Louer d'abord, acheter ensuite
Cette start-up vous aide à devenir propriétaire

Thiemo et Eveline Brunner ont tous deux 28 ans et paient un loyer, comme beaucoup d'entre nous. Mais ils pourront bientôt acheter leur appartement en copropriété, grâce à la start-up Hellohome – qui fait du désarroi des aspirants propriétaires un business fleurissant.
Publié: 22.06.2022 à 22:21 heures
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Thiemo et Eveline Brunner ont tous deux 28 ans, et accueillent Blick dans leur appartement en copropriété à Rehetobel (AR).
Dorothea Vollenweider (texte) et Philippe Rossier (photos)

Le trajet en car postal de Saint-Gall à Rehetobel (AR) dure 30 minutes. La route est raide et sinueuse, elle monte vers le pays vallonné d'Appenzell. De la verdure à perte de vue. Des pâturages à vaches et des enclos à chevaux ponctuent le voyage. Sur quelques-unes des collines enherbées, l'on peut apercevoir des fermes. Mais la majeure partie du paysage reste vierge de béton.

Et il n'y a pas que la vue qui est plus agréable qu'en ville. Les prix de l'immobilier ont de quoi vous faire de l'oeil. Selon les chiffres de Wüest Partner, une maison individuelle de cinq pièces coûte environ 100'000 francs de moins que dans la région de Saint-Gall, par exemple. Par rapport à la ville, les acheteurs de maisons peuvent même économiser plus de 200'000 francs.

Les jeunes ne peuvent plus s'offrir de maison

Cela fait de Rehetobel, petite commune d'Appenzell Rhodes-Extérieures, un marché immobilier attractif. Surtout pour les primo-accédants, comme Thiemo et Eveline Brunner. Blick leur rend a rendu visite dans leur appartement en copropriété. Le fait qu'ils soient déjà propriétaires à un si jeune âge, même eux n'arrivent pas à y croire. «Nous cherchions depuis longtemps un objet approprié, explique Thiemo Brunner, installateur électricien de métier. Mais notre capital propre, limité, était un problème.»

Les Brunner ne sont pas les seuls dans leur cas. Rares sont ceux qui aujourd'hui ont suffisamment d'économies pour pouvoir s'offrir une maison ou un appartement en propriété, surtout parmi les jeunes. Cela s'explique aussi par le fait que les prix de l'immobilier en Suisse augmentent depuis plus de dix ans, nettement plus que les revenus.

Selon une étude de l'assureur Swiss Life, l'acheteur moyen d'un logement en Suisse est âgé de 48 ans. À titre de comparaison, cet âge est de 27 ans en Grande-Bretagne. Alors que les primo-accédants ont en moyenne 31 ans en France et 34 ans en Allemagne.

En Suisse aussi, le désir d'avoir sa propre maison n'attend pas la cinquantaine. La plupart du temps, il coïncide avec celui de fonder une famille. Mais, vu les prix actuels de l'immobilier, rares sont les Suisses qui peuvent encore s'offrir un foyer vraiment à eux.

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Une start-up bouscule le marché

Si, dans une telle conjoncture, les Brunner peuvent nous recevoir dans leur appartement en copropriété à Rehetobel, c'est grâce à la start-up Hellohome. L'idée commerciale derrière l'entreprise peut être comparée au leasing automobile.

«Hellohome entre en jeu lorsqu'un acheteur n'a pas assez de fonds propres pour acheter un bien immobilier», explique Marius Federle, 37 ans. Il est le cofondateur de la start-up en Suisse. Il dirige Hellohome avec Sven Bruss et Nima Safai Rad.

Un coup de main aux aspirants proprios

«Lorsque des acheteurs s'adressent à nous, nous examinons dans un premier temps le bien immobilier qu'ils souhaitent acquérir, et leur situation financière», explique Marius Federle. Si tout concorde, sa société rend possible l'acquisition du bien immobilier avec un capital supplémentaire. Concrètement, cela signifie que Hellohome achète l'appartement ou la maison pour les futurs propriétaires. Ceux-ci doivent alors verser 10% du prix d'achat. Et la start-up se charge du reste. Elle dispose pour cela de fonds d'investisseurs privés.

Les Brunner ont effectivement pu réaliser leur rêve grâce à la possibilité qu'offre l'entreprise. Leur appartement en copropriété a coûté 526'000 francs. Les Brunner ont, comme capital de base, déboursé 52'600 francs seulement.

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À titre de comparaison: à la banque, un acheteur de maison doit mettre sur la table 20% du prix d'achat sous forme de capital propre. Pour les Brunner, cela aurait représenté 105'200 francs. Un montant qui dépassait leurs possibilités financières.

Les fonds propres, le plus grand obstacle

Il existe différentes études sur le nombre de Suisses qui peuvent encore s'offrir un logement en propriété aujourd'hui. Selon la Banque cantonale de Zurich, c'est encore le cas d'à peine 10% des locataires.

Pour les Brunner, le rêve s'est réalisé malgré tout. En janvier 2022, le couple fraîchement marié a pu emménager dans son appartement de cinq pièces. Eveline Brunner est heureuse d'avoir pris la décision d'acheter. «Ici, nous pouvons planifier notre avenir. Il y a aussi de la place pour une chambre d'enfant», se réjouit la coiffeuse. Le couple souhaite fonder une famille.

Louer d'abord, acheter ensuite

Pour l'instant, le couple paie encore un loyer: 1300 francs nets, plus 475 francs de charges par mois. Le bailleur étant donc Hellohome. Les Brunner ont reçu l'assurance contractuelle de pouvoir acheter l'appartement en copropriété au prix initial après la durée du contrat de huit ans. Les fonds propres investis au départ leur seront alors imputés.

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Le loyer dû pendant la durée du contrat de cinq à dix ans n'est toutefois pas déduit du prix d'achat. Dans le cas des Brunner, les frais de location s'élèvent tout de même à 124'800 francs sur la durée du contrat de huit ans, charges non comprises.

Celui qui se retire perd l'argent investi

De plus, si les acheteurs se retirent du contrat de location-vente ou décident de ne finalement pas acheter, ils ne récupèreraient alors pas les fonds propres investis, soit 10% du prix d'achat. Les Brunner perdraient ainsi plus de 50'000 francs.

Cette start-up profite donc aussi de la situation précaire de nombreux Suisses aujourd'hui. Ces jeunes entrepreneurs entendent également, bien évidemment, gagner de l'argent.

Et ils ne révèlent pas l'ampleur de la marge qu'ils réalisent avec le loyer. Indiquant seulement qu'ils ont déjà dû adapter le modèle de calcul une fois. Car, depuis le début de l'année, les taux d'intérêt ont massivement augmenté.

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L'avenir nous dira si le concept de Hellohome fonctionne. La start-up est sur le marché depuis un an. «Depuis, nous avons pu apporter à plus de 80 personnes et familles une perspective concrète pour devenir propriétaires», explique Marius Federle. Certaines d'entre elles auraient déjà réalisé leur rêve, d'autres seraient encore en plein processus.


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