«Si le secteur de la santé était un marché normal, on augmenterait les prix»
Les hôpitaux suisses sont-ils victimes ou coupables de l'inflation?

Les hôpitaux suisses sombrent peu à peu dans les chiffres rouges. Selon eux, la faute revient à la politique et aux caisses maladie. C'est l'inflation qui fait des ravages, explique Ronald Alder. Mais le surveillant des prix Stefan Meierhans n'est pas d'accord.
Publié: 30.04.2024 à 19:56 heures
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Dernière mise à jour: 02.05.2024 à 14:36 heures
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Une médecine de pointe sans bénéfices exceptionnels? Les hôpitaux suisses sont dans le rouge. En illustration: un bloc opératoire au CHUV.
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Sermîn Faki

L'Hôpital fribourgeois (HFR): moins 36,4 millions. Le CHUV: moins 37 millions. L'Hôpital cantonal de Saint-Gall: moins 58,9 millions. De nombreux hôpitaux suisses affichent des pertes massives en 2023. Mais que se passe-t-il? 

C'est l'inflation qui fait des ravages, explique Ronald Alder, directeur adjoint de l'association des hôpitaux zurichois. Le matériel, l'énergie et le personnel sont devenus plus chers. A cela s'ajoutent des investissements urgents, notamment dans le domaine de l'informatique.

«Si le secteur de la santé était un marché normal, on augmenterait les prix», explique Ronald Alder. Mais ce n'est pas si simple dans le secteur de la santé, car les prix sont fixes. Et selon l'expert, ils n'ont pas augmenté depuis des années «parce que la Confédération et les caisses maladie ont fait pression sur les tarifs». Les patients et le personnel en sont les victimes: ce sont eux qui souffrent le plus de la pression des économies.

Monsieur Prix critique les «investissements excessifs»

Le Surveillant des prix Stefan Meierhans voit les choses autrement. Il trouve les tarifs «excessifs» et critique le fait que de nombreux hôpitaux construisent encore de grands hôpitaux à lits, alors que la tendance est à l'augmentation des traitements ambulatoires. «Ce sont les investissements excessifs qui font que les hôpitaux se retrouvent en difficulté, et moins les frais courants», a récemment déclaré Monsieur Prix dans une interview au «Tages-Anzeiger».

Pour le directeur Ronald Alder, en revanche, la politique des prix impacte les hôpitaux qui ne peuvent plus couvrir leurs coûts. «Dans le domaine stationnaire, la couverture des coûts des hôpitaux zurichois est de 92%. Dans le domaine ambulatoire, elle n'est que de 84%», calcule-t-il. Les pertes sont donc inévitables.

Les hôpitaux ne sont pas tout à fait innocents

Le canton devrait alors intervenir, poursuit le directeur, comme à l'Hôpital pour enfants de Zurich et à Saint-Gall. Il demande que les forfaits par cas et les points tarifaires, qui déterminent tous deux le prix d'un traitement, soient augmentés. «L'objectif doit être de veiller à ce que tout le monde puisse continuer à avoir accès à une très bonne offre», espère Ronald Alder.

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La misère des hôpitaux n'est toutefois pas totalement indépendante de leur volonté. Le fait que les hôpitaux de Saint-Gall veuillent aussi une chirurgie cardiaque hautement spécialisée suscite de vives critiques de la part des experts. Ils estiment que cette idée n'est pas objectivement justifiable, qu'elle est superflue et qu'elle entraînera, encore une fois, une augmentation des coûts.

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