Commentaire de Michel Jeanneret
Berset ou la (désormais) gênante envie de plaire du quinqua

Alain Berset en fait-il un peu trop? Après ses histoires romantiques, sa passion (mal maîtrisée) pour le pilotage d'avions et sa présence à la Street Parade bière et cigare à la main, la réponse à cette question jaillit comme une évidence, selon notre rédacteur en chef.
Publié: 14.08.2023 à 16:59 heures
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Michel JeanneretRédacteur en chef

Berset et ses affaires romantiques étalées sur la place publique. Berset et l’exaltation juvénile de piloter un petit avion. Berset l’influenceur, ravi de se montrer sexy avec sa barbe et ses poils virils sur Instagram. Et maintenant Berset sur le podium d’une Love Mobile de la Street Parade, bière coincée dans la mâchoire pour pouvoir faire des cœurs avec les mains (?!) avant de se prendre une canette sur la tête. Un dernier excès qui finit par dégouliner sur son Panama. Et sur sa réputation.

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Depuis quelques mois, les Suissesses et les Suisses ont l’étrange «privilège» d’assister à ce qui ressemble à la grande session de rattrapage d’une jeunesse pas assez sauvage, entre une paternité précoce, des longues journées à servir la politique, entrecoupées par les entraînements d’athlétisme et la pratique du piano. Une ascèse manifestement bien frustrante.

Tous ces débordements un peu foufous sont assez sympathiques — car très humains. Ils valent d’ailleurs au conseiller fédéral socialiste de nombreuses louanges sur la fameuse «normalité suisse». Fort bien, mais il convient peut-être de se demander à partir de quel moment la simplicité toute helvétique devient gênance. Et la réponse jaillit comme une évidence: nous y sommes. Malheureusement.

Bibine, boa et dignité

Quand un conseiller fédéral met en scène ce qui ressemble furieusement à une petite crise de la cinquantaine, c’est inévitablement sa fonction qu’il affaiblit. Nous avons beau être fiers de vivre dans un pays où les membres du gouvernement prennent le train sans escorte, il ne faut pas oublier que ces derniers n’en sont pas pour autant des citoyens normaux.

Un ministre doit tout d’abord préserver la dignité de son rôle. Au vu de ce qui précède — et tout particulièrement de l’épisode «bibine et boa» – celle-ci commence à sérieusement tirer la langue.

Un ministre doit ensuite protéger le sens de son action. Chaque geste d’un conseiller fédéral est un message. En se pavanant cigare à la main, grandes gorgées de bières dans le gosier, notre ministre de la Santé en délivre un bien intrigant, à quelques semaines de la hausse des primes d’assurance maladie.

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La compète avec Kylie Jenner

En effet, faut-il le (lui) rappeler, ses propres services estiment que les coûts sociaux de la consommation excessive d’alcool se montent à 4,3 milliards de francs. Par ailleurs, toujours selon l’Office fédéral de la santé publique, le tabagisme — qui est responsable de la mort de 9500 personnes par année, compte «parmi les plus grands problèmes de santé publique».

Alain Berset veut faire la compète avec Kylie Jenner sur Insta’, se prendre des mines et survoler les atolls bleu azur pour aller jouer du piano sur la plage? C'est tout ce qu'on lui souhaite. Mais on ne saurait trop lui recommander respectueusement de bien vouloir encore réfréner sa désormais gênante envie d’être cool pendant 139 petits jours. Et de commencer ce programme euphorique le 1ᵉʳ janvier prochain.

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