«Abbott Elementary»
Cette série rappelle «The Office», version école primaire

«Abbott Elementary», diffusée sur Disney+, reprend le principe du «mockumentaire» déjà utilisé dans «The Office» et le transpose dans une école primaire de Philadelphie. Elle explore les failles du système scolaire public américain avec un humour décapant.
Publié: 28.02.2023 à 20:36 heures
«Abbott Elementary» revient sur Disney+. Cette sitcom décapante utilise l'humour pour dénoncer les failles bien réelles du système éducatif américain.

Mieux vaut en rire qu’en pleurer. Voilà pour résumer le projet de la série «Abbott Elementary», dont la deuxième saison sort sur Disney+ ce mercredi 1er mars. Cette sitcom prend racine dans une école primaire afro-américaine de Philadelphie («Abbott Elementary», donc) qui manque de tout: de matériel scolaire, de toilettes en état de marche, de mixité sociale chez les élèves, de profs, jamais remplacés quand ils partent en burn-out (ce qui arrive souvent), de reconnaissance, de personnel compétent et d’espoir que les choses changent enfin.

C’est dans ce contexte à la fois apocalyptique et terriblement banal pour une école publique américaine que Janine (Quinta Brunson, qui est aussi la créatrice de la série), professeure stagiaire, débarque. Elle découvre ses collègues, à commencer par la stricte Barbara, qui mène sa classe à la baguette et s’attire l’admiration de toutes et tous. Il y a aussi Melissa, italo-américaine, jamais à court d’idées pour faire intervenir un ancien mafieux tout juste sorti de prison en classe, Jacob, l’autre enseignant stagiaire beaucoup trop bourgeois pour se fondre dans le décor, et Gregory, le remplaçant beau gosse un peu dépassé. Il y a, enfin, Ava, la directrice de l’école, dont la gouaille n’a d’égale que l’incompétence, plus à l’aise pour faire des vidéos sur TikTok que pour gérer correctement le maigre budget de son établissement.

«Mockumentaire»

C’est autour de ces personnages hauts en couleur que s’organise la série, qui prend la forme d’un «mockumentaire». Ce genre de faux documentaire, qui s’appuie sur une mise en scène caméra à l’épaule et des confidences livrées face caméra par les protagonistes, a été popularisé par les séries «The Office» ou «Parks and Recreation». En passant après ces sitcoms cultes, «Abbott Elementary» ne démérite pas. Chacun des treize épisodes de la première saison était un bijou d’écriture, et l’on retrouve la même énergie dans le début de la deuxième saison, que la presse a pu voir.

C’est que la série sait rire tout en embrassant un tas de problématiques d’actualité. Dans un épisode hilarant, Janine et Ava s’allient pour réclamer des fournitures scolaires sur les réseaux sociaux. Leurs vidéos deviennent virales et voilà qu’une armée d’influenceurs au grand cœur (et à la recherche d’abonnés supplémentaires) se pointe à l’école avec des cartons humanitaires comme sur un terrain de guerre. Au début de la saison 2, alors qu’il est l’heure de la rentrée, Melissa découvre qu’elle hérite d’une classe de deux niveaux différents, car trop d’élèves ont fui vers l’école voisine, plus cotée qu’Abbott.

Une déclaration d’amour aux profs

Quinta Brunson, 32 ans, fille de profs (le personnage de Barbara est directement inspiré de sa propre mère), donne à sa série le même souffle optimiste que son personnage à un système scolaire en déshérence. Janine est toujours de bonne humeur et d’une débrouillardise à toute épreuve. Quinta Brunson impose sa présence douce et attachante tout en laissant à ses partenaires de jeu de très belles occasions de briller. Les professionnels du secteur ne s’y sont d’ailleurs pas trompés: l’actrice Sheryl Lee Ralph (Barbara) a remporté un Emmy Award à l’automne dernier, tandis que Tyler James Williams (Gregory) est reparti avec un Golden Globe il y a deux semaines.

Surtout, «Abbott Elementary» prouve qu’il est possible de dénoncer sans pamphlet ni mélodrame. Car il y a bien, sous le vernis de l’humour, un constat assez terrible sur l’éducation publique, abandonnée par l’État au profit du privé, incapable de jouer son rôle d’aplanisseur des inégalités. Et si l’ancrage local de la série reste indéniable (les Eagles de Philadelphie, l’équipe de football américain de la ville, est omniprésente), le propos sur la fragilité de l’enseignement et la déclaration d’amour aux profs qui transpirent de la sitcom traverseront aisément les frontières.

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