La chronique de Nicolas Capt
Lutte contre l’anonymat sur Internet: une fausse bonne idée?

Me Nicolas Capt, avocat en droit des médias, décortique deux fois par mois un sujet d’actualité ou un post juridique pour Blick. Cette semaine, il revient sur la lutte contre l’anonymat sur Internet et les limites du projet.
Publié: 26.09.2023 à 16:33 heures
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Nicolas Capt

C’est la dernière marotte de la majorité présidentielle française: la lutte contre l’anonymat sur Internet. On lui attribue tous les maux de notre époque: les mots de trop, les vilains mots, les mots qui fâchent, les mots qui tuent. Et l’on y va l’exemple en bandoulière, le cyberharcèlement en figure de proue. Une fois que personne ne sera plus anonyme, l’internaute sera un enfant modèle.

À première vue, il est vrai, la levée de l’anonymat sur les réseaux paraît constituer l’idée du siècle. À se demander pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt, d’ailleurs.

Peut-être parce que l’idée est en réalité très mauvaise, un vrai miroir aux alouettes. 

Plusieurs raisons à cela : en premier lieu, et comme le relève à juste titre la scientifique Aurélie Jean, nombre d’individus non anonymes incitent à la haine sans être poursuivis pour autant. Pour ceux-ci, la mesure suggérée relèvera de l’emplâtre sur jambe de bois et ne saurait suppléer une politique criminelle défaillante, notamment du fait d’un manque criant et récurrent de moyens. 

En second lieu, la grande majorité des individus qui se pensent anonymes sur les réseaux ne le sont pas véritablement, du fait du nombre important de traces laissées dans l’environnement numérique (on parlera plus volontiers de pseudo-anonymisation, pour en montrer les limites). Pour ceux-là également, la levée de l’anonymat ne présente pas d’intérêt véritable puisque la technique permet (si la volonté va dans la même direction).

En revanche, et on l’oublie souvent, la levée précipitée du pseudo-anonymat ne serait pas sans conséquence pour les individus, journalistes et autres lanceurs d’alerte qui, dans l’exercice de leur profession ou de leur simple existence, sont confrontés à des régimes autoritaires. Dans ces situations, malheureusement pas si rares, le fragile paravent troué que constitue le pseudo anonymat constitue parfois un rempart nécessaire. Aurélie Jean rappelle, à cet égard et à juste titre, les manifestations à Hong Kong en 2019 ou encore la révolte des femmes en Iran.

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Bref, une très mauvaise idée à ranger sans tarder aux magasins des invendus clinquants et autres rossignols.

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