Mamaaaan papaaaa, je peux avoir de l'argent de poche? Aïe, nous y voilà. Ok d'accord, mais combien? Sous quelle forme? Dois-je suivre de près ses dépenses? Et pour ses frères et sœurs, comment équilibrer au mieux?
Autant d'interrogations qui jaillissent souvent dans la tête de jeunes parents. Surtout qu'ils sont nombreux. Selon une étude du Crédit Suisse, plus de 80% des adolescents entre 12 et 14 ans reçoivent de l’argent de poche. Blick leur vient en aide et fait appel à Célia Brocard, responsable de projets chez Pro Juventute, pour les aider à y voir plus clair. Vous êtes prêt? Voici 7 points essentiels.
À partir de quel âge? Et jusqu’à quand?
Selon l'experte, dès l'âge de 6 ans, l'enfant est à même de recevoir de l'argent de poche. «On conseille de choisir un moment symbolique pour le faire, comme le début d’une nouvelle année scolaire par exemple.» Quant à sa durée, elle varie d'un jeune à l'autre. «Il y a deux cas de figure possibles, soit jusqu'à ce que l’enfant quitte le domicile familial, soit dès qu'il devient indépendant financièrement.»
Quel montant et à quelle régularité?
«Le montant reste une question délicate, car elle dépend directement du budget familial», soulève Célia Brocard. Selon les recommandations de l'Association faîtière Budget-conseil suisse, il est conseillé de donner 1 franc par semaine à son enfant, soit 4 francs par mois, et ce dès l'âge de 6 ans. Chaque année, le montant mensuel augmente d'un franc. À 7 ans, l'enfant reçoit donc 2 francs par semaine (8 francs par mois). Cette logique peut se poursuivre jusqu'à l'âge de 10 ans, où le format mensuel devient alors la norme. «Jusqu'à cet âge, on recommande de donner l'argent de poche chaque semaine, car les enfants peinent à se projeter dans le temps», affirme l'experte.
Dès que l'enfant atteint ses 12 ans, un tournant a lieu et on peut passer au «salaire jeunesse». Il s'agit d'un modèle d'éducation imaginé par Pro Juventute, permettant aux jeunes de financer de manière autonome une partie de leurs dépenses courantes. Le but? Apprendre très tôt à évaluer correctement le coût de la vie, à se responsabiliser et à gérer son argent.
La manière de fonctionner est la suivante: chaque année, l'enfant assume une responsabilité financière supplémentaire tout en recevant l'argent de poche en conséquence. La première année, le jeune doit uniquement assumer sa facture de téléphone, l'année suivante s'ajoutent les frais de cantine, puis les transports publics, les loisirs, les sorties et ainsi de suite. Le jeune sera ainsi capable, une fois son indépendance financière atteinte, d'assumer ses responsabilités.
Demander une contrepartie?
Dans un premier temps, l’argent de poche sert surtout à faire ses propres expériences. «Ne demandez pas de contrepartie. L'objectif est de laisser votre enfant se familiariser avec ce mode de fonctionnement et d'expérimenter», assure Célia Brocard.
En revanche, dès 12 ans – lorsque le «salaire jeunesse» entre en jeu – une forme de contrat peut s'établir entre le parent et l'enfant. «Ne rémunérez pas votre enfant au nombre de tâches ménagère exécutées, mais convenez d'un arrangement global avec lui: ranger sa chambre une fois par semaine, vider le lave-vaisselle, nettoyer la table, qu'importe, mais discutez-en en amont», insiste-t-elle.
Un bonus à l'horizon?
Certains parents fonctionnent aussi au mérite et réajustent l'argent de poche selon les bonnes notes ou le comportement exemplaire de leur enfant en classe. Une méthode contestée par Célia Brocard: «Il s’agit de réfléchir aux valeurs que l’on véhicule si on rémunère son enfant aux résultats scolaires et qu’on adapte le montant en conséquence. Cela ne fait pas de sens pour qu’un enfant apprenne tout d’abord à gérer de l’argent.»
L'experte conseille vivement de ne pas lier la question de l’argent de poche au bon comportement ou aux bonnes notes. «L'argent de poche permet aux enfants d’apprendre à gérer leurs sous, de faire leurs propres expériences, leurs erreurs et d'en tirer des leçons. Si le montant varie, l'exercice ne sera pas optimal», assure-t-elle.
Quelles implications de la part des parents?
Alors, faut-il les laisser se débrouiller ou devons-nous suivre scrupuleusement leurs dépenses? «Il faut les écouter attentivement, mais pas les conseiller directement, nuance l'experte. Accompagnez votre enfant, intéressez-vous à ses désirs, ses besoins, ses envies d'achat.» Autrement dit, laissez-le faire ses propres expériences, mais entretenez un dialogue continu avec lui.
Autre facteur essentiel, «si l’enfant réalise un achat qu'il regrette par la suite et n'a plus assez d’argent pour s’acheter autre chose, ne lui en redonnez surtout pas. Il faut éviter à tout prix la mise en place d'une logique de crédit», alerte Célia Brocard. C'est justement l'occasion d'en tirer une leçon et d'en discuter. Il vaut mieux faire des erreurs avec son argent de poche qu'avec son premier salaire. «Si le jeune dépense tout son revenu et ne parvient plus à payer son assurance maladie en fin de mois, là ça a un autre impact. L'argent de poche, c'est en quelque sorte une prévention à l'endettement», souligne-t-elle.
Quant aux parents, ils ont aussi leur lot de responsabilités. Selon l'experte, il est important de donner l'argent de poche de manière rigoureuse et à intervalles réguliers, sans que l'enfant ait besoin de venir le demander. Fixez-vous tous les dimanches soir par exemple, afin que cela devienne un rituel.
Cash ou carte?
Dans un premier temps, il faut privilégier le cash. «Pour les petits, c'est très difficile de conscientiser la valeur de l'argent s'ils ne l'ont pas entre les mains. À partir de 12 ans – et selon la maturité de votre enfant – il est conseillé d'employer différents moyens (Twint ou argent sur un compte relié à une carte bancaire).
Avec ces outils plus poussés – notamment un relevé bancaire – les parents peuvent analyser en détails chaque dépense de leur progéniture. Sans pour autant commencer à les «fliquer», ce suivi global leur permet d'identifier d'éventuels abus: «Si votre enfant s'achète sans cesse des habits de marque, mais n'a plus assez d'argent pour se nourrir à la fin du mois, vous devez revoir certaines choses avec lui. En analysant minutieusement ses dépenses, vous pouvez pointer du doigt les problèmes, fixer des règles et en discuter ouvertement avec lui.»
Est-ce un passage obligé?
L’argent de poche est un processus utile pour apprendre à gérer ses dépenses, mais ce n'est pas le seul. Beaucoup de familles y renoncent, mais leurs enfants ne sont pas en reste pour autant. Car il ne faut pas l'oublier, ce modèle est basé sur le fait d'avoir un travail avec un revenu mensuel fixe. Certaines familles ont des revenus plus faibles et variables selon les périodes de l'année: «Il ne faut absolument pas culpabiliser. Chacun fait comme il peut. Le simple fait de répondre à certaines demandes de vos enfants les entraîne à la négociation», conclut Célia Brocard.