Les votes du second tour ont commencé
Le résultat de la présidentielle iranienne est attendu ce samedi

Les Iraniens votent vendredi pour le second tour de l'élection présidentielle, qui oppose le député réformateur Massoud Pezeshkian à un ancien négociateur nucléaire, l'ultraconservateur Saïd Jalili.
Publié: 05.07.2024 à 21:48 heures

Le député réformateur Massoud Pezeshkian et l'ancien négociateur nucléaire, l'ultraconservateur Saïd Jalili, se disputent la présidence de l'Iran. Le choix revient aux Iraniens, qui votent ce vendredi pour le second tour du scrutin.

Ce dernier est suivi avec attention à l'étranger alors que l'Iran, poids-lourd du Moyen-Orient, est au coeur de plusieurs crises géopolitiques, de la guerre à Gaza au dossier nucléaire, dans lesquelles il s'oppose aux pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, son ennemi juré.

Après un premier tour marqué par une forte abstention, quelque 61 millions d'Iraniens sont appelés aux urnes dans les 58'638 bureaux de vote du pays depuis 08h00 (06h30 suisses). Les opérations de vote ont été prolongées une première fois jusqu'à 20h00 (18h30 suisses) puis 22h00 (20h30 suisses), et peuvent s'étendre jusqu'à minuit. Les résultats sont attendus samedi.

Deux «visions différentes» soumises aux électeurs

Arrivé en tête au premier tour avec 42,4% des voix, Massoud Pezeshkian plaide pour un Iran plus ouvert à l'Occident. M. Jalili, qui a obtenu 38,6% des votes, est lui connu pour ses positions inflexibles face aux puissances occidentales.

Massoud Pezeshkian, 69 ans, a reçu le soutien des anciens présidents, le réformiste Mohammad Khatami et le modéré Hassan Rohani.

Son rival, 58 ans, a notamment l'appui de Mohammad-Bagher Ghalibaf, le président conservateur du Parlement, sorti troisième avec 13,8% des voix du premier tour.

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L'élection, organisée à la hâte après le décès du président ultraconservateur Ebrahim Raïssi dans un accident d'hélicoptère le 19 mai, se tient dans un contexte de mécontentement populaire face notamment à l'état de l'économie frappée par des sanctions internationales.

La participation au premier tour était de 39,92%

La participation au premier tour il y a une semaine avait atteint 39,92% des 61 millions d'électeurs, son niveau le plus bas en 45 ans de République islamique.

Des figures de l'opposition en Iran et au sein de la diaspora, ont appelé au boycott du scrutin, jugeant que les camps conservateur et réformateur représentent deux faces de la même médaille.

Mais pour l'ancien ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, les électeurs ont bien un «choix» à faire, au vu des «visions totalement différentes» des candidats, affirme-t-il à l'AFP après avoir voté dans l'est de la capitale.

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Dans un bureau de vote de Téhéran, Hossein, 40 ans, confie avoir choisi Massoud Pezeshkian, car il «peut changer des choses».

Farzad, 52 ans – qui comme Hossein ne souhaite pas donner son nom de famille – a fait le même choix, pour «empêcher l'accès au pouvoir des radicaux» ultraconservateurs.

«Cela fait 45 ans que nous crions mort à l'Amérique, ça suffit, (...) On ne peut pas construire un mur autour du pays», martèle-t-il.

Melika Moghtadaie, vêtue d'un tchador noir, a elle opté pour Saïd Jalili. Cette étudiante de 19 ans compte sur lui pour «aider à améliorer l'économie du pays».

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Dans un café du centre de la capitale, Elmira, une étudiante de 26 ans, s'est abstenue et espère être imitée par beaucoup pour «envoyer un message» au monde.

«Les gens sont mécontents»

Lors de deux débats télévisés, les candidats ont abordé les difficultés économiques du pays, ses relations internationales, le faible taux de participation aux élections et les restrictions imposées à Internet par le gouvernement.

«Les gens sont mécontents de nous», les responsables, a déclaré Massoud Pezeshkian. «Lorsque 60% de la population ne participe pas (à une élection), cela signifie qu'il y a un problème» avec le gouvernement, a-t-il argué.

Le candidat réformiste, qui affirme sa loyauté à la République islamique, a appelé à des «relations constructives» avec Washington et les pays européens afin de «sortir l'Iran de son isolement».

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Le nucléaire iranien, l'autre enjeu du scrutin

Négociateur dans le dossier nucléaire entre 2007 et 2013, Saïd Jalili s'était fermement opposé à l'accord conclu finalement en 2015 entre l'Iran et des puissances mondiales, dont les Etats-Unis, qui imposait des restrictions à l'activité nucléaire iranienne en échange d'un allègement des sanctions.

Les négociations sur le nucléaire sont actuellement dans l'impasse après le retrait unilatéral des Etats-Unis en 2018 qui ont réimposé de sévères sanctions économiques à Téhéran.

Son adversaire appelle à régler la question persistante du port obligatoire du voile pour les femmes, l'une des causes du vaste mouvement de contestation ayant secoué le pays fin 2022 après le décès de Mahsa Amini, arrêtée pour non-respect du code vestimentaire strict.

Quel que soit le résultat du vote, l'élection devrait avoir des répercussions limitées, le président n'ayant que des pouvoirs restreints: il est chargé d'appliquer, à la tête du gouvernement, les grandes lignes politiques fixées par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui est le chef de l'Etat.

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