Par principe, il ne paie pas ses amendes
«Je devrais être dans deux prisons en même temps»

Âgé de 64 ans, Peter Giger donne du fil à retordre aux policiers. Habitué aux frasques, il a pour principe de ne pas payer ses amendes. Il devra toutefois bientôt se rendre derrière les barreaux... dans deux prisons différentes en même temps. Une sacrée tronche.
Publié: 15.08.2023 à 18:37 heures
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Dernière mise à jour: 15.08.2023 à 18:44 heures
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Peter Giger ne veut plus payer ses amendes.
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Daniel Jung et Siggi Bucher

Le 11 septembre prochain, Peter Giger devra faire un détour par la prison de Bennau dans le canton de Schwytz. C'est ce qu'indique un ordre de l'Office d'exécution de la justice cantonale. L'année dernière, l'homme de 64 ans a refusé de payer une amende de stationnement. Une peine de substitution a donc été ordonnée. Celle-ci doit maintenant être exécutée.

Toutefois, cela ne sera pas possible. À partir du 30 août, Peter Giger doit déjà passer 20 jours au pénitencier de Saxerriet dans le canton de Saint-Gall. Le 11 septembre, il ne sera donc pas disponible pour honorer son invitation en Suisse centrale. «Je serais coincé dans deux prisons différentes au même moment!», indique-t-il. Malgré les moyens de communication modernes, la justice suisse n'est manifestement pas très connectée, constate-t-il. Des réflexions légèrement impertinentes face aux autorités, il en sort un peu trop facilement. 

Ce préretraité a travaillé comme agriculteur et a dirigé pendant dix ans une succursale bancaire au bord du lac de Walenstadt. Un accident forestier l'avait rendu partiellement paraplégique il y a 40 ans. Il a besoin de béquilles pour monter les escaliers ou pour se déplacer sur des terrains accidentés. Peter Giger vit aujourd'hui à Mühlehorn, dans le canton de Glaris. Il élève cinq poules, deux poulets et cultive un grand jardin potager.

Insultes au téléphone

Mais qu'a-t-il donc fait dans le canton de Saint-Gall? Il y a été condamné pour avoir insulté un employé du service des automobiles. Au téléphone, il a invectivé l'homme avec différentes expressions grossières et lui a suggéré de changer de travail. C'est pourquoi l'homme a été condamné à une amende de 600 francs (20 jours-amende à 30 francs).

Cette altercation avait pour toile de fond un incident survenu à un feu rouge à Coire (GR) le 28 juillet 2022. Alors que le feu était rouge, Peter Giger était au téléphone au volant. «Je ne savais pas que c'était interdit», lâche-t-il. Un policier en civil l'a vu et en a informé ses collègues. Ceux-ci ont finalement procédé à son arrestation. 

«Contrôle en bonne et due forme!», aurait dit le policier, avant que Peter Giger, de ses propres mots, ne prenne «un peu le policier à partie». Résultat des courses: un retrait préventif de son permis de conduire. L'éleveur était particulièrement remonté, car il considère cette dénonciation comme une «action sournoise». Puisqu'il habitait encore à l'époque à Saint-Gall, c'est le service des automobiles de ce canton qui lui a retiré son permis.

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«On ne peut pas retirer un permis pour un délit de téléphone portable», assure l'homme de 64 ans, qui a ensuite obtenu gain de cause devant le tribunal. Jamais à court d'idée, il a par la suite «félicité» le responsable du dossier pour son «échec total» devant le tribunal, ce qui lui a valu une ordonnance pénale pour injures.

«Par principe, je ne paie plus»

Peter Giger a reçu l'amende de stationnement du canton de Schwyz en septembre 2022. Il avait garé son véhicule devant un restaurant fermé à Wangen, sur une place réservée aux clients. «Dans l'obscurité, je n'ai pas vu le panneau», explique-t-il. Le propriétaire du restaurant l'a alors dénoncé. L'amende s'élevait initialement à 50 francs. Mais avec les taxes et les frais de poursuite, le total est désormais de 343 francs.

L'homme pourrait se permettre de payer ses amendes. Mais il ne le veut pas. «Par principe, je ne paie plus», balance-t-il. Il qualifie les policiers de «bandits de grand chemin légaux». En tant que retraité, il s'estime libre, car il n'a plus rien à craindre d'un employeur.

De «bons moments» en prison

Le séjour au pénitencier de Saxerriet ne sera pas la première privation de liberté pour l'irréductible rebelle. En 2017, il avait été incarcéré pendant trois semaines dans le canton de Saint-Gall. A l'époque, une femme lui avait volé 300 francs. Mais comme la police n'avait pas réussi à ramener l'argent, il avait perdu son sang-froid et avait traité l'agent responsable de paresseux et d'incompétent. «Je me suis probablement un peu emporté», admet-il.

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Cette détention a toutefois été synonyme de «bons moments», avec des repas de qualité. Cela lui a permis de méditer et d'enfin lire la Bible.

Peter Giger sait que son séjour en prison entraîne des coûts considérables pour l'État. Mais il ne s'en sent pas responsable: «L'État doit devenir plus intelligent», estime-t-il sans détours. Personne ne devrait aller en prison pour des broutilles. Selon lui, la justice doit mieux peser les coûts et les bénéfices.

Problème intercantonal résolu

Désormais, une solution a été trouvée pour sa double ordonnance du 11 septembre. Peter Giger a signalé le problème et peut dorénavant purger sa peine privative de liberté de substitution du canton de Schwyz dans le canton de Saint-Gall. Il ne passera donc pas seulement 20, mais 21 jours à Saxerriet. Comme quoi, on finit toujours par s'arranger. 

Mais ce ne sera probablement pas son dernier séjour derrière les barreaux. Dès le mois de novembre, il pourrait faire connaissance avec l'établissement pénitentiaire de Cazis Tignez, dans le canton des Grisons. Les 100 francs pour l'utilisation du téléphone au volant sont toujours en suspens... mais ça, c'est une question de principe. 

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