Le revoici sur Netflix
Bernard Tapie, le seul capitaliste que les Français adorent

Il symbolisait tous les excès des années fric et du football business. Bernard Tapie, décédé le 3 octobre 2021, revient dans une série sur Netflix. Et les Français l'adorent!
Publié: 13.09.2023 à 08:36 heures
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Dernière mise à jour: 13.09.2023 à 11:13 heures
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François Mitterrand, président de 1981 à 1995, misa beaucoup sur Bernard Tapie dont il fit un ministre de la ville pour cinq mois, en 1992.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Bernard Tapie est le seul capitaliste que les Français adorent.

Et oui! Lui, l’apprenti chanteur venu de la banlieue parisienne, transformé en impitoyable redresseur d’entreprises qu’il dépeçait souvent sans vergogne, laissant des milliers d’employés sur le carreau. Lui, l’amateur de grosses cylindrées, de gros cigares, de jets et de yachts, dont le Phocéa, ce fameux voilier construit à l’origine pour le navigateur Alain Colas. Lui, le bluffeur en chef qui adorait parader avec Silvio Berlusconi, et qui importa le culte du profit à la télévision avec son émission «Ambitions», à la fin des années 80.

Bernard Tapie est décédé le 3 octobre 2021 dans son hôtel particulier de la prestigieuse Rue des Saint-Pères, à Paris, racheté par le milliardaire François Pinault. Mais il demeure un héros que la série télévisée qui porte son nom, sur Netflix, raconte sous toutes les coutures à partir de ce mercredi 13 septembre.

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Tout pour parvenir à ses fins

Allez comprendre quelque chose. Les Français clouent au pilori l’homme le plus riche du pays et de la planète, le milliardaire propriétaire de LVMH Bernard Arnault. Ils encensent l’économiste Thomas Piketty, qui vient de publier avec son épouse Julia Cagé un ouvrage de 800 pages une «Histoire du conflit politique» en France (Ed. du Seuil). 60% d’entre eux pensent, selon les sondages, que la mondialisation est une «mauvaise chose». 75% reconnaissent «ne pas aimer les riches».

Or voilà qu’un entrepreneur prêt à tout ou presque pour parvenir à ses fins, dans les affaires comme dans le football ou en politique, a réussi à les séduire. Et pour cause: «Il est étonnant que l’admiration aille à une personnalité dont les thuriféraires eux-mêmes reconnaissent qu’il a enfreint les lois jugeait, en 2021, une étude du think-tank Synopia.

En vérité, le message implicite que portent ses admirateurs populaires au héros disparu est que l’on ne peut réussir, lorsqu’on est issu du peuple, qu’en prenant des libertés avec les lois et la morale ambiante. En somme, Bernard Tapie serait le descendant des Robin des bois, des Mandrin, des Cartouche, ou des Lupin, dont la mémoire collective a consigné les exploits…»

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Un escroc gagnant

Voici donc venue l’heure du culte de Tapie, avec son tsunami de nostalgie. Les années 80 furent en France celle du fric à tous les étages. Mais elles furent aussi celles de la gauche au pouvoir sous les deux septennats de François Mitterrand (1981-1995) et celles du cynisme présidentiel absolu.

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Mitterrand, parvenu au sommet de l’État par l’Union de la gauche entre son parti socialiste et le parti communiste, n’eut de cesse de liquider ce dernier comme Tapie le fit des entreprises qu’il achetait, puis revendait. Sauf que Tapie, comme Mitterrand, sut jouer à merveille de l’opinion publique en s’associant à des héros populaires.

Tapie fut le patron du cycliste Bernard Hinault, cinq fois vainqueur du Tour de France. Il fut le propriétaire de l’Olympique de Marseille, seul club de foot français à avoir, à ce jour, remporté la Coupe d’Europe des clubs champions en mai 1993. Tapie fut souvent qualifié d’escroc par ceux qui firent des affaires avec lui.

Mais il était un gagnant. Et il aimait les gagnants. Dans un pays, dit-on, fasciné par les perdants magnifiques comme l’éternel numéro deux du Tour de France, Raymond Poulidor!

Jamais discret

Tapie superstar? Logique. L’homme était tout, sauf discret. Il était hâbleur, doué pour la communication et le show au point de devenir lui-même acteur. Tapie incarnait à la fois le Français râleur, malin, audacieux, capable d’en remontrer aux plus puissants à coups d’esbroufe.

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Son affrontement politique avec le très austère ex-premier ministre Michel Rocard, en 1994 aux élections européennes, fut la caricature du duel politique hexagonal. Avec Tapie, tout était possible, puisque la réalité importait peu. Avec Rocard, le social-démocrate obsédé par l’intérêt général, tout était impossible. Pas étonnant que Tapie et sa liste baroque (sur laquelle figuraient Bernard Kouchner et Christiane Taubira) soit passé devant les urnes.

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Pour le meilleur et pour le pire

Laurent Laffitte, l’acteur qui joue Tapie dans la série de Netflix diffusée à partir de ce mercredi 13 septembre, est un pensionnaire de la Comédie Française. Voilà l’entrepreneur défunt porté à l’écran par l’un des descendants lointains de la troupe de Molière. Normal. Il y avait du Scapin dans Bernard Tapie, que ses fourberies conduisirent en prison en 1995, pour avoir truqué un match de football entre son club Marseillais et Valenciennes.

Tapie était le produit de cette France persuadée que, dans cette République où les castes continuent de régner en maître comme jadis les aristocrates, ceux qui viennent d’en bas ne peuvent jamais gagner à la loyale. Il mentait comme une bonne partie des Français. Il aimait l’argent comme une majorité de ses compatriotes qui n’osent simplement pas l’avouer. Tapie sur Netflix? Un roman français. Pour le meilleur et pour le pire.

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