Probables crimes contre l'humanité au Vénézuela
Les enquêteurs onusiens dénoncent un «plan délibéré» par Maduro contre ses opposants

Les enquêteurs onusiens estiment que les probables crimes contre l'humanité commis au Venezuela ont été menés après «un plan délibéré» du président Nicolas Maduro. Les violations perpétrées par deux entités du renseignement se poursuivent, selon eux.
Publié: 20.09.2022 à 22:31 heures
Le président vénézuélien Nicolas Maduro (à droite) donne directement les ordres pour détenir certains opposants selon la mission internationale d'établissement des faits mandatée par le Conseil des droits de l'homme à Genève.

Dans son nouveau rapport publié mardi à Genève, la Mission internationale d'établissement des faits, qui ne s'exprime pas au nom de l'ONU mais est mandatée par le Conseil des droits de l'homme, dénonce un climat d'impunité presque totale. Il y a deux ans, elle avait déjà affirmé que le chef de l'Etat, tout comme ses ministres de l'Intérieur et de la Défense, n'ignoraient pas les crimes.

Réprimer les opposants politiques

Cette fois-ci, le reproche est encore plus précis. Selon les trois enquêteurs, le président et de hauts responsables ont établi une approche pour réprimer tous les opposants.

Plusieurs sources ont dit à la mission que Nicolas Maduro donnait lui-même les ordres au chef du renseignement militaire intérieur Ivan Hernandez Dala toujours en personne ou par téléphone. Le chef de l'Etat «approuve et, parfois, demande la détention d'opposants réels ou considérés comme tels». Il lui est reproché la même façon de faire avec le renseignement civil.

Plus largement, son épouse, le président de l'Assemblée nationale constituante et un ancien vice-président, désormais ministre, font également partie de ceux qui ont ordonné certaines interpellations. Nicolas Maduro aurait également à certaines reprises demandé au renseignement militaire de fabriquer de quoi mettre en cause certains opposants, en l'absence de preuves contre eux.

De nombreux cas de torture

Près de 180 cas de torture attribués à deux entités du renseignement vénézuélien ont été identifiés au total par les trois enquêteurs depuis le début de la crise politique au Venezuela. Ces actes se poursuivent, selon le rapport. Ils «doivent être arrêtés immédiatement», dit la présidente de la mission, Marta Valiñas.

Non seulement les responsables ne sont pas poursuivis, mais ils sont promus par le chef de l'Etat. Avant de quitter son mandat, la Haute commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Michelle Bachelet avait salué une amélioration de la situation, notamment dans l'accès de son bureau au pays.

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Accusations de violations de droits humains

Mais la mission affirme au contraire que la crise des droits humains reste très importante. Elle appelle la communauté internationale à continuer d'évaluer si des «avancées crédibles» ont eu lieu. Parmi ses autres reproches, elle dénonce le contrôle de l'Etat et de groupes criminels sur les populations dans les activités extractives du sud du pays. Là encore, de la torture a été observée.

La mission demande des investigations rapides et indépendantes sur toutes les accusations de violations des droits humains dans le pays. Elle réitère son souhait de voir la Cour pénale internationale (CPI) être saisie de l'affaire. Les responsables présumés des entités du renseignement doivent être suspendus et un mécanisme de surveillance indépendant doit être établi sur les activités de celles-ci. Les victimes doivent obtenir des réparations et doivent être protégées.

(ATS)

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