L'école responsable?
Procès en Argovie après la chute d'un enfant dans le cadre scolaire

En 2020, Leo, alors âgé de 9 ans, avait chuté de six mètres par une fenêtre ouverte alors qu'il était dans le cadre scolaire. L'affaire sera jugée en juin. La personne responsable de la surveillance est notamment accusée de blessures corporelles graves par négligence.
Publié: 24.05.2022 à 11:34 heures
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Dernière mise à jour: 24.05.2022 à 11:43 heures
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Septembre 2020: une fenêtre serait restée ouverte pendant le déjeuner à l'école primaire de Laufenburg (AG). Un élève de troisième année, Leo (9 ans à l'époque), bascule dans le vide. Grièvement blessé, il est transféré à l'hôpital pour enfants de Bâle.
Nicolas Lurati

Nous n'étions pas passé loin d'une tragédie ce jour-là à Laufenburg, en Argovie. Le petit Leo a frôlé la mort. En septembre 2020, alors âgé de neuf ans, il a fait une chute de six mètres depuis le premier étage d'un immeuble. L'image du petit garçon allongé dans un hôpital pour enfants restera gravée à jamais dans la mémoire de sa maman, Marta K.* «Leo était couvert de sang, raconte-t-elle à Blick. Il était en train de mourir à ce moment-là. Il est allé en salle d'opération. Là, ils ont sauvé mon Leo pendant plus de six heures».

Vingt mois se sont écoulés depuis l'accident. C'est l'heure du procès. Le drame s'est produit pendant le repas de midi à l'école primaire. Une personne était alors responsable de Leo et des autres enfants. Le cas a été dénoncé par une ordonnance pénale. Mais, selon un employé du Ministère public argovien, un recours a été déposé contre cette ordonnance pénale. «L'affaire est maintenant jugée par le tribunal de district», explique Adrian Schuler.

«Sans surveillance, Leo est tombé par la fenêtre.»

Concrètement, selon les informations obtenues par Blick, la personne en charge de la surveillance a été incriminée et a fait appel. Le 7 juin, elle devra donc comparaître devant le tribunal de district de Laufenburg.

Les faits suivants lui sont reprochés: blessures corporelles graves par négligence et violation du devoir d'assistance et d'éducation. L'avis de Marta K., la mère de Leo, est sans équivoque: «La personne chargée de la surveillance n'était pas consciente de son devoir. Je demande que cette personne soit interdite d'exercer».

Selon Marta K., la personne chargée de la surveillance avait quitté la pièce le jour en question, alors que les enfants jouaient à l'intérieur. «La personne s'est absentée et Leo est tombé par la fenêtre», assure-t-elle.

Le garçon avait alors neuf ans et était en troisième année. Il se souvient de cette sombre journée. «Après le repas de midi, nous avons joué à un jeu», raconte-t-il. «Les filles devaient essayer de prendre une peluche aux garçons.» En raison du Covid et de l'aération des pièces préconisées à cette période, une grande fenêtre, allant du sol au plafond, était ouverte.

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«Je n'ai rien senti»

Leo monte alors sur le rebord de la fenêtre, regarde derrière lui et parle avec les autres enfants. «Je me suis appuyé avec les mains le long des fenêtres», explique le garçon. Soudain, il bascule et tombe au sol. «Je n'ai vu que du blanc et je n'ai rien senti au moment où j'ai touché le sol», assure Leo.

L'élève est transporté à l'hôpital, où il est plongé dans un coma artificiel. La liste de ses blessures est horrifiante. Sa mère raconte: «Son rein droit saignait dans le ventre. Son foie avait deux déchirures. La circulation sanguine de l'avant-bras droit était rompue. Ses bras étaient cassés.» Mais ce n'est pas tout: Leo souffre d'une fracture du crâne. Ses méninges ont fortement souffert. «Ce n'est que sept semaines après l'accident que j'ai su pourquoi il dégoulinait du nez, raconte Marta K. Du liquide cérébral s'écoulait».

Un total de sept opérations

Le garçon a donc dû être opéré du crâne, portant ainsi à sept son nombre d'opérations après l'accident.

Aujourd'hui encore, 20 mois après le drame, les multiples cicatrices de Leo sont encore bien visible. «Les douleurs sont toujours là, explique le garçon. J'ai mal quand j'écris. En cours de sport, j'ai du mal à faire certains mouvements. Parfois, j'ai mal à la main. Au moins, j'ai de moins en moins mal à la tête».

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Mais il n'y a pas que cette composante physique à intégrer au quotidien. Son caractère a également changé selon sa maman: «Il oublie beaucoup de choses, ce qui n'était pas le cas avant.» Elle ajoute que son fils était un enfant actif et sportif. «Il jouait au tennis, faisait du motocross, du roller et du vélo. Tout cela, il ne peut plus le faire maintenant.»

«J'ai perdu confiance en cette école»

Après l'accident, ses performances scolaires ont également changé. «Avant, c'était un bon élève. Maintenant, ses notes sont moins bonnes. Il ne faut pas oublier qu'il a manqué presque quatre mois de cours à cause de tout cela».

Aujourd'hui, Leo a repris le cours normal de sa scolarité. Mais Marta K. insiste: «L'école est responsable de l'accident de mon fils.» Selon elle, le bâtiment n'a pas été construit de manière adaptée aux enfants. «Il devrait y avoir une grille près des fenêtres. Ou elles ne devraient s'ouvrir que de quelques centimètres». Elle conclut: «J'ai perdu confiance en cette école.»

Le directeur de l'école de la ville argovienne, quant à lui, insiste sur sa consternation et celle des enseignants. «La gravité de l'accident nous a tous beaucoup marqués, affirme Philipp Grolimund. On est donc très heureux et soulagés que Leo puisse à nouveau suivre des cours réguliers depuis un certain temps.» Pour le reste, il ne peut pas s'exprimer sur les questions posées par Blick et nous renvoie à la ville de Laufenburg.

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Celle-ci refuse de prendre position, en raison de la procédure en cours. L'avocat de la personne en charge de la surveillance ne souhaite pas non plus s'exprimer avant l'audience.

* Nom connu de la rédaction

(Adaptation par Thibault Gilgen)

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