Nouvelle mobilisation ce samedi
Le bras de fer contre la réforme des retraites continue en France

Les Français sont appelés samedi à manifester pour une septième journée contre une réforme des retraites très impopulaire et voulue par Emmanuel Macron, sur fond de grèves persistantes. Une journée test pour la suite du bras de fer entre gouvernement et syndicats.
Publié: 11.03.2023 à 12:56 heures
Selon un sondage publié samedi, 63% des Français approuvent la mobilisation contre la réforme.

Ce samedi, les Françaises et Français sont appelés à manifester pour une septième journée contre une réforme des retraites, sur fond de grèves persistantes. Une journée test pour la suite du bras de fer entre gouvernement et syndicats.

La précédente journée d'action contre cette réforme, mardi, a été massive et le nombre de personnes dans la rue a établi un record, dépassant le pic du 31 janvier, selon les chiffres du ministère français de l'Intérieur (1,28 million) et de l'intersyndicale (plus de trois millions).

De source policière, la participation samedi pourrait atteindre 800'000 à un million de personnes dans les 230 manifestations prévues dans le pays, dont 70'000 à 100'000 à Paris, où la manifestation s'élancera à 14h00.

Il s'agit de la septième journée d'action, depuis le 19 janvier, contre cette réforme des retraites voulue par le président Emmanuel Macron et son report de l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, à laquelle les Français sont, selon les sondages, majoritairement hostiles, la jugeant «injuste» notamment pour les femmes et les salariés aux métiers pénibles.

63% des Français approuveraient la mobilisation

Selon un sondage Elabe pour la chaîne BFMTV publié samedi, 63% des Français approuvent la mobilisation contre la réforme, 54% soutenant le recours à la grève et au blocage de certains secteurs.

Vendredi, le ministre du Travail Olivier Dussopt a dégainé l'arme constitutionnelle (article du 44.3 de la Constitution) du vote unique devant le Sénat, qui va devoir se prononcer par un seul vote sur l'ensemble du projet de loi, en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le gouvernement - au nombre de 70 environ sur la suite des articles en discussion.

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Même sans débat ni vote sur le millier d'amendements restants, ces derniers peuvent toutefois être simplement présentés par leurs auteurs. Une façon de gagner du temps... et de laisser espérer à la gauche que le texte «ne soit pas soumis au vote» avant l'échéance prévue dimanche à minuit.

«Nous avons eu ensemble 74 heures de débats» depuis le 2 février et, «à chaque article, malgré des discussions de fond, l'obstruction est devenue un choix méthodique», a estimé Olivier Dussopt.

Les sénateurs ont repris samedi matin leurs débats, et à la mi-journée, après plus de deux heures et demie de séance, il restait quelque 680 amendements à examiner.

De son côté, dans une lettre datée de jeudi, Emmanuel Macron a déclaré aux syndicats que le gouvernement restait «à l'écoute» sur cette réforme, tout en soulignant qu'elle s'imposait.

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Le gouvernement français a choisi de relever l'âge légal de départ à la retraite pour répondre à une dégradation financière des caisses de retraite et au vieillissement de la population.

L'âge de la retraite reste comparativement bas en France

La France est l'un des pays européens où l'âge légal de départ à la retraite est le plus bas, sans que les systèmes de retraite ne soient complètement comparables.

Le président français joue une part importante de son crédit politique sur cette mesure phare de son second quinquennat, symbole de sa volonté affichée de réformer mais qui cristallise aujourd'hui la grogne d'une partie des Français à son encontre.

Vendredi après-midi, il a déclaré que la réforme des retraites devait aller à son «terme» au Parlement, laissant entendre qu'il n'excluait rien, y compris le recours à une adoption sans vote via l'article 49.3 de la Constitution (qui permet au gouvernement de faire adopter un texte législatif sans vote en engageant sa responsabilité).

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«Triste mépris des travailleurs et de la démocratie sociale»

Et Emmanuel Macron a confirmé qu'il refusait de rencontrer les syndicats, estimant que l'heure était au «temps parlementaire», après les «concertations menées» par la Première ministre Elisabeth Borne et les aménagements déjà apportés au texte.

«Triste mépris des travailleurs et de la démocratie sociale», a réagi vendredi Laurent Berger, secrétaire général du syndicat réformiste CFDT, au lendemain d'une demande de rencontre envoyée par les syndicats au président dans un courrier solennel.

A travers le pays, la contestation reste forte, même si la France n'a pas été mise «à l'arrêt» comme l'avaient souhaité les syndicats. «Il faut mobiliser, y compris par le blocage», a de son côté affirmé sur RMC le secrétaire général de Force ouvrière, Frédéric Souillot.

L'incertitude demeure sur la question de savoir si les blocages et grèves reconductibles ayant lieu depuis mardi et touchant des secteurs-clefs de l'économie (transports, énergie, etc.) se poursuivront.

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A Paris, les poubelles s'accumulent dans certains arrondissements, avec 3700 tonnes de déchets non ramassés jeudi, selon la mairie. L'autorité du transport aérien français a demandé aux compagnies aériennes d'annuler 20% de leurs vols prévus samedi et dimanche dans plusieurs aéroports, en raison d'une grève de contrôleurs aériens.

Côté ferroviaire, la compagnie nationale SNCF prévoyait un trafic toujours «fortement perturbé» pour le week-end. Fabrice Coudour, secrétaire fédéral de la CGT Energie, a indiqué vendredi que les grèves se poursuivaient, notamment dans les centrales de production d'électricité.

La grève des gaziers se poursuit également dans l'ensemble des terminaux méthaniers et des stockages de gaz.

(ATS)

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