Plainte déposée par la Fédération française de football
Pour les Bleus, l'après-Mondial rime avec racisme

Plusieurs joueurs de couleur de l'équipe de France de football sont, depuis la fin de la Coupe du monde et la finale perdue face à l'Argentine, l'objet d'attaques et d'insultes racistes. Plusieurs plaintes ont été déposées.
Publié: 22.12.2022 à 19:13 heures
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Dernière mise à jour: 22.12.2022 à 20:06 heures
De retour à Paris lundi 19 décembre, les Bleus ont été accueillis par la foule sur la place de la Concorde, à Paris. Mais sur les réseaux sociaux, les messages racistes ont simultanément afflué
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Richard WerlyJournaliste Blick

Lorsqu’ils jouaient au Qatar, en route pour une finale finalement perdue aux tirs au but, les Bleus étaient dans une bulle protégée, loin du public et choyés par les médias. Concentrés sur leur objectif sportif, les 25 joueurs de l’équipe de France de football n’avaient pas réagi aux commentaires racistes pourtant publiés déjà sur les réseaux sociaux. Impossible pourtant d’ignorer que la prédominance de joueurs de couleur dans cet effectif qui rêvait d’un nouveau titre planétaire était, en France, l’un des sujets de discussion favoris au sein d’une partie des supporters. Les Bleus n’étaient plus «Black-Blanc-Beur». L’illusion de la solidarité nationale autour de cette équipe métissée était en embuscade.

Contre-offensive judiciaire

Changement radical d’ambiance depuis le retour des joueurs lundi 19 décembre, et leur accueil triomphal sur la place de la Concorde à Paris. L’heure est désormais à la contre-offensive judiciaire. Tour à tour, la fédération française de football et l’association SOS Racisme ont annoncé qu’elles avaient porté plainte contre X pour injures raciales et racistes. Logique. La haine en ligne a pris ses droits et les footballeurs hier chéris du public et de l’audience se retrouvent parfois directement visés. Les deux auteurs des penalties ratés de la finale face à l’Argentine, Kingsley Coman et Aurélien Tchouameni, se retrouvent vilipendés. Le club allemand du premier nommé, le Bayern Munich, a dû intervenir publiquement pour le défendre.

Racisme et football? Rien de neuf en France, comme dans d’autres pays européens. À commencer par l’Italie où de nombreux incidents ont souvent opposé certains supporters aux joueurs à la peau foncée, dont Mario Balotelli, aujourd’hui au FC Sion. En 2019, un match avait dû être arrêté pour injures raciales à Vérone. Côté français, une triste affaire remonte ces jours-ci à la surface, et va sans doute obliger le sélectionneur Didier Deschamps à réagir, puisqu’il semble être assuré de poursuivre à la tête des Bleus: celle des «quotas dans le foot» qui avait explosé en avril 2011.

Retrouvez le tweet de soutien du Bayern Munich:

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Le site Mediapart avait alors révélé une réunion de la Direction technique nationale (DTN) du 8 novembre 2010, durant laquelle la future politique sportive du foot français avait été évoquée en présence du coach de l’époque, Laurent Blanc. Un audit discuté à ce moment pointait le nombre important de joueurs binationaux africains susceptibles de partir jouer pour des équipes nationales étrangères avant d’intégrer l’équipe de France A. L’idée de limiter le nombre des binationaux avait été évoquée, suivie de considérations sur les joueurs noirs «au style de jeu plus physique que cérébral». Scandale. Un rapport avait ensuite écarté l’accusation de racisme tout en soulignant que le projet de quota ou de sélection fondée sur l’origine serait discriminatoire.

Plusieurs scandales racistes dans les stades avaient éclaté en 2018, y compris en Suisse. La question s’était alors posé de l’enregistrement des auteurs d’injures dans la base de données Hoogan de l’Office fédéral de la police, qui recense les personnes qui ont affiché un comportement violent lors de manifestations sportives. Mais pour l’heure, l’insulte numérique et la menace physique demeurent traitées différemment.

Le racisme ancré dans le sport

«Dans les années 1990, certains «virages» – secteur du stade situé derrière les buts, où sont localisés les supporters dits «ultras» – étaient occupés par des hooligans et des skinheads, notamment à Bâle, Berne, Genève, Lugano et Zurich, explique l’historien Thomas Busset du Centre international d’étude du sport à Neuchâtel, dans un article disponible en ligne. En février 1998, lors d’une rencontre entre le FC Lucerne et le FC Bâle, des chants antisémites se font entendre dans le secteur bâlois, où se tiennent une cinquantaine de skinheads.» Et de préciser: «Dans les stades suisses, le racisme et l’extrémisme politique sont en recul. Pour autant, certaines pratiques n’ont pas disparu. Elles forcent à s’interroger sur les réponses à y donner. On peut déplorer que leurs auteurs ne soient que rarement punis.»

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La réalité de l’intégration

Le premier joueur de couleur dans l’équipe de France, issu des colonies, fut le Sénégalais Raoul Diagne, en 1931. Depuis, l’intégration par le sport de haut niveau, principalement via le football, le basketball et l’athlétisme, est devenue une réalité incontournable.

Mais la réalité numérique a rouvert l’espace pour le pire, en particulier lorsque les réactions peuvent être anonymes. Plusieurs joueurs de l'effectif tricolore revenus du Qatar ont dû interrompre leurs comptes sur les réseaux, ou limiter les commentaires, en particulier sur Instagram.

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