Commentaire
Les gentils xénophobes, un nouveau concept made in UDC

En une semaine depuis son élection au National, l'UDC jurassien Thomas Stettler a déjà qualifié son parti de «pas raciste, peut-être xénophobe» mais pas hostile. Or les xénophobes pas hostiles, ça n'existe pas, estime notre journaliste Lucie Fehlbaum.
Publié: 29.10.2023 à 18:54 heures
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Dernière mise à jour: 07.11.2023 à 12:29 heures
Thomas Stettler lors de son élection, le 22 octobre dernier. L'ancien président de l'UDC Jura signe le retour de son parti au Conseil national, éjectant Le Centre.
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Lucie FehlbaumJournaliste Blick

Quand je ne suis pas sûre de la définition d’un mot, j’ai tendance à ouvrir un dictionnaire. Il m’arrive aussi de provoquer les haussements de sourcils de mes collègues importunés lorsque je pose la question à la cantonade. Pas grave. Parce que ça m’évite de me rendre sur le plateau de l’émission Infrarouge et de clamer haut et fort que je suis xénophobe.

C’est la super-bourde de l’après-élection du National. Fraîchement choisi à la chambre du peuple, voilà que le jurassien Thomas Stettler, membre de l’Union démocratique du centre (UDC), s’estime «peut-être» xénophobe à la RTS, mardi 25 octobre. Et rebelote chez nos confrères de Watson, deux jours plus tard.

Des «électeurs xénophobes»

Contacté par une journaliste, l’ancien président de l’UDC Jura s’explique… tout en suggérant la xénophobie de ses propres électeurs! «Pour moi, la définition de la xénophobie est le sentiment de peur et de crainte envers les étrangers. Si l’UDC a avancé durant ces élections, c’est peut-être parce que ses électeurs sont xénophobes et qu’ils ont peur de perdre leurs acquis ou leur travail par exemple», éclaire le député.

Thomas Stettler rétropédale et s'excuse quand le média lui présente la définition du mot. «Si le terme hostilité figure dans la définition, je retire mes propos, car je ne suis pas comme ça. Il n’y a aucune haine envers les étrangers ou volonté de nuire de ma part.»

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La bourde semble sincère. L’agriculteur jurassien a un fort capital sympathie. Il est drôle, franc, proche des gens. Au lendemain de son élection, le 23 octobre, il s’exprimait sur RFJ, riant à l’écoute de son titre de Monsieur le conseiller national. «Personne se gênera pour m’appeler Thomas.»

Oui mais voilà. Sur X (anciennement Twitter), le clip tiré de l’émission de débat a été visionné plus de 20’000 fois. Et malgré quelques internautes choqués, jugeant la scène «lunaire», beaucoup applaudissent. Beaucoup saluent la franchise. Certains lancent des piques: «il est interdit d’avoir peur maintenant en Suisse?» D’autres sont fiers d’avoir voté UDC; fiers d’un parti qui se taxe, lui et ses électeurs, de xénophobes comme si de rien n’était.

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Craintes légitimes

Parfois, il vaut la peine de s’arrêter deux secondes pour réfléchir. Pas besoin d’aller jusqu’à être un vilain woke bien-pensant. Juste se rappeler du sens des mots.

Avoir peur pour son travail? C’est normal. Avoir peur pour son logement, normal. Avoir peur de la violence, de voir son quartier changer, deux fois normal. Mais utiliser les étrangers comme boucs-émissaires et les décréter brandon de discorde parce qu’ils sont «les autres», vraiment? Pour quel succès? Et puis, quels étrangers? Ceux qui ne nous ressemblent pas? Où place-t-on le curseur du bon et du mauvais étranger?

Ceux qui nous ressemblent

La xénophobie - et cette fois, c'est notre Confédération qui le dit - c’est adopter un comportement hostile à l’encontre de l’autre, lui flanquer sur le front des préjugés qui colleront à la peau de générations entières et décider peut-être, un jour, que cet alien s'est suffisamment bien intégré et cesser de le haïr. C’est la différence avec le racisme «pseudo-biologique», qui «se fonde sur des caractéristiques prétendument immuables».

À croire que le xénophobe, quand on finit par lui ressembler, il peut changer d'avis. Je conseille l’excellent film Interdit aux chiens et aux Italiens, encore en salle, pour une piqûre de rappel.

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Électorat jeune

Au total, 30% des jeunes ont voté pour l’UDC, dimanche dernier. C’est cinq points de plus que la catégorie des plus de 65 ans, nous apprend le «Matin Dimanche». Dans le dominical, une jeune adhérente confie que ses collègues lui ont demandé si elle était raciste. Son combat à elle, c’est la souveraineté alimentaire de la Suisse. Lutter contre les importations absurdes, comme «les fraises en hiver». Ou les migrants à l’automne, peut-être?

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