Budget «à l'euro près»
Bruno Le Maire, l'angoisse du grand déraillement budgétaire français

Le ministre des Finances français Bruno le Maire a présenté lundi le projet de budget pour 2023. Un budget «à l'euro près» a-t-il affirmé, dans un contexte d'explosion des dépenses publiques depuis la crise du Covid. La frugalité française est-elle réaliste?
Publié: 27.09.2022 à 13:24 heures
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Dernière mise à jour: 27.09.2022 à 13:25 heures
Le jeune ministre français du budget Gabriel Attal a présenté lundi 26 septembre son premier projet de loi de finances pour 2023. Un budget «à l'euro près» selon son ministre de tutelle, Bruno Le Maire
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Richard WerlyJournaliste Blick

Bruno Le Maire a trouvé la formule qui doit rassurer les marchés financiers, dans cette période d’inflation galopante en Europe et de secousse économique attendue en provenance d’Italie. Le projet de budget 2023 présenté lundi 26 septembre par le ministre français des Finances est «à l’euro près». Sortez vos calculettes: la France promet donc d’en finir définitivement avec le «quoiqu'il en coûte», cette injection massive d’argent public dans l’économie pour amortir les dégâts causés par la pandémie de Covid-19 en 2020 et 2021. Fini l’État dépensier… mais pas question de tenir la promesse initiale d’Emmanuel Macron de tailler dans les 5,6 millions de fonctionnaires. Ce projet de loi de finances prévoit au contraire de créer 10 000 postes supplémentaires d’agents publics, en particulier dans l’éducation et la police.

Imaginez-vous dans le fauteuil d’un banquier sollicité pour prêter de l’argent à la France. Le calcul est simple. Du côté des promesses faites par Bruno Le Maire lundi: une légère baisse du taux record de prélèvements obligatoires (de 45,2% du produit intérieur brut à 44,7%, record européen), une quasi-stabilisation des recettes fiscales à 314 milliards d’euros, et un début de réduction de la dette publique, de 112,8% du PIB en 2023 à 111,5% en 2022 (contre environ 40% du PIB en Suisse).

Le fardeau de la dette, de plus en plus lourd

En gros: rien de vraiment différent. Que faire alors, face à l’appétit inchangé de la France pour cet endettement qui constitue un fardeau de plus en plus lourd. En 2023, la seconde économie de la zone euro devra emprunter 270 milliards d’euros à moyen et long terme sur les marchés, chiffre jamais atteint jusque-là. Dix milliards de plus que les années précédentes. La charge de la dette représentera 51,7 milliards. Faites le calcul pour approximativement 60 millions de Français. Chaque citoyen français commencera l’année 2023 avec une facture de presque mille euros à payer aux bailleurs de fonds de la République.

La frugalité promise par Bruno Le Maire est-elle intenable? On peut malheureusement le craindre, même si le risque de voir l’Italie entrer dans une zone de grandes turbulences financières après la victoire électorale de Giorgia Meloni (extrême droite) devrait inciter Paris à tout faire pour ne pas sortir des clous et ne pas fâcher Berlin. Exemple: le seul «bouclier tarifaire énergétique», cette liste de mesures budgétaires prises pour limiter les hausses de tarifs du carburant, du gaz et de l’électricité coûtera 45 milliards d’euros. Autre épée de Damoclès suspendue au-dessus de la France: l’aggravation de son déficit commercial. La dévaluation de l’euro par rapport au dollar entraîne un surenchérissement problématique de ses importations, alors que l’appareil industriel français ne parvient déjà pas à faire face à la demande.

Résultat: 156 milliards d’euros de déficit en 2022, 154 prévus en 2023… contre 85 milliards en 2021. La seule facture énergétique, dans un pays où la consommation d’électricité est pourtant à 70% d’origine nucléaire, est un coup de massue: 48 milliards au premier semestre 2022 contre 27 milliards en 2021.

La collecte de l’impôt se porte bien

Faites vos jeux! En gardant une donnée fondamentale en tête. Le fisc français a toujours démontré son efficacité pour faire rentrer des recettes fiscales. La collecte de l’impôt est un sport national dans lequel les Français excellent, ce qui rassure les prêteurs.

Mais la question est aujourd’hui avant tout politique. Sans majorité absolue à l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron n’a pas d’autre choix que de faire des concessions budgétaires durant le débat parlementaire, ou de passer en force en faisant adopter son budget sans vote. Ce qui pourrait bien accélérer l’hypothèse d’un «troisième tour social» dans les rues, avec un automne de protestations et de grèves dommageables pour l’économie. Surtout si, d’ici la fin de la semaine, comme il l’a promis, le gouvernement français confirme son intention de réformer en urgence les systèmes de retraite. Pour augmenter, entre autres, la durée de travail (jusqu'à 62 ans aujourd'hui).

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Un funambulisme budgétaire sans fil

Promettre un budget «à l’euro près» dans ces conditions relève du funambulisme sans fil. Bruno Le Maire, dont certains pronostiquent le départ prochain pour la présidence du Fonds Monétaire International, vient d’accoucher d’un projet de budget très théorique. Fait révélateur: les autorités françaises oublient d’ailleurs souvent de signaler l’apport de 39,4 milliards d’euros de subventions européennes dans le cadre du plan «Nextgeneration EU».

La réalité est simple: la France va continuer de vivre à crédit, en misant sur un hypothétique retournement de conjoncture. Sa promesse de frugalité vise plus à rassurer ceux qui la financent qu’à remédier, véritablement, au déséquilibre de ses comptes publics.

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