La date était connue de longue date: le 18 juillet. Ce mardi, le groupe de jeux Activision Blizzard doit passer sous la coupe Microsoft, pour 69 milliards de dollars américains! Le géant informatique basé Redmond (Etats-Unis) avait déjà annoncé cette acquisition au début d’année dernière. Il s’en est suivi une lutte de plusieurs mois contre les autorités de la concurrence.
Avec cet achat, Microsoft mettra la main sur des marques historiques de l’industrie du jeu vidéo, comme la série «Call of Duty» – valorisé à plusieurs milliards de dollars –, ou le jeu de rôle «World of Warcraft». Mais en réalité, derrière ce rachat se cache un autre enjeu. Et de taille, celui-là: le jeu mobile «Candy Crush Saga», qui compte près d’un milliard de joueurs et joueuses. Avec l’acquisition de Blizzard, Microsoft s’offrira ainsi une place de choix sur le marché des jeux pour téléphones portables.
«Candy Crush était un élément clé»
Avec cette acquisition, Microsoft mettra également un pied dans le métavers. Lorsque la transaction a été annoncée début 2022, le CEO de Microsoft, Satya Nadella, ne l’avait d’ailleurs pas caché: «Le jeu était un élément clé dans le développement des plateformes Metaverse.» L’investissement de Microsoft serait ainsi une déclaration de guerre à peine voilée au groupe Meta, le groupe de Mark Zuckerberg.
Il s’agit également de ne pas se laisser distancer par d’autres poids lourds du secteur: sur le marché du jeu vidéo, le groupe Xbox Microsoft – avec un chiffre d’affaires annuel de 16,3 milliards de dollars – est en effet éclipsé par Sony et sa PlayStation qui, avec 28,3 milliards de dollars par an, en récolte presque le double.
Les autorités de la concurrence s’inquiètent
Les autorités de la concurrence aux Etats-Unis et en Europe craignent que ce rachat n’entraîne une situation de monopole. En effet, Microsoft est à la fois fabricant de consoles, développeur de jeux et propose aussi des abonnements de jeux.
Sony a ainsi déclaré devant un tribunal américain qu’une partie de ses recettes dépendaient de «Call of Duty», propriété d’Activision Blizzard, mais disponible sur PlayStation. Dimanche dernier, le groupe japonais a donc signé un accord avec Microsoft et s’est assuré que le jeu continuera à paraître sur la PlayStation au cours de la prochaine décennie. Microsoft a déjà conclu des accords similaires avec d’autres fabricants de consoles, comme Nintendo.
Mise en danger la libre concurrence pour le cloud gaming
Un autre enjeu se cache également derrière l’acquisition de Microsoft: le «Cloud gaming». Dans ce modèle, les jeux ne sont plus installés sur une console ou un PC, mais directement diffusés en streaming sur Internet. Cette tendance est de plus en plus importante dans la pratique du jeu vidéo.
Sur ce marché encore très restreint, Microsoft est le numéro Un avec «Xcloud». Les autorités antitrust européennes, américaines et britanniques ont considéré que cette acquisition mettait en danger la libre concurrence pour le cloud gaming.
Selon les autorités de la concurrence, la compétitivité de la plateforme de cloud gaming Geforce Now, propriété du fabricant de cartes graphiques Nvidia, est donc compromise. L’Europe n’a donné son feu vert à la nouvelle acquisition de Microsoft que lorsque ce dernier a accepté, par contrat, de mettre ses jeux à disposition de Geforce Now et d’autres fournisseurs de cloud gaming pour les dix prochaines années.
En attente de la décision des Britanniques
La cour d’appel américaine s’est, elle aussi, finalement laissée convaincre. Ce n’est qu’en Grande-Bretagne que la reprise reste bloquée: La CMA, l’autorité de la concurrence britannique, a surpris ce week-end, en repoussant son délai de décision du 18 juillet au 29 août.
Mais même si la bourse se prépare déjà à la reprise et il est possible que Microsoft se retire temporairement du marché britannique afin de pouvoir conclure l’accord.
En attendant, les nombreuses concessions de Microsoft ne changent pas grand-chose pour les joueurs. Pour ces derniers, l’accord présente même quelques avantages: ainsi, le service d’abonnement Game Pass de Microsoft va bientôt connaître une forte croissance. L’offre en cloud gaming devrait également s’élargir dans les mois à venir.