La conductrice de camion Daniela Hauri (37 ans) a été licenciée immédiatement après être devenue mère
«C'est très difficile pour une jeune mère dans un monde d'hommes»

C'était un rêve d'enfant. Mais la naissance de sa fille a tout changé pour cette chauffeuse routière de Suisse orientale. Elle se bat contre la discrimination et le chômage depuis plus de trois ans.
Publié: 24.07.2021 à 05:48 heures
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Dernière mise à jour: 24.07.2021 à 06:30 heures
Daniela Hauri: chauffeuse de poids lourd et mère de famille au chômage suite à son congé maternité.
Marc Iseli, Daniella Gorbunova (adaptation)

C'est sur la route que Daniela Hauri* se sent à la maison. Elle conduit des camions à benne, des camions à quatre essieux, des camions de 32 tonnes. Tout ce qui est nécessaire sur un chantier de construction. C'est une camionneuse de cœur et d'âme.

Mais Daniela est aussi mère célibataire d'un enfant de trois ans. Et depuis la naissance de sa fille, elle n'a pas eu la vie facile dans l'industrie de ses rêves. Son ancien employeur a mis fin à son contrat à la première occasion après qu'elle soit devenue mère.

Depuis lors, elle est à la recherche d'un nouvel emploi permanent. Ici et là, des solutions temporaires apparaissent. Mais jamais rien de fixe. «Cela ronge ma confiance en moi», confie Daniela lors de sa rencontre avec Blick.

Elle désire rester anonyme, car elle craint des conséquences dans sa recherche d'emploi. Daniela aime s'attaquer aux choses, et elle est prête à mettre le paquet. «J'ai grandi dans une ferme et je n'ai jamais eu peur de me salir les mains» affirme-t-elle sourire en coin. Et de poursuivre: «j'ai toujours pensé qu'il ne serait pas difficile de retrouver un emploi. Mais c'est très difficile pour une jeune mère, surtout dans une industrie d'hommes.»

L'enfant de ses rêves est là, le travail de ses rêves est loin

Daniela a d'abord fait son examen poids lourd, puis s'est tournée vers le transport routier et a acquis ses plaques de camion. «J'étais presque la première du canton à l'époque», se souvient-elle. «Je me suis bien amusée, j'ai été rapidement acceptée, mais parfois aussi un peu ridiculisée.»

Puis elle est tombée enceinte. Elle avait 34 ans. L'enfant était totalement désiré, dit la jeune femme. Elle redoutait le jour où elle devrait annoncer la nouvelle à son employeur. Daniela avait déjà subi plusieurs opérations abdominales. Elle était considérée comme une femme enceinte à haut risque. Conséquence: «je n'étais plus autorisée à conduire un camion.»

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Le patron a piqué une crise quand il a appris la grossesse. Des excuses ont suivi quelques jours plus tard. «Mais il était clair que l'emploi prendrait fin à l'issue du congé de maternité.»

Une personne sur quatre est sans emploi depuis plus d'un an

Daniela est maintenant sans emploi depuis plus de trois ans. La recherche est un véritable parcours du combattant, de plus en plus difficile.

La pandémie a fait croître le nombre de chômeurs et de chômeuses longue durée. De même, le nombre de personnes à la recherche d'un emploi depuis plus de douze mois a doublé en un an et demi (de 41'000 à 82'000). Cela signifie que plus d'un chômeur sur quatre est à la recherche d'un emploi depuis plus d'un an.

Beaucoup de femmes ressentent la même chose que Daniela. «La grande majorité ne se plaint pas, alors qu'elles le pourraient», affirme Valérie Borioli Sandoz, responsable de la politique d'égalité des sexes au syndicat Travailsuisse. Et c'est compréhensible: «après un accouchement, les priorités sont différentes. Une femme doit retrouver sa santé et en même temps s'occuper d'un nouveau-né jour et nuit.»

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Frustration et discriminations post-maternité

Il n'est pas facile de résoudre le problème. Les modèles sociétaux sont fortement ancrés dans la société. Dans certains secteurs, un vent du siècle dernier semble encore souffler. Surtout dans les domaines masculins classiques, comme le secteur de la construction et des transports.

La frustration se répand chez beaucoup. Daniela elle-même parle de discrimination lors de la recherche d'un emploi. «Et ce ne sont pas seulement les femmes de plus de 50 ans qui ont des difficultés dans le monde du travail, mais aussi les plus jeunes avec des enfants.»

La conductrice de camions n'est pas la seule à avoir vécu cette expérience. «Nous estimons qu'entre 3'300 et 6'600 femmes sont discriminées sur le lieu de travail chaque année en raison de leur maternité», déclare la syndicaliste Borioli Sandoz. Elle appelle à plus de diversité dans les secteurs d'activité majoritairement occupés par des femmes ou des hommes. «La diversité est la clé.»

Mais il faudrait aussi, au sein des entreprises, un médiateur pour les questions d'égalité des sexes. Avec des pouvoirs d'intervention et d'action. Pas un simple organe d'arbitrage, mais un de contrôle comme le surveillant des prix.

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Daniela est toujours à la recherche d'un emploi dans le secteur de la logistique. De préférence dans la région de Thurgovie ou de Schaffhouse. Elle est réticente à l'idée de céder le volant. Mais pour reprendre pied dans la vie professionnelle, elle se contenterait aussi d'un emploi de bureau à temps partiel.

*Nom et prénom d'emprunt

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