C'est Attal le patron
Darmanin, Le Maire, Dati: vont-ils obéir au jeune Premier ministre?

Du neuf avec du vieux! Le plus jeune Premier ministre de l'histoire de France va s'appuyer sur des vétérans pour gouverner le pays. Aura-t-il vraiment de l'autorité sur eux?
Publié: 11.01.2024 à 19:33 heures
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Dernière mise à jour: 12.01.2024 à 10:35 heures
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Rachida Dati, le retour! L'ancienne ministre de la Justice sous la présidence Sarkozy (de 2007 à 2009) accède au Ministère de la culture
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Richard WerlyJournaliste Blick

C’est une tueuse politique. Tout le monde le dit. Tous ceux qui l’ont approché s’en méfient. Rachida Dati, 58 ans, n’a jamais cédé devant ceux qui s’opposaient à elle. Or voici que Gabriel Attal, tout juste nommé plus jeune Premier ministre en France, a choisi de la nommer à un poste très symbolique: celui de ministre de la culture!

Dati à la culture

A Rachida Dati, fidèle de l’ancien président Nicolas Sarkozy, la gestion de la République la plus influente: celle des arts. L’intéressée aurait en plus obtenu la garantie de pouvoir se présenter à Paris, aux municipales de 2026. Elle est depuis mai 2008 maire du septième arrondissement de la capitale française où se trouvent la plupart des ministères. Son ex-mairie est voisine du ministère de l’Éducation nationale dont Gabriel Attal avait la charge jusqu’à sa nomination à la tête du gouvernement.

C’est une tueuse. Et elle sera entourée de tueurs, vétérans de la politique, bien plus endurcis (sur le papier) que le nouveau locataire de l’Hôtel Matignon. Tous ont réussi à conserver leurs postes, malgré le départ forcé de la Première ministre Élisabeth Borne lundi 8 janvier. Le ministre des Finances depuis 2017 Bruno Le Maire? Toujours en poste, inamovible aux commandes économiques du pays, d’où il rêve toujours à l’Élysée. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui sera sur le front pour les Jeux Olympiques? Il reste, alors qu’il lorgnait ouvertement sur le poste de Premier ministre. Avec l’assurance de continuer à être traité «en direct» par Emmanuel Macron. Et le ministre de la justice Éric Dupond-Moretti? Il reste lui aussi. Un maintien synonyme d’indépendance assurée pour cet ex-avocat récemment blanchi de l’accusation de conflit d’intérêts par la Cour de justice de la République.

Macron le patron

Gabriel Attal a pour lui sa popularité dans les sondages, et le soutien d’Emmanuel Macron qui l’a choisi pour terminer son second mandat, et tenir bon face à la progression de l’extrême droite dans l’opinion. Il est doué. Il passe très bien dans les médias. Il apprend vite. Il peut compter sur un Chef de l’État doté de presque tous les pouvoirs par la constitution.

Mais de quelle autorité va-t-il disposer? Un autre ministre, Sébastien Lecornu à la tête des Armées, va tout gérer en direct avec le président. Emmanuel Macron restera aussi le patron des Affaires étrangères. Que restera-t-il à Attal, à part la communication? Sans doute une forme de tutelle sur l’Éducation, son ancien ministère, à laquelle il a nommé celle qui s’occupait des sports, Amélie Oudéa-Castera.

Deux autres nouveaux venus doivent tout à Emmanuel Macron. La première est la nouvelle ministre du travail et de la santé, Catherine Vautrin, que le président voulait nommer première ministre en 2022, avant de se raviser in extrémis. Le second est celui à qui Gabriel Attal doit sa carrière politique: il s'agit de son ancien compagnon Stéphane Séjourné, nommé ministre des Affaires étrangères. Ce dernier, jusque-là député européen et président du groupe Renew au parlement de Strasbourg, était l'un des conseillers politiques du Chef de l'Etat. Autant dire que Gabriel Attal ne le contrôlera pas.

Envie d’autorité

Dans toutes les enquêtes d’opinion, les Français expriment une envie d’autorité. Ils veulent un gouvernement qui fasse respecter les lois et les règles. Mais attention: Emmanuel Macron est aussi accusé d’autoritarisme, comme on l’a vu en 2018-2019 durant la crise des «Gilets Jaunes» et, l’an dernier, lors des protestations contre la réforme des retraites.

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La voie est donc étroite pour Gabriel Attal, surtout qu’un autre homme campe dans l’ombre de son gouvernement: l’ancien président Nicolas Sarkozy. Rachida Dati a toujours été une de ses protégées. Sarkozy parle en direct à Macron. Il défend l’idée d’une alliance du président avec la droite.

Le très jeune Premier ministre, venu lui de la gauche, se retrouve à la barre d’un navire France dont il pourrait bien vite réaliser qu’il n’en maîtrise ni le gouvernail, ni le moteur, ni le compas. Son cap, comme sa vitesse de croisière, dépendront du locataire de l'Élysée.

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