Trente ans de prison ont été requis vendredi à l'encontre d'une ancienne employée de crèche qui a, selon le ministère public, «consciemment tué» une fillette de onze mois en lui administrant un produit d'entretien toxique, en 2022 à Lyon. L'avocat général de la cour d'assises de l'Ain, qui juge en appel Myriam Jaouen depuis mercredi, a demandé aux jurés de «la déclarer coupable du crime de meurtre». «Ce jour-là, Myriam Jaouen avait-elle l'intention de donner la mort à Lisa? Je dis oui, d'un oui sincère, profond», a assené Baptiste Godreau. Elle «est aussi responsable de n'avoir rien fait pour sauver Lisa», a-t-il poursuivi.
Ce magistrat avait déjà requis, en avril en première instance à Lyon, 30 ans de prison pour ce «crime innommable». Les jurés ne l'avaient pas suivi et avaient condamné Myriam Jaouen à 25 ans de prison, abandonnant la qualification de meurtre et donc l'intention de donner la mort. Car l'accusée a toujours affirmé qu'elle n'avait pas conscience de la dangerosité du produit de type Destop administré à Lisa. «J'ai fait ça pour la faire taire mais pas pour la tuer», a-t-elle encore redit jeudi.
«Elle a consciemment tué avec un produit toxique létal, l'administrant directement dans la bouche d'une enfant de 11 mois», a rétorqué l'avocat général. «Malgré sa connaissance de la dangerosité de ce produit, elle l'a tuée en lui en faisant boire, et Lisa est décédée dans des conditions innommables.» «Peut-être a-t-elle 'pété un câble', était 'fatiguée', comme elle le dit. Cela peut constituer un mobile (...) pas la justification d'une absence d'intention», a encore dit Baptiste Godreau.
Hagarde et effarouchée
Une femme capable de mentir pendant l'agonie d'un bébé n'est pas crédible, quand elle assure ne pas avoir voulu tuer, ont également plaidé les avocats des parties civiles. L'accusée, assise dans le box, «sous médication et qui paraît hagarde, effarouchée, n'est pas la Myriam Jaouen du 22 juin 2022», a souligné l'avocate de l'association l'Enfant Bleu - Enfance maltraitée, Sidonie Leblanc.
«Une femme qui, selon ses propres dires, est capable de maintenir fermement un bébé, de lui enfoncer le goulot d'une bouteille d'acide dans la bouche, de la maintenir et de lui dire: 'prends ça, mange et tais-toi!'», ne peut pas être excusée, a lancé Me Leblanc. D'autant, qu'elle avait immédiatement cherché sur Google «que faire quand un enfant a mangé un déboucheur pour toilette», et qu'elle a nettoyé le vomi au sol, changé les vêtements de la fillette et fait tourner la machine à laver.
A l'arrivée d'autres parents dans la microcrèche lyonnaise, Myriam Jaouen a aussi élaboré un «récit mensonger structuré»: un tube de gouache a explosé et les projections ont atteint la bouche de Lisa. Et elle a répandu de la peinture sur son pantalon pour accréditer cette version.
Un mensonge qu'elle a répété d'une voix déterminée, au médecin du centre anti-poison -dont l'enregistrement a été diffusé à l'audience- qui l'appelle pour comprendre pourquoi de la gouache provoquerait de telles brûlures. «Qu'on ne vienne pas nous dire qu'elle n'est pas capable d'élaboration», a conclu l'avocate.
Pourquoi?
Plusieurs experts psychiatres ont décrit l'accusée comme «immature» et «modérément» déficiente intellectuellement. Mais «sans maladie mentale avérée», écartant donc une «abolition ou altération du discernement». Aux jurés, l'avocat de la famille a demandé d'être plus sévères qu'en première instance: «Vingt-cinq ans de prison, c'était dire à Myriam Jaouen: vous n'avez pas eu l'intention de donner la mort à Lisa, votre version nous a convaincus», a plaidé Catherine Bourgade.
«Ce n'est pas possible d'entendre cela, ni pour ses parents, ni pour Lisa: vous allez devoir vous convaincre, pour lui rendre justice, que oui il y a eu intention de donner la mort», qu'il "ne suffit pas qu'un accusé dise: 'j'ai pas voulu tuer' pour qu'on le croie», a-t-elle insisté.
Avec un CAP de petite enfance dont elle est diplômée, dans lequel on enseigne la dangerosité des produits ménagers pour les enfants, l'accusée ne peut pas dire qu'elle «ne savait pas». «Certes, restera la question du pourquoi? Mais les parents de Lisa n'auront jamais de réponse, même après votre jugement, parce qu'un tel geste est incompréhensible», a conclu l'avocate.