Lutte contre l'obésité
Les médicaments contre le diabète se révèlent utiles pour perdre du poids

Pour perdre du poids, beaucoup ont recours à des injections de médicaments contre le diabète. La professeure de psychologie Géraldine Coppin a voulu savoir si le remède modifiait le plaisir de manger. Il semblerait que celui-ci demeure. Explications et mises en garde.
Publié: 07.09.2023 à 22:26 heures
|
Dernière mise à jour: 08.09.2023 à 09:32 heures
1/7
Kim Kardashian aurait perdu du poids grâce à l'Ozempic, un médicament contre le diabète.
Blick_Portrait_1053.JPG
Katja Richard

Cela a tout du remède miracle: une piqûre dans le ventre et les kilos s'envolent! Les médicaments contre le diabète tels Ozempic, Wegovy ou Saxenda s'arrachent à travers le monde dans la quête sempiternelle de perte de poids. Depuis que des célébrités comme Elon Musk, Kim Kardashian ou encore Robbie Williams ont affiché des silhouettes affinées grâce à ces médicaments, les injections d'amaigrissant ont la cote. Les fabricants connaissent même des ruptures de stock.

La professeure de psychologie Géraldine Coppin de la FernUni Schweiz s'est penchée sur cette nouvelle tendance. «Avec la prise de tels médicaments, la perte de poids est avérée, mais les mécanismes exacts ne sont pas encore totalement élucidés», explique-t-elle. Dans le cadre d'un projet de recherche mené au Food & Human Behaviour Lab de l'Université de Genève, en collaboration avec l'Hôpital universitaire de Genève, Géraldine Coppin a mené l'enquête: le plaisir de manger se dissipe-t-il avec la prise de ces produits?

Une étude menée

Pour répondre à la question, 73 personnes avec un indice de masse corporelle moyen de 34, donc en surpoids, ont participé à une étude. La moitié a reçu un placebo et l'autre moitié un Saxenda contenant du liraglutide. Cet antagoniste du GLP-1 est similaire à l'hormone intestinale produite par le corps et est responsable de la perte de poids. Il fait baisser le taux de glycémie sans entraîner d'hypoglycémie. En moyenne, les patients perdent ainsi environ 15% de leur poids par an. Les participants à l'étude qui ont reçu du liraglutide ont perdu en moyenne neuf kilos en 16 semaines.

Mais l'étude s'est surtout intéressée à l'évolution du plaisir de manger. Cela a été testé une fois avec un milk-shake au chocolat et une fois avec une solution au goût neutre. Les deux boissons ont été administrées dans un scanner IRM afin de mesurer les réactions neuronales pendant leur consommation. «L'accent a été mis sur le centre de la récompense dans le cerveau, explique Géraldine Coppin. Nous sommes partis de l'hypothèse que quelque chose allait y changer avec l'ingestion de liraglutide.» Mais contrairement à ce qui était attendu, aucune différence significative n'a pu être mesurée entre les groupes expérimentaux.

Le plaisir de manger demeure

Conclusion: «Le liraglutide entraîne une perte de poids. Et il n'y a pas de preuve neuronale que le plaisir de manger diminue ou que le plaisir de manger certains aliments change», affirme Géraldine Coppin. Il s'agit donc d'une bonne nouvelle pour les personnes en surpoids: «Cela signifie qu'ils peuvent suivre un tel traitement sur une longue période, avec une bonne chance de ne pas perdre le plaisir de manger.»

La professeure s'est spécialisée dans les émotions liées à l'alimentation. Selon elle, plus de 40% des personnes en situation de surpoids souffrent de détresse psychologique. «Le surpoids est lié à la modification de nos habitudes alimentaires et à la disponibilité permanente de la nourriture, explique-t-elle. Les personnes concernées ressentent également beaucoup de honte, alors que nos réserves de graisse ont toujours joué un rôle clé dans notre survie», poursuit la psychologue. Même les personnes qui parviennent à perdre du poids doivent composer avec un métabolisme modifié.

Publicité

Un espoir pour les personnes en surpoids

Selon l'experte, le développement de tels médicaments pour maigrir donne de l'espoir: «Ils peuvent devenir une alternative aux mesures chirurgicales en cas de forte surcharge pondérale.»

Problème: dès qu'ils arrêtent le médicament, les patients reprennent généralement du poids. «C'est pourquoi il faut sans doute le prendre à vie.» L'Ozempic est autorisé en Suisse pour le diabète de type 2, c'est le seul cas où il est remboursé par la caisse maladie. Si on le prescrit en cas de surpoids, il s'agit d'une utilisation dite «off-label» et les coûts doivent être pris en charge par le patient lui-même. En revanche, Saxenda est pris en charge par les caisses d'assurance maladie. «Toutefois, si l'indication est l'obésité, celles-ci ne remboursent que pendant trois ans», précise Géraldine Coppin. Selon elle, cela n'a aucun sens, car l'obésité est une maladie complexe et chronique. «Dans le cas de l'hypertension ou du diabète, on prend aussi les médicaments correspondants toute sa vie si c'est indiqué.»

La prise de tels médicaments contre le diabète n'est donc pas recommandée à ceux qui ne veulent perdre que quelques kilos. Dès qu'on les arrête, on reprend du poids. En outre, l'experte rappelle qu'il n'est pas nécessaire de viser la minceur à tout prix: «L'IMC est relatif, explique-t-elle. À partir d'un certain âge, un peu de graisse n'est pas non plus malsain. On y trouve aussi des réserves qui sont avantageuses, par exemple en cas d'autres maladies ou d'interventions chirurgicales.»

Vous avez trouvé une erreur? Signalez-la