Fabrice Midal se penche sur le patient Lausanne-Sport
«On ne règle pas un problème en travaillant plus»

Spécialiste de la méditation et du bien-être, l'auteur Fabrice Midal donne quelques clés pour permettre à l'équipe vaudoise de briser sa spirale négative et se sortir de cette situation périlleuse.
Publié: 19.02.2022 à 19:48 heures
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Dernière mise à jour: 19.02.2022 à 21:15 heures
Fabrice Midal est suivi par des dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux.
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Ugo CurtyJournaliste Blick

Fabrice Midal l’avoue volontiers: il n’y connaît rien au football. Ça tombe bien, on voulait lui parler du Lausanne-Sport. Ce philosophe français est un spécialiste de la méditation et du bien-être. Auteur à succès, il était de passage à Lausanne pour une dédicace de son dernier livre: «Les 5 portes: Trouve le chemin de ta spiritualité» paru chez Flammarion.

«Beaucoup de coaches sportifs de haut niveau se basent sur mon travail et m’écrivent, s’amuse ce spécialiste du bouddhisme derrière ses lunettes rondes. Mon rapport au football? Il est inexistant. Ce n’est pas mon monde mais j’ai déjà fait plusieurs entretiens pour le journal sportif 'L’Équipe'.» Le philosophe se prête à l’exercice de style et au grand écart avec enthousiasme.

Fabrice Midal, le Lausanne-Sport est en mauvaise position et enchaîne les défaites. Comment s’en sortir?
Le problème est de retrouver l’énergie et la motivation. Le discours habituel consiste à dire qu’il faut en faire plus. Mais on rajoute une pression qui est contre-productive. Cette spirale négative ne s’installe pas seulement dans le football. On se sent coupable de ne pas travailler assez et donc on a l’impression d’être nul. C’était au cœur de mon livre «Foutez-vous la paix». Quand on entend «foutez-vous la paix», on a l’impression que c’est une démission. Mais c’est faux. Il faut enlever la pression qui nous empêche de faire ce qu’on à faire.

La pression pousse parfois à sublimer dans le sport, non?
Non, la pression coupe les ailes. On est encore éduqué par cette idée qu’elle nous permet d’avancer. On dit souvent qu’il faut «mettre un coup de cravache, de fouet». Ce n’est pas du tout comme ça que ça marche. On croit qu’on sera heureux quand on aura travaillé suffisamment pour y arriver. Mais c’est l’inverse: c’est quand on est heureux qu’on s’accomplit et qu’on travaille bien.

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Justement, dans le discours de l’entraîneur du Lausanne-Sport et des joueurs, il y a beaucoup cette notion de travail, d’en faire plus pour se sortir de la situation. Ce n’est donc pas la bonne stratégie?
L’idée même que régler un problème passe par une augmentation de la charge de travail est fausse. Cela dit, c’est difficile pour moi de donner un conseil externe au club, sans connaître la logique interne de l’équipe et de chaque individu. J’adorerais les rencontrer pour en savoir plus.

La solution est donc plus individuelle que collective?
L’équipe devient une unité. Mais, un des éléments clés est que chaque joueur retrouve la raison profonde qui l’a fait devenir joueur. C’est souvent lié à un plaisir d’entrer dans l’intensité du jeu. Ce qui est probable, c’est que l’intensité de la pression leur a fait perdre leurs moyens, la joie, l’allant et la motivation qui les animent. Un footballeur en confiance, lorsqu’il joue, touche à une dimension de joie, de réalité presque mystique. C’est une expérience spirituelle. Tout vient naturellement. Certains appellent cela «la zone».

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Dans le cas du Lausanne-Sport, il faudrait revenir à la notion de jeu et de plaisir?
Il faut retrouver le moteur qui permet aux joueurs d’entrer dans l’excellence. Cela se fait par un rapport de liberté très profond à l’effort et au contexte. Le drame, c’est qu’on veut tout contrôler mais c’est impossible. Rien ne se passe jamais comme prévu dans un match. La maîtrise, c’est le contraire du contrôle. Quand on est maître, on est capable d’improviser. En football, on sait alors réagir aux faits de match et à l’imprévu.

Le doute s'est emparé des Lausannois.

Il y a donc une part de détachement?
Non alors pas du tout. Je suis opposé à cette notion. Le détachement, c’est la catastrophe. On dit souvent aux gens d’être zen, de lâcher prise. C’est une erreur. C’est impossible de se détacher, qu’on soit joueur de football ou une personne lambda touchée par la maladie ou une séparation par exemple. Il faut retrouver ce qui nous meut. Un footballeur n’a pas besoin d’être zen, il doit être intensément présent.

Comment?
Dans mon dernier livre, «Les 5 portes» j’identifie justement des pistes. Ce ne sera pas la même pour tous les footballeurs. Pour certains, c’est le bonheur d’entrer en relation avec le ballon et leurs coéquipiers. Ça peut être le bonheur de voir clair: certains joueurs lisent et comprennent le jeu comme personne. D’autres sont animés par le bonheur de faire puisqu’ils s’oublient dans l’action. On peut aussi chercher une sérénité et un calme profond. Enfin, les derniers ont un sentiment de plénitude. Ils font complètement un avec le match et le public. Ils doivent trouver cette porte, ce qui fait qu’ils sont prêts à travailler comme des chiens, à faire autant d’efforts et de sacrifices. Il y a un test sur mon site, le Lausanne-Sport devrait peut-être le faire!

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Comment cela se fait-il que le football s’applique aussi bien à vos travaux et vos réflexions philosophiques?
Le football est l’un des derniers endroits sacrés de notre monde, où il n’y a pas de tricherie à condition que le match ne soit pas truqué. La politique est désespérante. La défiance de la population est de plus en plus grande face aux mensonges et aux faux-semblants. Sur un terrain, on est tout nu. C’est très beau à voir, surtout quand un match touche à l’excellence. Tout être humain est commotionné par cette expérience fondamentale. L’autre aspect, c’est que les codes du football sont très clairement établis et compréhensibles pour tout le monde. Les règles sont rarement aussi explicites et accessibles dans le reste de notre société. Pour comprendre un livre ou un tableau, il faut avoir les codes et les clés de compréhension. Le football, c’est immédiat. J’y vois un parallèle avec la cuisine. On ne peut pas mentir. Le plat est bon ou il ne l’est pas.

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