Voler après les attentats du 11 septembre
«Le métier de pilote est devenu plus solitaire»

Aucune autre industrie n'a autant changé que celle du transport aérien après les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Thomas Steffen était assis dans le cockpit au moment de l'attaque. Voilà ce qui a changé dans les avions depuis ce tragique événement.
Publié: 11.09.2021 à 10:55 heures
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Dernière mise à jour: 11.09.2021 à 11:14 heures
Thomas Steffen a été témoin des changements survenus dans le secteur aérien après les attentats. À tout juste 26 ans, il était pilote chez Swissair.
Darija Knezevic, Jessica Chautems (adaptation)

Devenir pilote était le rêve d’un grand nombre de petits garçons. Des boutons qui s'illuminent, un uniforme prestigieux et une vue imprenable. Lorsqu’un vol se déroulait en toute tranquillité, les enfants avaient même la possibilité de se rendre dans le cockpit pour poser des questions aux aviateurs. De nos jours, cette scène est inimaginable. En effet, le secteur a profondément évolué à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York.

Les pilotes travaillent désormais derrière des portes verrouillées et blindées; les visiteurs sont interdits dans le cockpit. «C’est vraiment dommage. Se rendre dans le cockpit pourrait contribuer à neutraliser la peur de certains passagers et permettre aux enfants de réaliser leurs rêves», confie Thomas Steffen, porte-parole de l’association de pilotes Aeropers et pilote chez Swiss. Le choc des attentats du 11 septembre et les certitudes qui en découlent sont encore vifs de nos jours: le détournement d’un avion de passagers peut avoir des conséquences absolument dramatiques.

«Le métier de pilote est devenu plus solitaire»

Le quarantenaire était dans les airs au moment des attaques contre le World Trade Center. Le pilote s’en souvient très bien: «On nous a transmis la terrible nouvelle qu’après l’atterrissage. La seule communication que nous avions reçue dans notre cockpit était lorsqu'on nous a demandé si tout était normal sur notre vol de Bucarest à Zurich.»

Le pilote n’a pas eu peur lors de son premier vol après les attentats. Il a toutefois observé les passagers avec plus d’attention. Le métier a beaucoup changé depuis ces événements: «Le contact avec les passagers en a beaucoup souffert. Vous êtes plus distants, et cela rend la profession plus solitaire», témoigne Thomas Steffen.

Quand l’avion de ligne devient une arme

L’expert en aviation Hansjörg Egger avait déjà perçu les risques avant même les attentats. Il y a toujours eu des détournements d’avion. «Ce qui était nouveau dans cette affaire, c’est qu’un avion de ligne a été utilisé comme une arme», souligne le spécialiste. Une des raisons qui explique pourquoi les attentats n’ont pu être empêchés réside dans le manque de communication entre les divers services de renseignement. Hansjörg Egger assure que la situation n’a que peu évolué: «Les événements récents en Afghanistan le montrent».

Une mesure en particulier a été introduite depuis le 11 septembre: «Lors de vols passagers classés dangereux, du personnel de cabine armé et en civil prend place dans l’habitacle des avions», détaille le spécialiste. L’unité répond au nom de «Tigers». Elle est constituée par des professionnels armés et formés pour les situations exceptionnelles.

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Les compagnies aériennes ont sombré dans la crise

Les conséquences immédiates des attentats ont été également ressenties du côté des compagnies aériennes. En plus des portes de cockpit blindées et verrouillées, les aéroports ont précipitamment introduit des restrictions pour les liquides et des contrôles stricts pour les passagers.

Le pilote Thomas Steffen a également été touché personnellement par les répercussions financières subies par son employeur de l’époque, Swissair. Peu de temps après l’attaque, lui et 150 autres pilotes ont été licenciés.

Mais est-ce que le verrouillage des portes de cockpit est vraiment la solution idéale? Le crash d’un avion de Germanwings en 2015 soulève la question. Le copilote Andreas Lubitz avait délibérément précipité l’appareil avec 150 passagers contre une montagne. Au moment du crash, il était seul aux commandes dans le cockpit. Le drame aurait probablement pu être évité si l’accès au cockpit avait été possible.


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