Après «Prison Break»
«Black Bird», la nouvelle série carcérale qui va vous empêcher de dormir

Cette mini-série en 6 épisodes suit un jeune trafiquant de drogue contraint de soutirer des aveux à un dangereux serial killer pour alléger sa peine. Sombre et dérangeante, «Black Bird» offre un formidable terrain de jeu à ses trois excellents acteurs principaux.
Publié: 10.07.2022 à 17:25 heures
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Dans «Black Bird», Paul Walter Hauser incarne un tueur en série que Jimmy Keene, joué par Taron Egerton, doit tenter de percer à jour.
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Margaux BaralonJournaliste Blick

Il y a des scénarios éculés et des phrases faciles qui ne convainquent plus personne de regarder une série. «Black Bird», diffusée à partir du vendredi 8 juillet sur AppleTV+, semble à première vue cocher toutes ces cases. Voici une énième enquête sur des meurtres de jeunes filles, un serial killer très flippant et le tout est adapté d’une histoire vraie. Seulement voilà, il y a aussi des séries capables de s’élever bien au-delà de leur point de départ et de nous emmener là où ne les attendait plus. Et «Black Bird» est de celles-là.

L’histoire est d’abord celle de Jimmy Keene, jeune homme bien doté par la nature: un corps qui obéit bien à ses séances de musculation et ses matchs de football américain, un sourire irrésistible et une capacité tranquille à faire la conversation. Mais Jimmy ayant décidé de mettre toutes ces qualités au service du trafic de drogue, elles ne lui sont d’aucune utilité lorsqu’un juge le condamne à 10 ans de réclusion. Au bout de sept mois, le FBI lui propose un marché: s’il parvient à s’infiltrer dans une prison haute sécurité et à obtenir des aveux de Larry Hall, il sera libre. Incarcéré pour le meurtre de plusieurs jeunes filles, Larry Hall est en passe d’être libéré faute de preuves. Il faut donc agir vite.

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Deux êtres que tout oppose (ou presque)

Parallèlement, une agent du FBI et un policier un brin obsédé par l’affaire poursuivent leur enquête, traquant sans relâche le moindre bout d’indice qui pourrait étoffer leur dossier. Par le biais de son frère ou ses voisins, ils reconstituent l’histoire de Larry Hall, le «mec bizarre» de sa petite ville, qui «a les yeux de quelqu’un qu’on n’a jamais pris dans ses bras». Un peu limité mais très gentil selon certains, carrément sociopathe pour d’autres.

«Black Bird» raconte donc cela, la rencontre de deux êtres que tout oppose a priori, l’un beau et brillant, l’autre étrange et transparent. Mais si elle contient bien quelques passages obligés de la fiction carcérale (avec des portes qui claquent, des tentatives d’intimidation et une violente rébellion des détenus), la série se démarque par sa dissection des racines de la misogynie. Au fur et à mesure qu’il noue des liens avec Larry Hall, Jimmy Keene se confronte à sa propre façon de traiter les femmes. Et la frontière entre les hommes normaux et ceux qui méritent de passer toute leur vie derrière les barreaux d’une prison haute sécurité ne paraît soudain plus si épaisse que cela.

Un casting exceptionnel

Contrairement à de nombreux «true crime», ces fictions qui adaptent un fait divers bien réel, «Black Bird» se garde de sombrer dans la fascination pour le serial killer. Elle se montre d’abord d’une remarquable sobriété sur les crimes eux-mêmes, préférant instiller tension et horreur avec de simples dialogues remarquablement bien écrits. Le cinquième épisode (sur six) change également de point de vue pour adopter celui d’une victime. Le temps de quelques scènes, il rappelle que derrière les histoires qu’on regarde avidement pour jouer à se faire peur, il y a des vies violemment interrompues par la violence des hommes.

Mais rien de tout cela n’aurait pu fonctionner sans un casting à la hauteur, et on trouve peut-être là la principale raison de se jeter sur «Black Bird». Taron Egerton, jeune espion dans la saga «Kingsman» et transformé en Elton John dans le biopic «Rocketman», passe avec une aisance déconcertante du costume du vieil ado insupportablement sûr de lui à celui d’homme transformé par la terreur et le sens du devoir. Face à lui, Paul Walter Hauser prouve une nouvelle fois après «Le cas Richard Jewell» qu’il est l’une des meilleures incarnations du malaise et de l’étrangeté. Tous deux n’en font jamais trop dans des rôles qui, pourtant, auraient pu les pousser à la caricature, et s’emparent remarquablement bien de leurs longues tirades pour instaurer une atmosphère irrespirable. Reste enfin Ray Liotta, décédé le 26 mai dernier, qui incarne ici le père de Jimmy Keene. Ses deux yeux azur mouillés dans un océan de rides et de culpabilité restent gravés dans la rétine longtemps après le visionnage de la série.

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