Tudor Team Alinghi a posé les premières bases de sa reconquête. Le temps d’une conférence de presse organisée dans la ville de Santo Maradona, l’équipe suisse s’est retrouvée sur le devant de la scène. Pour officialiser ce retour en grâce, Ernesto Bertarelli en personne avait fait le déplacement dans cette cité bouillonnante que l’on adore ou que l’on déteste et qu’il a choisi d’aimer depuis toujours. «J’ai une fascination pour cette ville et son golfe, avec Capri et le Vésuve en toile de fond, qui constituent un stade nautique d’une beauté incroyable», détaille-t-il après une cérémonie haute en couleurs et en émotion. Il fallait bien cela pour célébrer le lancement officiel de la 38e édition de la Coupe de l’America.
Un événement qui a été l’occasion de mettre en lumière la modernisation du plus vieux trophée sportif du monde. Cinq équipes (Nouvelle-Zélande, Grande-Bretagne, Italie, Suisse et France) de pays historiques se sont enfin entendues pour définir les contours de la Cup 2.0. Plus de transparence, plus de fair-play financier, plus de retombées économiques, plus de spectateurs, plus de téléspectateurs, et plus d’audience globale sur les réseaux sociaux ont été au centre des discussions qui ont animé les débats après une 37e édition barcelonaise mitigée. Pour beaucoup d’observateurs du milieu de la voile et du sport, le constat était simple: la Cup devait évoluer ou disparaître. A l’heure où la voile s’invite douze fois par année au cœur des villes avec le Sail GP, la Coupe ne pouvait plus se contenter de vivre sur son histoire en ouvrant la malle aux souvenirs tous les quatre ou cinq ans.
Une stabilité essentielle pour Alinghi
Avec la création d’un document de référence, l’America’s Cup Partnership (ACP), les équipes font cause commune pour pérenniser et développer le plus plus grand événement de voile au monde. Un pavé de 400 pages, rédigé par des avocats réputés, bétonne le cadre qui régit les prochaines éditions d’une compétition qui aspire à occuper une place de choix dans le sport mondial. «C’est pour nous une excellente nouvelle, souffle le Biennois Nils Frei, qui oeuvre désormais dans le département marketing de Tudor Team Alinghi. J’en suis à ma sixième Coupe, la première qui se passera entièrement en dehors du terrain sportif en ce qui me concerne. Avec ce Partnership, l’avenir semble bien clair. Pour nos partenaires déjà engagés à nos côtés, et pour les autres qui pourraient nous rejoindre, cette stabilité est essentielle. On sait où l'on va d’un point de vue financier et sportif, avec une Coupe tous les deux ans.»
2027, à Naples, marque donc le début d’une ère nouvelle. Les cinq équipes fondatrices seront bien évidemment de la partie. La Nouvelle-Zélande, triple, tenante du titre et quadruple vainqueur qui a su mettre de l’eau dans son vin pour sauver une compétition qui a vu le nombre de participants diminuer drastiquement depuis près de 20 ans. Trop grand, trop cher, trop rare. C’est tout cela qui ne doit plus prévaloir désormais. «Moi, j’ai vécu une édition incroyable à Valence en 2007 avec 12 équipes, se souvient Nils Frei. Il y avait une ambiance et un engouement incroyable. On va revenir vers ça gentiment mais sûrement. A commencer par cette édition à Naples, une ville qui ne demande qu’à s’enflammer.»
Une ville prise de passion pour Diego Maradona
La passion des Italiens pour le sport dépasse largement la limite de l’imaginable. Il suffit de se promener dans le quartier espagnol de Naples pour en mesurer tous les excès. Diego Maradona y est sanctifié comme nulle part ailleurs. Sur les murs, sur les devantures des échoppes, sur mille et un objets du quotidien, la chevelure du dieu du stade s’affiche en toute liberté. «Je pense que les Napolitains seront très fiers et passionnés par la Coupe, prédit Nils Frei. Les Italiens en général sont parmi les fans les plus fervents de voile. Cela s’était déjà vérifié lors de précédentes éditions où les retransmissions télévisées faisaient un carton. Dans ce magnifique stade du golfe de Naples, le spectacle sera à coup sûr magique.»
Plus de clause de nationalité
Avant même la première régate, le défi suisse Tudor Team Alinghi est déjà conquis. Reste désormais à construire l’équipe qui sera capable de reconquérir l’Aiguière d’argent, vingt ans après le triomphe de Valence. Et deux ans après l’échec de Barcelone. L’heure actuelle est encore au mercato. Seul le Vaudois Nicolas Rolaz, champion du monde d’Optimist, était présent à Naples. Le reste du contingent sera dévoilé en mars. Avec la fin de la clause de nationalité (deux étrangers seront admis à bord des AC75), Ernesto Bertarelli va sans doute chercher deux marins de haut-vol pour tirer les Suisses vers le haut. Et avec eux, un pays qui a déjà démontré par le passé, qu’il peut aussi être capable de mettre le feu au lac lorsque la victoire est au rendez-vous.