Il fut un temps où les Verts français incarnaient la contestation dans de nombreux domaines. Leur leader, l’ancien eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, avait été la figure de proue de la révolte étudiante parisienne de mai 1968 dont l’un des slogans était: «Il est interdit d’interdire». En bref: l’écologie voulait rimer avec liberté au sein d’une société corsetée par les partis politiques, le capitalisme et le consumérisme.
Changement de décor en 2022: les Verts français sont devenus le symbole des rivalités internes, et des accusations déstabilisatrices portées en public. Le dernier scandale qui secoue le parti Europe Ecologie Les Verts (EELV), autour de son porte-parole Julien Bayou, en apporte la preuve.
Poussé à démissionner
Julien Bayou, 42 ans, élu député de Paris en juin dernier, vient en effet d’être poussé à démissionner de la coprésidence du groupe parlementaire écologiste et du secrétariat national d’EELV. Il a fini par convoquer, ce lundi 26 septembre, une conférence de presse pour s’en expliquer. Motif: les accusations de «violences psychologiques» portées contre lui par son ancienne compagne, auprès de la cellule d’écoute mise en place par sa formation politique.
L’affaire, qui pourrait impliquer d’autres femmes, est potentiellement grave. Mais l’engrenage politique qui a conduit à son départ est surtout le résultat d’une bataille interne étalée dans les médias. La plainte de sa compagne, en théorie, aurait dû rester confidentielle jusqu’à ce que l’enquête interne débouche, ou non, sur la mise en cause de l’élu soupçonné. Mais celui-ci s’est retrouvé cloué au pilori, devant les caméras, par une autre députée de Paris, Sandrine Rousseau, devenue l’agitatrice en chef des Verts.
Un triste feuilleton politique
C’est là que le feuilleton politique donné par les écologistes, alliés électoraux de la France Insoumise (gauche radicale) de Jean-Luc Mélenchon au sein de la Nouvelle Union populaire économique et sociale (NUPES), pose de sérieuses questions. Sandrine Rousseau, 50 ans, faisait partie des plaignantes contre un ex-adjoint à la mairie de Paris, Denis Baupin. Elle l’avait accusé, en 2016, d’agression sexuelle. Celui-ci a abandonné la politique sans avoir été poursuivi par la justice, même si cette dernière a reconnu des faits répréhensibles. Il a ensuite perdu son procès en diffamation contre plusieurs médias et contre ses accusatrices.
Reste un antécédent: les accusations de violences contre les femmes, devenues publiques, se sont transformées en armes politiques de destruction massive. Et les Verts français, volontiers donneurs de leçons, se retrouvent déstabilisés au sommet.
La confidentialité des procédures a volé en éclat
Les révélations sur le comportement a priori répréhensible de Julien Bayou, qui reste pour l’heure député, sont en plus intervenues dans le contexte du scandale dans lequel se retrouve piégé un autre élu de gauche: Adrien Quatennens, 31 ans, très proche de Jean-Luc Mélenchon, accusé, lui, d’avoir giflé son épouse.
Les deux hommes ont reconnu une partie des faits. Mais la confidentialité des procédures, dans le cas du parti EELV ou de la police (pour la femme d’Adrien Quatennens) a dans les deux cas volé en éclat, tout comme la présomption d’innocence. Voilà la gauche «morale» française éclaboussée par ce qu’elle reproche aux autres partis: le machisme, la domination masculine, voire l’utilisation du pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles.
Les vestiges de la bataille présidentielle de 2021
Dans le passé déjà, une autre polémique avait atteint les Verts français. Elle concernait le vétéran Daniel Cohn-Bendit, accusé d’avoir couvert des actes pédophiles dans les années 1970, lorsque l’esprit libertaire de mai 1968 soufflait à plein. Le dirigeant centriste catholique François Bayrou avait pris publiquement l’ancien eurodéputé à partie… avant que les deux hommes ne se retrouvent en 2017 tous deux aux côtés d’Emmanuel Macron.
Bref, sexe, famille, couple et politique ne font pas bon ménage chez les écologistes. Surtout quand l’une de leurs élues, à savoir Sandrine Rousseau, est prête à tout pour s’imposer au nom de la cause «Woke». Il y a un an, à l’automne 2021, celle-ci avait perdu de peu la bataille pour la candidature présidentielle du parti. De toute évidence, la bataille continue.
L’engrenage de la «violence du pouvoir»
Que penser de cet engrenage de révélations, de démissions et du tumulte politique et médiatique qui en résulte? D’abord que les Verts, malgré la mise en place de procédures d’alerte, ne les respectent pas, preuve sans doute qu’une partie d’entre eux ne leur font pas confiance. Ensuite que les jeunes élus écologistes, connus pour reprocher aux autres partis la «corruption du pouvoir», ont été prompts à tomber dans le même panneau. La preuve est faite enfin qu’en France, pays roi des alcôves en politique où les violences conjugales sont malheureusement beaucoup trop nombreuses, la question des droits et des voix des femmes est de facto instrumentalisée.
Pris dans cette spirale, les Verts ne donnent plus l’impression de constituer une avant-garde politique. Ils apparaissent au contraire comme la caricature de positions politiques trop vite acquises. Et comme les victimes d’ambitions masculines et féminines impossibles à concilier.