Son mandat est terminé. Pourtant...
Doit-on prendre au sérieux les accusations portées contre Zelensky, comparé à un dictateur?

Le mandat de Volodymyr Zelensky a pris fin mardi, sans qu'aucune élection n'ait été organisée pour assurer sa succession. De quoi réjouir le Kremlin, qui évoque l'«illégitimité» du président sortant, et poser certaines questions sur le processus démocratique en Ukraine.
Publié: 23.05.2024 à 06:03 heures
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Dernière mise à jour: 23.05.2024 à 10:08 heures
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a eu un premier mandat pour le moins difficile.
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Samuel Schumacher

Les Ukrainiens sont un peuple de votants. Dernier exemple en date: lorsque le pays devait choisir la chanson qui allait le représenter au Concours Eurovision de la chanson à Malmö, le système a brièvement planté, car plus d'un million de personnes s'étaient exprimées. Rien de plus banal donc que d'organiser des élections, même en pleine guerre. Sauf... lorsqu'il s'agit de la succession de Volodymyr Zelensky.

Les élections présidentielles ukrainiennes auraient en effet dû avoir lieu en mars, comme le mandat de cinq ans de Volodymyr Zelensky a officiellement pris fin le 20 mai dernier. Mais aucun nouveau président n'a été élu et la popularité du désormais ex-président est en baisse. L'Ukraine est entrée aujourd'hui dans une phase d'incertitude qui pourrait lui être fatale.

Une aubaine pour la Russie qui exploite dorénavant l'«illégitimité» de Volodymyr Zelensky. Evoquant les récentes élections présidentielles en mars, Moscou ironise sur la définition d'une vraie démocratie, face à ce que certains qualifient désormais de dictature.

Les Etats-Unis ont réussi là où l'Ukraine a échoué

Le Kremlin se plaît à multiplier les piques contre Volodymyr Zelensky, ironisant sur le fait que l'ex-président ukrainien ne pourra jamais apposer sa signature sur un traité de paix avec la Russie.

Difficile pourtant d'organiser des élections légitimes dans un pays miné par la guerre, délesté d'à peu près un cinquième de son territoire et dont près d'un quart de la population a fui. Oleksiy Danilov, l'un des plus proches conseillers de l'ancien président, a récemment déclaré: «Où diable les habitants de Bakhmout pourraient-ils aller voter? Comment voulez-vous qu'un soldat dans une tranchée du front puisse voter?» Organiser des élections présidentielles en pleine guerre relève, selon lui, de l'impossible.

Pourtant, d'un point de vue historique, Oleksiy Danilov a tort. Plusieurs élections se sont en effet déroulées aussi bien pendant la Première Guerre mondiale, que durant la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis, et ce en dépit la violente attaque japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941 – même si ce dernier évènement et la guerre en Ukraine ne sont pas comparables.

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Pas d'élections, bien que le processus démocratique ne soit pas au point mort

De nombreux autres cas historiques montrent qu'en période de guerre, le processus démocratique a dû être suspendu pour privilégier la survie d'une nation. La Grande-Bretagne a ainsi annulé ses élections en 1915 et 1940. Puis lors des élections de 1945, le Premier ministre Winston Churchill a dû se retirer, les électeurs ne le croyant plus capable de diriger le pays.

Dans le cas de l'Ukraine, l'article 108 de la Constitution adoptée en 1996 stipule que le président sortant conserve ses pouvoirs jusqu'à ce qu'un nouveau président prenne ses fonctions. En outre, la Constitution stipule que les élections sont interdites sous la loi martiale, que Volodymyr Zelensky a fait proclamer le jour de l'attaque russe et qu'il a prolongée depuis tous les 90 jours, rendant impossible la tenue d'élections.

Le processus démocratique n'est toutefois pas au point mort en Ukraine. Le Parlement est en effet toujours en fonction, et tout citoyen peut lancer une pétition en ligne. Si cette dernière atteint au moins 25'000 signataires, le président en fonction est tenu d'agir.

De nombreux défis attendent Zelensky

Si elle survit à la guerre, l'Ukraine devrait organiser de nouvelles élections. Mais l'issue du scrutin risque d'être défavorable à Zelensky, lequel devrait connaître le même sort que Churchill.

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La guerre fait en effet émerger de nouveaux héros populaires, comme l'actuel ambassadeur de Grande-Bretagne, Valery Saluschny, ou le maire de Kiev, Vitali Klitschko. Tous deux se présentent comme de potentiels rivaux contre Volodymyr Zelensky.

A cela s'ajoutent sept millions d'Ukrainiens ayant sombré dans la pauvreté depuis le début de la guerre, selon la Banque mondiale. Des millions d'autres ont tout perdu et ont fui vers d'autres régions du pays. La frustration, et donc le terreau des idées populistes, est grande.

En bref, si Volodymyr Zelensky gagne la guerre, il se retrouvera confronté à nombreux défis.

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