Commentaire d'Adrien Schnarrenberger
L'UDC prend les jeunes pour des imbéciles

Au milieu de contre-vérités et de fantasmes, l'UDC profite de son prospectus électoral pour menacer les jeunes: un oui le 18 juin les priverait de TikTok. Un «argument» qui prouve la vacuité de la campagne du parti face à la nouvelle mouture de la loi climat.
Publié: 16.05.2023 à 19:37 heures
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Dernière mise à jour: 17.05.2023 à 10:34 heures
Contrainte de faire campagne contre son propre ministre, Albert Rösti, l'UDC manque d'arguments.
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Adrien SchnarrenbergerJournaliste Blick

Tremblez, jeunes «Suisses de naissance» en voie de disparition (sic, à la page 10), vous ne pourrez bientôt plus utiliser TikTok. C'est en tout cas ce qui vous guette en cas d'acceptation de la «loi sur le gaspillage de l'énergie», comme l'a rebaptisée l'UDC, le 18 juin prochain. D'autant plus ballot que vous êtes connectés 24 heures sur 24.

Une parodie? Pas du tout. Ouvrez votre boîte aux lettres: vous avez forcément reçu le dernier numéro d'«Édition Spéciale», puisque ce journal n'est «ni une publicité ni une réclame, mais une information politique», justifie l'UDC pour solliciter la compréhension du million de ménages récipiendaires, autocollant anti-pub ou non.

Information, il faut le dire vite: depuis sa parution, les boucliers se lèvent. Les chercheurs de l'EPFZ s'insurgent auprès de Blick de la récupération de leur étude, l'entreprise énergétique bernoise BKW dénonce des citations sorties de leur contexte. Même Economiesuisse, pourtant pas connue pour être le chantre de l'écologie, s'est étranglée de l'utilisation d'une déclaration de son président comme argument pour le non, alors qu'elle soutient la loi climat.

Si le prospectus fait le bonheur des «fact-checkeurs», l'élément le plus révélateur se cache en bas de la page 8. Un encadré discret sur douze pages de pamphlet, mais saisissant. Pourquoi? Parce que voir, ou plutôt lire, l'UDC s'abaisser à menacer des ados de se retrouver privés de Netflix et d'Instagram vaut toutes les approximations et graphiques fallacieux.

C'est, aussi, une insulte à l'intelligence de jeunes incapables de comprendre les restrictions climatiques. Ceux-là même que le parti accuse en d'autres circonstances d'être «scotchés à leur iPhone», par exemple lors des manifestations pro-climat.

«C'est ce que tu veux?», menace l'UDC.

C'est, surtout, la preuve que le climat — politique, cette fois — a changé par rapport à juin 2021. Il y a bientôt deux ans, l'UDC avait torpillé la loi CO2 grâce à une campagne menée avec brio. Seul contre tous, le parti avait enterré un projet mal ficelé et refroidi la large alliance qui avait eu la mauvaise idée de toucher au porte-monnaie des Suisses. Une brèche parfaitement exploitée.

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Mais, depuis, les très impopulaires taxes ont disparu, vidant avec elles la substance de l'argumentaire UDC. Et tandis que le Parlement et les milieux impliqués ont revu et corrigé leur copie, le parti, lui, s'abaisse à un populisme du plus bas étage, allant jusqu'à dénoncer les émissions de CO2 des immigrés en Suisse...

Contrainte à un numéro d'équilibriste en attaquant une loi contre Albert Rösti, son propre ministre de tutelle (pour le coup, elle n'y peut rien), la première formation politique du pays ferait mieux d'apprendre à consommer son énergie à meilleur escient. À reconnaître l'urgence et à travailler à des solutions constructives plutôt que de se perdre en fantasmes comme l'interdiction de la viande ou un rationnement de Netflix. Car ce numéro d'«Édition Spéciale» est tout juste bon à être conservé pour se chauffer cet hiver.

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