Deux accusés à la barre
Ouverture du procès en appel des attentats contre Charlie Hebdo

Plus de sept ans et demi après les attentats contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher, le procès en appel de deux soutiens présumés des auteurs des attaques djihadistes s'est ouvert lundi matin à Paris. Les deux hommes contestent tout lien avec les attaques.
Publié: 12.09.2022 à 12:05 heures
Les attaques avaient fait dix-sept morts, dont Cabu, Stéphane Charbonnier et Georges Wolinski (archives).

Pendant trois jours, du 7 au 9 janvier 2015, les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly portaient le combat djihadiste sur le sol français, contre la liberté d’expression, les forces de l’ordre et la communauté juive, et tuaient dix-sept personnes, dont les caricaturistes Cabu et Wolinski. Leur périple meurtrier et coordonné avait pris fin avec leur mort lors d’un double assaut policier.

Le président de la cour d’assises spéciale statuant en appel, Jean-Christophe Hullin, a déclaré l’audience ouverte vers 10h10. La cour a commencé par vérifier l’identité des deux accusés, puis les constitutions de parties civiles.

Seule une petite partie des près de 300 parties civiles ont pris place dans la salle d’audience. Parmi elles, le directeur de la publication de Charlie Hebdo, Riss, blessé dans l’attentat contre la rédaction, l’ex-chroniqueuse Sigolène Vinson, aussi rescapée de l’attaque, ou encore l’ex-otage de l’Hyper Cacher Lassana Bathily.

Deux ans après leur premier procès

Les deux accusés, deux proches d’Amedy Coulibaly, sont rejugés deux ans après leur premier procès. La cour aura jusqu’au 21 octobre pour soupeser le degré de responsabilité de chacun dans la préparation des attentats.

Ali Riza Polat, Franco-Turc de 37 ans contre lequel pèsent les charges les plus lourdes et qui encourt la perpétuité, avait marqué la première audience «historique» par ses coups d’éclat et ses invectives. Les juges l’avaient condamné à trente ans de réclusion criminelle pour complicité des crimes commis par les Kouachi et Coulibaly.

Amar Ramdani avait lui écopé de la peine maximale de 20 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Les deux hommes ont toujours contesté tout lien avec les attaques.

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La première matinée d’audience devait être consacrée à l’examen de questions de procédure. La défense d’Ali Riza Polat entend notamment demander l’exploitation de documents négligés selon elle à l’époque par les enquêteurs. Puis la cour se penchera sur les éléments de personnalité des deux accusés, avant de commencer à examiner les faits, à partir de mardi.

Dissiper les zones d'ombre

L’instruction titanesque et les débats en première instance n’ont pas permis de dissiper toutes les zones d’ombre entourant les attentats, du circuit des armes aux commanditaires des tueries commises au nom d’Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa) pour les Kouachi et de l’Etat islamique (EI) pour Coulibaly.

Ali Riza Polat est notamment soupçonné d’avoir organisé la recherche d’armes pour Amedy Coulibaly, originaire comme lui de Grigny (Essonne), et d’être intervenu à tous les stades des préparatifs des attaques, ce qu’il rejette en bloc.

«Ce procès sera l’ultime occasion de corriger les erreurs d’une chaîne judiciaire dépassée par l’ampleur de ces attentats, et de revenir à la raison quant au rôle exact de M. Polat, délinquant de droit commun à qui l’on a attribué à tort un rôle qu’il n’a jamais joué», estiment ses avocats, Moad Nefati et Rachid Madid.

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Amar Ramdani est lui accusé d’avoir fourni des armes à Amedy Coulibaly, qu’il avait connu en prison, et d’avoir financé les attentats, ce dont il se défend.

80 témoins vont comparaître

Environ 80 témoins sont cités à comparaître. Parmi eux, la majorité des neuf hommes définitivement condamnés à l’issue du procès qui s’était tenu à l’automne 2020, à des peines allant de quatre à 18 ans de prison. Aucun d’entre eux n’avait fait appel.

Les proches des victimes et les rescapés des attaques sont attendus dès jeudi à la barre, d’où ils feront revivre l’horreur des crimes qui ont décimé la rédaction du journal satirique, tué une policière municipale à Montrouge, ainsi que des clients et employés d’une supérette juive.

(ATS)

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