Un chef économiste du FMI répond
La crise au Proche-Orient va-t-elle faire monter le prix de l'essence?

L'escalade au Proche-Orient, après le tir massif de drones, de missiles balistiques et de missiles de croisière par l'Iran vers Israël, pourrait retarder la baisse de l'inflation, a estimé mardi le chef économiste du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas.
Publié: 16.04.2024 à 16:19 heures
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Dans un entretien accordé à l'AFP en amont des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), qui se déroulent de mardi à vendredi, Pierre-Olivier Gourinchas a souligné le risque «d'une perturbation des prix de l'énergie» ou des matières premières.

Vos prévisions pour l'économie mondiale se sont améliorées par rapport à janvier mais vous pointez le risque de nouveau chocs sur l'économie. Quel peut être l'impact de la crise actuelle au Proche-Orient sur l'économie mondiale?

Nous anticipons en effet une économie mondiale qui reste résiliente en 2024, avec une croissance à 3,2%, et une inflation qui continuera à reculer en 2025, donc les nouvelles sont plutôt bonnes. Mais le risque de la crise actuelle serait de nous faire sortir du chemin de désinflation, en provoquant des perturbations sur les prix du pétrole ou de l'énergie, également celui des matières premières.

Nous avons anticipé cette possibilité dans un de nos scenarii, avec une hausse d'environ 15% des prix du pétrole qui resterait ensuite à un niveau élevé sur 2024 avant de reculer en 2025. La conséquence serait, vous vous en doutez, une hausse de l'inflation cette année et l'année prochaine, d'environ 0,7%, et une croissance qui ralentit. Mais nous n'en sommes pas encore là, nous avons observé un peu de pression sur les prix du pétrole, mais il est trop tôt pour déterminer si c'est une tendance durable ou s'ils atteindront les niveaux de notre scenario.

Vous pointez également dans votre rapport le fait que le rythme d'amélioration des conditions de vie dans les pays en développement a ralenti, entraînant des disparités économiques, est-ce une tendance durable?

C'est effectivement un point qui nous inquiète. Ce n'est pas une tendance nouvelle, elle dure depuis 10 ou 15 ans et nous pensons que cela va se poursuivre. Le ralentissement du rythme de croissance a une conséquence sur celui de convergence des conditions de vie: si vous tentez de rattraper les économies avancées et que vous ralentissez, cela vous prendra plus de temps. C'est ce que nous observons.

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Dès lors il est essentiel pour les pays de trouver un moyen de stimuler leur croissance de moyen terme, soit avec de politiques permettant d'attirer des capitaux étrangers, des investissements, soit en éduquant leur population. Mais beaucoup sont sortis de la pandémie avec un niveau élevé de dette et la hausse des taux d'intérêts augmente le poids du service de la dette sur leurs revenus. Ils doivent faire face à de nombreux défis face auxquels ils risquent de prendre du retard sans modèle de croissance solide.

L'actualisation de vos prévisions met en lumière une divergence de plus en plus marquée entre l'Europe et les Etats-Unis, y a-t-il des facteurs particuliers?

Pour l'Europe, il y a une combinaison d'éléments. Les conséquences du choc énergétique sont toujours là, dans une certaine mesure, même si elles s'estompent. Il ne faut pas oublier non plus la politique monétaire restrictive, qui pèse de plus en plus sur les coûts d'emprunt des foyers et des entreprises. Nous avons également un environnement marqué par un manque de confiance, tant du côté des entreprises que chez les consommateurs. Dans l'ensemble on constate que l'économie européenne est en dessous de sa croissance potentielle. Mais la désinflation est arrivée plus vite que prévue et on peut s'attendre à voir la Banque centrale européenne baisser prochainement ses taux, ce qui entraînerait un rebond modéré.

Aux Etats-Unis en revanche, la croissance de la productivité a été solide, le marché du travail s'est amélioré, en grande partie grâce à l'arrivée de travailleurs étrangers, ce qui augmente les capacités de l'économie, tout en réduisant la pression sur la hausse des salaires. On observe par ailleurs beaucoup d'investissements et la consommation reste solide. En résumé, tant l'offre que la demande se portent bien et sont équilibrées. La demande est légèrement supérieure, ce qui explique la persistance de l'inflation, qui ne revient pas à la cible aussi vite qu'attendu, mais beaucoup a déjà été fait. Nous nous attendons toujours à un retour de l'inflation à sa cible durant l'année 2024.

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