Projetée au Festival de Cannes
On a vu la série «The Idol» et c’est bien la catastrophe annoncée

Précédée d’une sulfureuse réputation, la série de Sam Levinson («Euphoria») avec Lily-Rose Depp et le chanteur The Weeknd a été montrée en avant-première au Festival de Cannes. Elle n’est pas seulement problématique, elle est aussi très mauvaise.
Publié: 25.05.2023 à 20:39 heures
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Dernière mise à jour: 26.05.2023 à 09:42 heures
Lily-Rose Depp et le chanteur Abel Tesfaye («The Weeknd») incarnent les deux rôles principaux de la série.
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Margaux BaralonJournaliste Blick

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Sam Levinson ne prend personne en traître. La première (longue) séquence de sa dernière série, «The Idol», résume à elle seule le projet. Lily-Rose Depp, quasiment nue sous un peignoir de soie, se fait tirer le portrait. Le peignoir glisse, elle se retrouve seins nus devant l’objectif. Un homme intervient alors pour arrêter le shooting parce que son contrat précise qu’on ne peut pas voir sa poitrine dénudée. Dix minutes de pourparlers plus tard, le mec, dont on apprend qu’il est coordinateur d’intimité, finit enfermé dans des toilettes, seul moyen pour qu’il arrête de saouler tout le monde.

Les coordinateurs d’intimité sont des professionnels embauchés depuis quelques années sur les plateaux afin de faciliter le tournage des scènes érotiques, souvent éprouvantes pour les acteurs (et surtout les actrices). Leur rôle: vérifier que tout se passe bien et éviter des expériences traumatisantes. Ils sont l’une des avancées encouragées par le mouvement #MeToo au cinéma. Voilà, donc, ce que nous dit Sam Levinson dans «The Idol»: les gens qui tiennent au consentement sont des emmerdeurs puritains qu’il faut neutraliser par tous les moyens possibles afin de pouvoir filmer des femmes à poil comme on l’a fait pendant des décennies.

Britney Spears de fiction

De fait, le réalisateur, à qui l’on doit «Euphoria», ne se prive pas. Dans cette série produite par HBO, présentée en avant-première au Festival de Cannes avant une diffusion sur la RTS à partir du 5 juin, Lily-Rose Depp n’a quasiment jamais de vêtements (et quand elle en porte, la différence n’est pas flagrante). Pour le justifier, Sam Levinson en a fait une chanteuse ultra-populaire, sorte de Britney Spears de fiction, confrontée à un moment difficile dans sa carrière. D’abord, elle s’appelle Jocelyn, ce qui est indéniablement un handicap dans la vie, mais surtout on comprend qu’elle revient tout juste d’une dépression précipitée par la mort de sa mère. La sortie imminente d’un nouvel album l’angoisse beaucoup, mais pas autant que son manager et son label, tous inquiets à l’idée qu’elle rechute.

En réalité, le danger est ailleurs: dans une boîte de nuit, dont le patron, Tedros (incarné par Abel Tesfaye, plus connu comme chanteur sous le nom de «The Weeknd») met rapidement le grappin sur la starlette. À mesure que Jocelyn fréquente le gus peu recommandable, elle trouve une nouvelle inspiration artistique mais sombre sous son emprise.

Entre «50 nuances de Grey» et Bruno Le Maire

La série correspond en tous points à ce que l’on peut redouter à la lecture du pitch. Il y aura du stupre, des cris, des coups et beaucoup trop de musique de The Weeknd. On aurait pu imaginer une mise à distance de la violence, un regard critique sur une société qui n’a toujours pas vaincu son sexisme. À la place, Lily-Rose Depp demande à souffrir toujours plus parce que c’est ce qui la fait jouir (elle se masturbe et s’étrangle en même temps dans une scène particulièrement ridicule) ou chanter mieux (elle réarrange un morceau de l’album après avoir été étouffée par Tedros).

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Sam Levinson accouche d’une sorte d’ersatz de «50 nuances de Grey», dont les dialogues sont dignes du ministre français de l’Économie Bruno Le Maire. Il sera en effet question de dilatation des muqueuses, qui ne sont pas les seules à se dilater d’ailleurs: le temps paraît interminable devant la trente-septième scène sado-maso en l’espace de deux épisodes. Le problème, ce n’est pas le sexe, mais bien le fait que ce sexe-là, avec des femmes nues qui obéissent aux ordres d’hommes toujours habillés, a déjà été montré des milliers de fois. Qu’il relève d’un imaginaire d’une pauvreté sans nom et ne raconte rien d’autre que la fascination de son auteur pour le corps féminin.

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Dire qu’on a échappé à pire

Bien sûr, il y avait des seins et des fesses partout dans «Euphoria», ce qui avait déjà valu d’ailleurs beaucoup de critiques à Sam Levinson. Mais il y avait aussi des pénis, d’abord, des personnages intéressants, ensuite, et un propos presque mélancolique sur l’injonction contemporaine à parler de sexe, le pratiquer, le montrer et faire tourner toute sa vie autour. Rien de tout cela ne transparaît dans «The Idol», qui aurait plus sa place sur la page d’accueil de PornHub que sur HBO. Et encore, d’après les médias américains qui ont enquêté sur la gestation du projet, on a échappé à bien pire, des scènes particulièrement humiliantes impliquant, entre autres, un œuf cru dans un vagin, ayant été abandonnées en cours de route.

Pourtant, on aperçoit parfois ce qu’aurait pu devenir la série si quelqu’un s’était préoccupé d’écrire un scénario ou si la showrunneuse embauchée au départ, Amy Seimetz, n’avait pas été virée avec pertes et fracas en cours de route. Autour de Jocelyn gravitent des personnages truculents. Son manager, protecteur un peu old-school, seule figure parentale de sa vie, la productrice tyrannique du label (merveilleuse Jane Adams, qui emporte toutes les scènes dans lesquelles elle apparaît) ou le responsable de la gestion de crise sur les réseaux sociaux ont quelques excellents dialogues, qui égratignent avec humour le star-system et l’industrie de la musique. Mais ce n’est pas ce qui intéressent Sam Levinson et The Weeknd (le chanteur est aussi coproducteur et coscénariste), trop occupés à reluquer les fesses de Lily-Rose Depp et à y mettre des claques.

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