Première grande puissance visée
L'ONU lance un mandat de surveillance des droits humains en Russie

Les violations contre les opposants et défenseurs des droits humains en Russie vont être surveillées à l'ONU. Le Conseil des droits de l'homme a lancé vendredi à Genève pour un an un mandat de rapporteur spécial sur ce pays, première grande puissance dans ce cas.
Publié: 07.10.2022 à 13:03 heures
La Russie du président Vladimir Poutine va être surveillée par la communauté internationale après la répression des opposants dans ce pays (archives).

Les violations contre les opposants et défenseurs des droits humains en Russie vont être surveillées à l'ONU. Le Conseil des droits de l'homme a lancé vendredi à Genève pour un an un mandat de rapporteur spécial sur ce pays, première grande puissance dans ce cas.

Au lendemain du rejet de l'organisation d'une discussion sur la situation dans la région chinoise du Xinjiang, le projet de résolution a été approuvé par 17 voix, contre 6 oppositions et 24 abstentions. Il demande aux autorités russes d'honorer les libertés fondamentales, le même jour que l'attribution du Prix Nobel de la Paix à l'ONG Memorial notamment.

Le Conseil se dit «gravement préoccupé» par la détérioration dans ce pays et par la «répression systématique», en particulier contre les femmes. Vendredi, l'ambassadeur russe à l'ONU à Genève Guennadi Gatilov a lui dénoncé une «politisation» par les Etats-Unis et leurs alliés.

Le Conseil «a arrêté d'être une instance de dialogue» en termes de droits humains, a-t-il insisté. Il estime que la résolution n'a «rien à voir avec une préoccupation pour les droits des Russes», mais souhaite «punir» Moscou.

Le nouveau mandat a été lancé après que des dizaines de pays, dont la Suisse, avaient eux demandé en 2021 la libération «sans conditions» de l'opposant Alexeï Navalny et de tous les détenus arbitraires. Ces derniers mois, l'ONU a dénoncé à de nombreuses reprises l'attitude de Moscou. Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme s'en est notamment pris récemment aux «intimidations» et aux restrictions contre les opposants.

Succès après l'échec sur la Chine

Il a demandé aux autorités russes de revenir sur la criminalisation de personnes qui ont des contacts non déclarés avec d'autres Etats ou des organisations étrangères et internationales. Depuis il a également appelé à la libération des manifestants contre la mobilisation partielle qui a été décrétée par le gouvernement.

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Pour le Conseil, cette approbation de vendredi montre qu'une grande puissance peut être inquiétée. Mais cette situation est surtout due à l'isolement de Moscou sur la scène internationale depuis le début de son offensive ukrainienne.

La Russie avait récemment déjà perdu un vote devant le Conseil, au moment du lancement d'une Commission d'enquête internationale qui a depuis considéré que de possibles crimes de guerre ont été perpétrés. Et elle avait ensuite décidé de renoncer à son siège de membre de l'instance pour éviter d'être suspendue par l'Assemblée générale de l'ONU à New York.

Jeudi, le Conseil avait en revanche subi un important revers après le rejet d'un projet de décision sur le Xinjiang, porté notamment par les Etats-Unis. La faute à une large offensive diplomatique de Pékin qui a été couronnée de succès grâce aux voix des pays africains et latino-américains et qui montre son influence grandissante.

Mandat afghan prolongé

Ce «non» n'était que le second en plus de 15 ans de Conseil des droits de l'homme, après l'échec du renouvellement d'une investigation internationale sur le Yémen en 2021. Certains disent que la crédibilité de l'instance, où la polarisation est plus importante que jamais, est entachée.

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Il y a quelques semaines, un rapport du Haut-Commissariat aux droits de l'homme avait lui dénoncé de possibles crimes contre l'humanité contre les Ouïghours et d'autres minorités musulmanes. Plus d'un million de personnes au moins seraient retenues dans des camps d'internement.

Les Etats-Unis avaient eux-mêmes réussi en 2021 à convaincre les Etats membres d'édulcorer un projet de résolution sur les violences policières contre les Afro-ascendants. Mentionnés dans un premier temps, ils avaient obtenu que la portée soit plus large.

Parmi ses autres décisions, le Conseil a renouvelé vendredi pour un an le mandat de rapporteur spécial sur la situation des droits humains en Afghanistan Richard Bennett. Celui-ci a récemment appelé à des investigations sur de possibles crimes contre l'humanité perpétrés contre des minorités, dont les chiites, dans ce pays.

(AFP)

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