Putschs au Gabon et au Niger
Les erreurs de la France n'excusent pas les scandales africains

Le coup d'État militaire au Gabon, après celui survenu au Niger, repose la question de la gouvernance. S'abriter derrière une dénonciation systématique de la Françafrique est toutefois beaucoup trop facile.
Publié: 31.08.2023 à 09:35 heures
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Dernière mise à jour: 31.08.2023 à 09:43 heures
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L'armée a pris le controle de Libreville, la capitale du Gabon. Le président sortant Ali Bongo, officiellement réélu pour un troisième mandat avec 64,27 % des voix, serai en résidence surveillée.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Croire que le coup d’État militaire en cours au Gabon, après celui survenu fin juillet au Niger, est d'abord le résultat des erreurs de la France en Afrique est une dangereuse illusion. Ce n’est pas la France, aussi responsable soit-elle pour ses liens historiques avec la famille Bongo, qui a transformé la présidence de ce très riche pays pétrolier en un système de prédation clanique organisé et insupportable pendant 56 ans.

Ce n’est pas la France, aussi coupable soit-elle pour le chaotique bilan de sa décolonisation, qui est à l’origine des fractures ethniques au Niger, exploitées par les putschistes. Ce n’est pas non plus la France, qui a raté le virage de la transition démocratique au Mali, une fois les djihadistes repoussés par les soldats français, durant la décennie 2010-2020.

L’erreur de la guerre en Libye

Dire ces vérités, alors que les putschs font tomber un par un les dominos de l’ex-Françafrique, est indispensable. Certes, une bonne partie des convulsions géopolitiques auxquelles les pays du Sahel sont aujourd’hui confrontés, vient d’une bévue stratégique commise à Paris. C’est la guerre en Libye de 2011, conclue par l’exécution sommaire du Colonel Kadhafi et par l’explosion du pays en zones contrôlées par des milices, qui a transformé la zone en poudrière. L'ouverture des immenses dépôts d’armes amassés par le «guide» autrefois choyé par l’occident a terminé de peindre le tableau.

Certes, les entreprises françaises qui exploitent les immenses ressources naturelles du Gabon ont abondamment profité du système Bongo, tandis que la France a longtemps fermé les yeux sur les «biens mal acquis» de la famille présidentielle à Paris ou sur la Côte d'Azur. Mais ne nous y trompons-pas. C’est sur une autre vague que surfent les généraux putschistes, à Libreville ou Niamey: celle du désordre et de l’incapacité de ces États à assurer depuis l'indépendance un service minimum à leur population. Celle d'une gouvernance à la dérive. Celle d'un pillage en règle par les puissants du moment, en uniforme ou pas.


La vérité, dure à accepter pour quiconque suit l’actualité africaine, est que le présumé «miracle économique» du continent noir a, dans ces pays, été kidnappé ou empêché. Chacun, au Niger, au Mali et au Gabon, a privilégié sa rente, en misant sur la complicité parfois réelle de la France. Aucun leader d’envergure n’a émergé des transitions politiques engendrées par le déploiement de l’armée française au Sahel. Aucun espace démocratique n’a été concédé, au Gabon, par la famille Bongo au pouvoir depuis près de soixante ans.

La fameuse «Chinafrique», celle des investissements chinois supposés remplacer la coopération de la «Françafrique», n’a jusque-là rien changé ou presque. Les trafics de migrants à travers le Sahara ont été canalisés par ceux-là mêmes qui promettaient de les combattre. Ces pays se sont délités par un excès d’incompétence, d’avidité, et de défense des intérêts d’une ethnie contre l’autre. La France, ancienne puissance coloniale accusée de tous les maux, est devenue un singe muet, sourd et aveugle.

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Les putschs ne sont pas des remèdes

Les coups d’États militaires de ces derniers jours, aussi différents soient-ils – la révolution de palais au Gabon se distingue de la chute d'un dirigeant légitimement élu au Niger– ne sont pas des remèdes. Ils sont une métastase de plus dans l'organisme de pays africains cruellement rongés par le cancer de l'incompétence et des pillages à court terme. Ils sont le fruit de règlements de comptes entre factions, ethnies, clans et familles, plus que d’un quelconque projet politique. Ils démontrent l’appétit de pouvoir d’officiers, persuadés que la milice russe Wagner, ou d’autres, pourront, demain, leur apporter le soutien indispensable pour se maintenir à la tête de leurs pays par la force et la brutalité. Ils sont le résultat de gâchis sur lesquels il est bien trop facile de fermer les yeux.

Les erreurs de la France sont réelles. Mais elles ne doivent en aucun cas excuser les scandales africains.



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