Violence gynécologique
Une Genevoise s'est fait enlever un ovaire «à son insu»

Une quinquagénaire raconte avoir subi l'ablation d'un ovaire contre son gré lors d'une opération à Genève. Son chirurgien, présumé innoncent, est prévenu de lésions corporelles graves. Il conteste les faits tels que présentés par la plaignante.
Publié: 03.12.2021 à 11:45 heures
|
Dernière mise à jour: 03.12.2021 à 11:46 heures
L'opération se serait déroulée dans une clinique privée genevoise (image d'illustration).
Blick_Antoine_Hurlimann.png
Antoine HürlimannResponsable du pôle News et Enquêtes

«Il était prévu de m’enlever la vésicule biliaire et le chirurgien a aussi procédé dans la foulée à l’ablation de mon ovaire droit et des deux trompes de Fallope. Ceci sans mon consentement.» Le témoignage de Lina* est insoutenable. Alors que la quinquagénaire devait subir une intervention chirurgicale en novembre 2018, l’irréparable se serait produit sur la table d’opération. S’en serait suivi chemin de croix particulièrement douloureux pour la Genevoise.

Elle décrit à la «Tribune de Genève» — qui a révélé l’affaire — une ménopause chirurgicale «immédiate et brutale», des douleurs dans les hanches, des insomnies, une prise de poids («15 kilos en trois mois»), des pertes de mémoire, de la fatigue, des vagues de chaleur intenses et très fréquentes et une forte irritabilité. «Après réflexion 'et mesurant enfin la gravité de ce qui était arrivé', Lina a déposé une plainte cette année auprès du procureur général», dévoilent nos confrères.

Contenu tiers
Pour afficher les contenus de prestataires tiers (Twitter, Instagram), vous devez autoriser tous les cookies et le partage de données avec ces prestataires externes.

Toujours selon le quotidien genevois, le chirurgien pointé du doigt aurait procédé à cette intervention dans un établissement privé du canton. Et cet homme a été récemment entendu par le Ministère public. Ce praticien, présumé innocent, est désormais «prévenu de lésions corporelles graves sur sa patiente, subsidiairement de lésions corporelles par négligence».

Une longue affaire...

Pour comprendre l’histoire de Lina, il faut retourner près de 15 ans plus tôt. En 2007, elle se fait retirer l’ovaire gauche après l’apparition «d’une tumeur rare, mais non cancéreuse (struma ovarii)», indique-t-elle, toujours à la «Tribune de Genève». Un passé qu’elle aurait détaillé au prévenu le 23 novembre 2018 lors d’une consultation six jours avant l’opération.

«Le scanner lié à la vésicule biliaire indiquait un petit kyste de quelques millimètres sur l’ovaire, raconte-t-elle. J’ai demandé au chirurgien s’il pouvait retirer le petit kyste pendant l’opération. Il a dit que s’il le pouvait, il le ferait. Nous n’avons jamais discuté de l’ablation de mon ovaire droit ni de mes deux trompes de Fallope, et cela n’a même jamais été mentionné. En plus, le petit kyste était parfaitement normal et indiquait un ovaire fonctionnant bien, ce que le chirurgien aurait dû me dire. Il ne l’a pas fait.»

Elle assure par ailleurs n’avoir jamais consenti à «l’ablation préventive» qu’elle a finalement subi. «Mon ovaire restant fonctionnait très bien», lâche-t-elle, au bord des larmes. Ce n’est pas ce qu’avance le médecin. Auditionné par la police, celui-ci ne se souvient pas si l’éventualité de retirer cet ovaire droit ainsi que les trompes a été abordée. Quoi qu’il en soit, il a rappelé durant son interrogatoire que certains cancers prennent leur source dans la trompe.

Publicité

Faits présentés contestés

«Il explique donc, dans les grandes lignes, avoir, au vu du risque, de l’âge de la patiente (51 ans) et de l’inquiétude de cette femme face au risque de cancer, décidé de lui retirer l’ovaire et les trompes», rapporte le quotidien. Le journal enchaîne: «A-t-il évoqué avec elle la question des conséquences physiologiques induites par cette intervention? Il indique, toujours devant la police, que le sujet a «certainement» été abordé.»

Avocat du prévenu, Me Philippe Ducor a répondu aux sollicitations de nos confrères. «Mon client est soumis au secret professionnel et réserve ses déclarations aux autorités saisies de l’affaire, avance-t-il. Il conteste les faits tels que présentés.»

*Prénom d’emprunt.

Vous avez trouvé une erreur? Signalez-la