Incendie en Haut-Valais
Selon les experts, il faudra plusieurs siècles pour que la forêt se régénère

En Haut-Valais, une immense surface de la forêt est encore en feu vendredi. Selon l'institut de recherche WSL, l'incendie aura des conséquences profondes sur l'environnement, et l'écosystème pourrait prendre jusqu'à plusieurs siècles avant de se régénérer.
Publié: 21.07.2023 à 19:23 heures
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Dans la forêt de Bitsch (VS), les flammes font rage depuis lundi. Depuis les airs et au sol, les pompiers tentent de stopper l'incendie. Les dégâts sont très importants.
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Beat Michel

L'incendie de Bitsch et Ried-Mörel laissera pour longtemps des stigmates dans la région.

L'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) a étudié pendant des décennies les conséquences des incendies de forêt au Tessin et en Valais. Le chercheur Thomas Wohlgemuth, responsable de l'unité de recherche Dynamique de la forêt, explique: «Dans ce genre de cas, la couche d'humus part en fumée, une partie de la couche organique se transforme en CO2 et en cendres. Dans ce type de forêts, une chaleur aussi intense aura longtemps de graves conséquences.»

Ce genre d'incendie relâche également de grandes quantités de gaz nocifs pour le climat.

Par ailleurs, pendant un incendie, le sol devient instable, car la couche d'humus disparaît. Thomas Wohlgemuth explique: «Des mesures immédiates sont nécessaires dans une région aussi escarpée que celle de Bitsch. Les rochers détachés et les arbres qui sont tombés doivent être enlevés. Les pentes doivent être sécurisées par des dispositifs appropriés.»

Des mesures drastiques pour protéger la forêt

Pour l'institut, l'incendie à Bitsch est comparable à ceux de Viège en 2011 et de Loèche en 2003, dans le Haut-Valais. Dans les deux cas, des mesures considérables avaient été prises pour protéger la forêt incendiée contre les risques de chutes de pierres et les coulées de boue. Les coûts se sont chiffrés en millions.

Un point positif: «La nature revient toujours, toute la biodiversité se reconstitue avec les années, explique l'expert forestier. Ce sont d'abord les peupliers, les saules et les bouleaux qui repoussent. Dès l'année prochaine, les premiers s'installeront.»

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Mais ce n'est pas demain la veille qu'une forêt dense, typique de la région, avec des conifères vigoureux et une couche d'humus fertile réapparaîtra, explique Thomas Wohlgemut: «Il faudra beaucoup de temps avant que d'épais troncs arrêtent les blocs de roche et que de puissantes racines stabilisent la pente.»

L'érosion guette

En raison de l'érosion causée par les pluies intenses, un autre danger menace le site après l'incendie: «Après le feu, les gouttes de pluie rebondissent sur la couche de cendres fraîches et le sol, qui est désormais nu. C'est à ce moment que l'érosion commence», explique Marco Conedera, ingénieur forestier au WSL.

Il a publié plusieurs études sur le sujet et précise: «Un mélange se forme avec les cendres. Ce mélange se dessèche rapidement et la surface du sol devient imperméable. La pluie a donc tendance à s'écouler en surface, en creusant des sillons.»

Cela peut être dangereux, surtout en cas de fortes précipitations, comme c'est souvent le cas à Bitsch. Mais pas forcément immédiatement. Thomas Wohlgemuth se rappelle: «Quelques mois après l'incendie de forêt en 1997 à Ronco sopra Ascona, un épisode de fortes pluies avait déclenché une lave torrentielle qui a entraîné 3500 mètres cubes de masse rocheuse et de boue. Cela n'arrive que tous les 200 ans.»

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Viège aussi a connu des glissements de terrain après son incendie: sur la surface incendiée en 2011, une lave torrentielle s'est produite sept ans plus tard, après de fortes pluies.

Le WSL a enregistré plus de 10'000 événements du genre dans sa base de données sur les incendies de forêt Swissfire. A l'avenir, ces données devraient permettre de mieux évaluer les risques et les dangers après les incendies et de planifier des mesures.

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