Le canton du Valais a présenté officiellement des excuses pour la gestion de la catastrophe du chantier du barrage de Mattmark. Une cérémonie s'est tenue samedi sur les lieux du drame en présence des familles, des autorités et de la communauté italienne
Par cet acte, le Gouvernement valaisan a voulu affirmer sa volonté de reconnaître les erreurs du passé, en témoignant son respect à la mémoire des victimes. «La gestion de ce drame fut désastreuse. Et c'est bien le Canton du Valais - et non la Confédération - qui en porte la responsabilité. Nous reconnaissons votre souffrance, nous reconnaissons nos erreurs, et nous affirmons que votre mémoire est aussi la nôtre», a tenu à précier le président de l'exécutif cantonal Mathias Reynard dans son allocution, tenue samedi matin, à Saas-Almagell.
Une messe a également été conjointement concélébrée par Jean-Marie Lovey et Renato Marangoni, les évêques du diocèse de Sion et de Belluno-Feltre, en Italie, dont une grande partie des travailleurs disparus dans cette tragédie était originaire.
88 travailleurs décédés
Le 30 août 1965, l’effondrement du glacier de l’Allalin sur le chantier du barrage de Mattmark avait causé la mort de 88 personnes, dont 56 travailleurs italiens et 23 Suisses. Gorgée d’eau, la langue du glacier se rompit vers 17h00 et provoqua une immense avalanche de glace et de roche. En trente secondes, l’avalanche s'écrasa de tout son poids sur la plaine de Mattmark. Ce drame reste encore aujourd'hui, l’un des plus lourds qu'ait connu notre pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Les familles touchées directement par le drame avaient été profondément marquées par l’attitude des autorités de l’époque. Le manque de soutien et d’accompagnement, tout comme les procédures judiciaires qui ont suivi, ont ajouté de la peine à leur douleur.
Le procès de 1972 et son appel ont conclu à l’imprévisibilité de l’effondrement, et les familles se sont vu imposer le paiement d'une partie des frais de justice. Cette décision, ressentie comme injuste et incompréhensible, a accentué le sentiment d’abandon, particulièrement au sein de la communauté italienne. Et ce même si, au final, ce fut l'ambassade d'Italie à Berne qui paya la facture pour les familles des travailleurs transalpins décédés.
Une absence de soutien
Dans son allocution, Mathias Reynard, a reconnu que la gestion humaine de ce drame fut inadéquate et a rappelé la responsabilité du canton. «A la glace décrochée de l'Allalin s'est ajoutée la froideur des autorités de l'époque. Certes, notre tempérament helvétique se caractérise par une certaine retenue. Mais celle-ci ne justifiait en aucun cas l'absence de chaleur, de présence et de soutien que les familles attendaient et méritaient», a encore souligné l'élu socialiste.
Les autorités suisses et valaisannes ont mis du temps avant de prendre des mesures pour commémorer la catastrophe. En 1967, une simple liste des victimes est déposée dans une église de Saas-Almagell. Il faudra attendre 1985 et les 20 ans de l'accident pour qu'une première plaque officielle et un mémorial soient érigés à Mattmark.
Le ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis et son homologue italien Antonio Tajani ont également tenu à rendre hommage aux victimes de la catastrophe. Ils ont posté sur X une photo de la croix en mémoire aux morts, ainsi que de la couronne qu'ils ont déposé.