Pour l'élu genevois d'origine iranienne Darius Azarpey
«En condamnant l'Iran, la Suisse empêche la paix»

Les frappes lancées par l'Iran en Israël le samedi 13 avril au soir a été condamnée par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) de la Confédération dans la foulée. Et c'est un problème, pour l'élu PLR genevois d'origine iranienne Darius Azarpey.
Publié: 15.04.2024 à 06:00 heures
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Dernière mise à jour: 22.05.2024 à 09:57 heures
Le député PLR Darius Azarpey est suisse et iranien. Il se montre critique envers la condamnation des attaques iraniennes en Israël par la Suisse. (Image d'archives)
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Daniella GorbunovaJournaliste Blick

La Suisse a été prompte à condamner l'attaque iranienne en Israël, ce weekend. Et le député du Parti libéral-radical (PLR) au Parlement genevois Darius Azarpey pense que c'est un problème. D'origine suisse et iranienne, l'homme de droite doute que la Confédération puisse encore jouer un rôle d'intermédiaire au Moyen-Orient, après ses positionnements. Il s'explique sur nos plateformes. 

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Pour mémoire, l'Iran a lancé, samedi soir, une attaque de «plus de 350» projectiles contre Israël, en réponse à une frappe contre son consulat à Damas, en Syrie. Une information relayée par Tsahal et confirmée par les Gardiens de la Révolution. Si elle n'a pas fait de morts, cette attaque fait craindre un embrasement régional. À rappeler également que la Suisse représente les intérêts des États-Unis en Iran depuis 1980, et la Confédération est impliquée en tant que conduit de communication dans la crise actuelle.

Darius Azarpey, étant donné votre statut de parlementaire et vos origines, quelle a été votre réaction à chaud, ce weekend, après l'attaque iranienne sur le territoire d'Israël, et sa condamnation par la Confédération dans la foulée?
À titre personnel et en tant que citoyen suisse, je tiens à souligner que cette prise de position du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a été très rapide, et cela m'inquiète. Ce n'est pas dans les habitudes de la Suisse de prendre position aussi promptement, dans un conflit. Un conflit qui, de plus, n'est pas seulement régional mais mondial.

Le DFAE a également été prompt à condamner les attaques du Hamas du 7 octobre sur Israël, par exemple.
Oui, c'est vrai, mais l'attaque du Hamas est qualifiée d'attaque terroriste. Ce cas-là est différent. La frappe qui a eu lieu sur l'ambassade iranienne en Syrie, et qui est à l'origine de la riposte iranienne en Israël, est quant à elle un acte de guerre ou du moins d'hostilité d'un État envers un autre. De la même manière, la réponse de l'Iran s'inscrit dans cette logique. 

Et donc?
Comme la Suisse s'est abstenue de communiquer à propos de la frappe d'Israël sur le consulat iranien à Damas, de la même manière, je pense qu'une réflexion aurait dû avoir lieu avant la prise de position. La Suisse n'est donc pas véritablement neutre. 

Et vous pensez que c'est un problème.
Absolument, car tout s'embrase et peut aller très vite, à partir d'aujourd'hui. Un conflit de très grande ampleur peut surgir rapidement. Et pour moi, ce qui est attendu de la Suisse dans ce contexte international, c'est de la médiation. Il faut rappeler que nous sommes le médiateur principal entre l'Iran et les États-Unis, entre l'Iran et l'Arabie Saoudite!

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Un rôle — qui est plutôt celui d'intermédiaire que de médiateur, d'ailleurs — que la Suisse risque de perdre dans un avenir proche à cause de ses prises de position, selon vous?
Oui, et si la Suisse assume de perdre ce rôle, cela signifie qu'elle assume un scénario où l'Iran entre en guerre à son tour. Car l'Iran n'a, à l'heure actuelle, plus la capacité de discuter ni avec les États-Unis, ni avec Israël. Ni avec la Jordanie ou encore la France, par ailleurs. Donc un des seuls pays qui peut encore contribuer à la paix, c'est la Suisse. Et la paix ne passe ni par une condamnation, ni par une prise de position. En condamnant l'Iran, la Suisse empêche la paix.

Cette frappe iranienne n'a pas fait de morts. Mais elle aurait pu, et c'est tout de même un signal très fort, qui contribue à l'escalade...
Cette frappe était quasi inévitable. Puisque Israël a frappé une infrastructure diplomatique iranienne en Syrie en premier, et tué des personnes de haut rang, des gardiens de la révolution. Est-ce que l'Iran aurait dû baisser la tête? La volonté de conflit est si explicitement affichée par Benyamin Netanyahu, le premier ministre israélien, que si l'Iran baissait la tête aujourd'hui, il aurait perdu l'adhésion de pays qui le soutiennent et se serait décrédibilisé. Je rappelle que les tirs iraniens n'ont, quant à eux, fait aucun mort. Ils ont donc atteint leur objectif: ne pas perdre la face, tout en évitant une escalade.

Est-ce que vous vous considérez comme pro-palestinien?
Je ressens une forte solidarité avec le peuple palestinien, tout comme avec le peuple israélien, qui subit la politique de son Premier ministre. C'est une solidarité multilatérale, qui s'étend à tous, sauf au régime du gouvernement israélien actuel. Aujourd'hui, les États européens soutiennent de plus en plus un plan de paix avec la création d'un État palestinien. Beaucoup de dirigeants estiment que c'est une nécessité. Pour moi, c'est la seule solution.

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