Rapport du Service de renseignement de la Confédération
La guerre en Ukraine, premier souci des espions suisses

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a bouleversé l'ordre sécuritaire suisse et européen. Cette guerre aura un effet durable sur la politique nationale et internationale de sécurité, indique lundi le Service de renseignement de la Confédération (SRC).
Publié: 27.06.2022 à 13:06 heures
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Dernière mise à jour: 27.06.2022 à 16:11 heures
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La guerre en Ukraine menace la sécurité et aussi l'approvisionnement alimentaire mondial (archives).

«Nous sommes les témoins d’un changement d’époque qui ébranle et modifie», écrit la ministre de la Défense, Viola Amherd, en préambule du rapport annuel du SRC. Le conflit impose à l'Europe et à la Suisse de repenser la politique de sécurité. Isolée, affaiblie militairement et économiquement, la Russie sera un acteur difficile et dangereux des années durant.

La Finlande et la Suède ont demandé leur adhésion à l'OTAN et les États européens s'apprêtent à augmenter massivement leurs dépenses en matière de défense. Le budget de l'armée suisse suivra aussi cette tendance. La guerre en Ukraine met en péril la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale, a rappelé l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Une pénurie peut menacer l'existence, mais aussi entraîner l'instabilité de certains gouvernements.

La Suisse doit donc se préoccuper de la sécurité de l’approvisionnement, tout en gérant aussi les mouvements de réfugiés, les activités d’influence et les cyberattaques. Le conflit a également des conséquences économiques.

Hausse des activités d'espionnage et de l'extrémisme

La guerre en Ukraine entraîne aussi une hausse des activités d'espionnage et de cybercriminalité. Plusieurs États européens ont expulsé des officiers du renseignement russes. Moscou pourrait déployer ses effectifs dans des États qui n'ont pas procédé à des expulsions, comme la Suisse et particulièrement la Genève internationale.

Dans son rapport annuel, le SRC note également le renforcement de l'extrémisme violent durant la pandémie. Il estime toutefois que ce milieu devrait s'apaiser avec la fin de la crise.

En 2021, 202 événements ont été observés dans le domaine de l’extrémisme de gauche violent et 38 dans celui de l’extrémisme de droite violent. Contrairement à l'extrémisme lié au Covid-19, les extrémismes de gauche et de droite devraient se renforcer. Les violences devraient augmenter surtout en lien avec des confrontations entre les deux blocs.

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Pour le SRC, la menace terroriste en Suisse reste élevée. Le scénario le plus probable en Suisse est actuellement celui d’un acte de violence commis par un auteur isolé et inspiré par le djihadisme, selon un mode opératoire très simple.

Partenariat entre Pékin et Moscou

Le conflit à l'est de l'Europe et la pandémie de coronavirus n'ont toutefois fait que renforcer des tendances politico-sécuritaires existantes. L'ordre mondial est déjà marqué par la rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine.

Le partenariat anti-occidental entre la Chine et la Russie est devenu plus étroit. Le phénomène pourrait se renforcer avec la césure de février 2022.

Le monde se scinde en deux sphères d'influence, l'une américaine, l'autre chinoise. Les réponses communes aux défis globaux que sont le terrorisme, la prolifération nucléaire, les pandémies ou encore le changement climatique sont de plus en plus difficiles en raison de ces confrontations entre blocs.

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Processus de «découplage»

Les États occidentaux ont pris conscience de leur dépendance à la Chine et enclenché un processus de «découplage». Les sanctions contre la Russie vont encore réduire les relations de l'Occident avec le bloc russo-chinois.

Depuis 2021, le continent africain a connu une vague de bouleversements politiques, pointe encore le rapport. C'est le cas au Mali, au Soudan, au Tchad, en Guinée, au Burkina Faso et en Éthiopie. Toute la région est instable.

La Syrie et l'Afghanistan sont aussi sujets à un environnement instable. Mais, en raison de la guerre en Ukraine, ces crises régionales se verront porter encore moins d'attention internationale.

(ATS)

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