joueur plus âgé que moi, avec beaucoup d'expérience. C'était le capitaine. J'aurais peut-être 50 sélections de plus s'il n'avait pas été là, mais c'est le jeu d'une sélection, je l'acceptais et je venais avec grand plaisir à chaque fois. Une Coupe du monde, c'est une expérience qui te reste à vie.
Si on en revient aux rêves, tu te verrais sélectionneur de la Slovénie?
Oui, complètement. Je sais que je vais réussir. Et oui, je me dis qu'un jour j'assumerai cette fonction. Mais comme je te l'ai dit, je ne suis pas pressé, je vais y aller étape par étape, comme avec le SLO. Tu ne peux pas monter directement du premier étage au quatrième. Un pas après l'autre.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Vaduz | 25 | 28 | 59 | |
2 | FC Aarau | 25 | 18 | 56 | |
3 | Yverdon Sport FC | 25 | 17 | 46 | |
4 | FC Stade-Lausanne-Ouchy | 25 | 10 | 38 | |
5 | Neuchatel Xamax FCS | 25 | -1 | 33 | |
6 | FC Rapperswil-Jona | 25 | -10 | 29 | |
7 | FC Wil | 25 | -15 | 26 | |
8 | FC Stade Nyonnais | 25 | -8 | 23 | |
9 | Etoile Carouge FC | 25 | -14 | 22 | |
10 | AC Bellinzone | 25 | -25 | 15 |